Domaines de la famille Carsenac et de Rumet-Carsenac en Limousin et Marche
 
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Sindanarie
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MessageSujet: Retour au bercail   Retour au bercail EmptySam 17 Avr - 22:59

[Quand la fatigue rôde]

Le Mans la veille au petit matin. Viam, ce jour-là. Une journée et demi passée à chevaucher sans relâche, sauf quand Vengeance avait commencé à donner des signes de faiblesse. La cavalière leur avait alors accordé quelques heures de répit, temps mis à profit pour dormir d'un oeil ou de deux, selon que l'on était femme ou monture, et le chemin avait continué, se déroulant sous les sabots de la jument baie en un voyage suspendu entre la terre et les cieux. En un voyage long comme l'éternité, rythmé comme une musique par le roulement des sabots sur le sol.

Elle bénissait ce que l'armée lui avait laissé d'endurance. Oh, elle ne la bénissait pas tous les jours, non, et surtout pas quand les insomnies pointaient le bout de leur nez. Les nuits peuplées d'ombres insaisissables, moqueuses et assassines, n'avaient jamais été ce qu'elle préférait. Mais, quand elle avait pareilles distances à avaler en un minimum de temps, le fait qu'elle n'avait pas besoin de trop dormir pendant quelque temps était un avantage indéniable. Traverser trois Comtés presque de part en part, dans ces cnoditions, était presque une partie de plaisir. Même pour Vengeance, ce n'était pas aussi dur que d'habitude, car toutes les affaires de la jeune femme (ou presque) étaient restées à Léard. Au camp.

Et cette idée d'allègement de Vengeance la ramena à son fardeau. Elle s'esquivait alors qu'une rumeur grossissait dans le camp. Il faudrait qu'elle y retourne vite, très vite. Le plus vite possible. Il ne fallait pas que cela se règle sans elle. C'était même hors de question. C'était sa vocation de prendre en charge la mission qui s'annonçait, elle le savait, elle l'avait senti, elle était devenue Licorneuse pour cela. L'élément déclencheur, avait-elle dit. C'était vrai. Il était vrai aussi qu'elle voulait servir. Et elle était faite pour cela, elle l'avait toujours su. Mais elle était également faite pour venger. Et cette fois-ci, elle pourrait peu-être accomplir ce qu'elle avait auparavant laissé une autre faire. Payer, en quelque sorte, sa dette. Le Maistre de Guerre était-elle seulement consciente qu'elle avait reçu des blessures qui auraient dû handicaper l'Ecuyère ? Et puis, ce serait l'occasion de faire ses preuves.

Les pensées s'embrouillaient dans la tête de Sindanarie alors qu'elle parvenait aux abords du domaine. La forêt, si familière, lui annonça tout d'abord qu'elle touchait au but. Puis ce fut au tour du village, niché calmement entre deux collines. Enfin, se dévoilant à ses yeux aux paupières soudain lourdes, le château lui apparut. Un havre de paix pour une vie consacrée à la guerre. Une base arrière préservée, jusqu'à laquelle nul nuisible ne parviendrait jamais.

Restait juste à catégoriser l'objet de sa venue précipitée. Ses soeurs. Par tous les diables des enfers, il avait fallu qu'elles se manifestent au moment où elle risquait d'y passer... Ce n'était pas le moment pour l'Ecuyère de s'éloigner du Maine, et elle n'avait pas l'intention de rester loin longtemps éloignée d'un futur théâtre d'opérations. On ne pouvait pas en attendre moins... Quelle idée avait donc eu son père le jour où il avait demandé en mariage la de Rumet, hein ? Et les jours où il lui avait fait trois mômes ? Soyons honnêtes, l'agacement disputait l'esprit de Sindanarie à la curiosité. A quoi pouvaient bien ressembler les légitimes de son père ?

Mais voici le château, voici sa porte, voici sa cour. Pied à terre, Sindanarie. Voici le palefrenier qui s'avance pour prendre en charge ta monture. Un sourire en remerciement. Rien n'a changé ici... Hormis le chariot, là-bas. Peut-être que ses soeurs (demi-soeurs, soit) étaient arrivées avec ça. Et voici Elric, le confident, le mentor, l'ami, qui surgit comme un diable de sa boîte pour s'avancer vers toi et te serrer contre lui.

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MessageSujet: Re: Retour au bercail   Retour au bercail EmptyDim 18 Avr - 17:49

Le galop, même fatigué, était reconnaissable. C'tait Vengeance. L'avait le galop des chevaux mâtinés d'orientaux. Un poil plus léger, p't'être. Pis l'garde n'avait pas gueulé, alors c'tait forcément la p'tiote qui v'nait d'entrer dans la cour. Obligé. Même lui, il lui f'sait parfois des soucis sous prétexte qu'il ne l'reconnaissait pas. Foutaise. Bref. C'tait la p'tiote. Avant même d'entendre son pas sur le pavé de la cour, il le savait. C'tait sa p'tiote, de toute façon. Il l'aurait reconnue entre dix mille. Bon, entre mille au moins.

Alors Elric se précipita hors de son logis. Et il se trouva face à sa p'tiote, alors que le palefrenier (l'était d'bout ? Curieux, à c't'heure-là il dormait, d'habitude) s'éloignait en tenant Vengeance par la bride. Elle était pâle, comme elle l'avait toujours été, mais elle avait l'air plus fatiguée que d'ordinaire. Des mèches échappées d'une tresse devenue informe lui retombaient sur les épaules et autour du visage. Et elle était couverte de poussière. Le voyageur de la veille était certes un brin poussiéreux, mais elle avait l'air décidée à battre des records d'empoussièrement, surtout que ses habits sombres la mettaient en évidence. Comme au bon vieux temps. Seule tâche claire dans son habillement : le mantel gris de la Licorne. Ca l'avait un brin étonnée quand elle avait troqué la cape azur à laquelle elle tenait tant pour ce mantel, mais elle n'avait sans doute pas eu le choix. Lui avait dit que c'était pareil, que ça avait juste un peu changé. Soit.

Mais il la détaillait en avançant et, quand il fut tout près d'elle, Elric ouvrit largement les bras et serra la jeune femme contre lui. Pas comme ça que d'vait accueillir un intendant ? S'en foutait royalement. C'tait sa p'tiote, il faisait c'qu'il voulait. Pis a priori, y'avait pas d'public. Donc il avait toutes les raisons de s'foutre de c'qu'on pourrait penser. Et toc. Et il profita de cette accolade pour glisser, presque inaudible, à l'oreille de Sindanarie :


Tu m'as fait peur à voyager comme ça... J'pensais pas que tu serais là si tôt.

La relâchant au bout d'un court instant, il se prit à sourire. D'un vrai sourire. Comme avant. Comme lorsqu'il n'avait pas d'autre souci à se faire que de se demander où serait leur prochaine étape, et non comme lors de ses années d'errances et de fuites plus ou moins maîtrisées. Ce temps était loin désormais. Et la p'tiote grandissante était là pour le lui rappeler. Ils s'étaient quittés quatre ans avant qu'elle ne se voie octroyer Viam. Le temps riant s'était arrêté là, en même temps que l'aventure souterraine des Lames Brisées. De tout cela, il ne restait plus que les souvenirs de deux personnes. La p'tiote, et lui. De quinze ans de pérégrinations et de liberté.

En c'temps-là, ils voyageaient comme elle avait voyagé pour revenir à Viam. Pas d'contraintes, pas d'escortes, juste ceux qui voulaient s'bouger qui déboulaient comme des diables tout droit sortis des enfers, le temps d'accomplir ce pour quoi on les payait, ou ce pour quoi ils venaient. C'tait vite vu, vite fait, bien fait, et hop, ils repartaient sans autre forme de procès. Ils voyageaient par petits groupes ou seuls, pour éviter d'attirer l'attention, et pouvaient traverser la moitié du Royaume en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire avant de disparaitre comme des ombres dans la nuit. Décidément, ce d'vait être en c'temps-là qu'la p'tiote avait pris l'habitude de voyager comme elle faisait. Sauf que maint'nant, ça donnait des sueurs froides à Elric, alors que ça le faisait rire quelques années plus tôt. Voulait pas mourir après elle.

L'entrainant vers l'entrée du château, l'intendant commença à mettre la Dame (puisque c'était c'qu'elle était à Viam) au fait des dernières nouvelles, à savoir :


Tu vas rire. T'as de la visite. Les légitimes, 'fin tes soeurs, sont bien arrivées ce matin, elles doivent être en train de se débarbouiller dans les chambres que j'ai fait aménager vite fait.

Jusque là, c'était pas spécialement drôle. La mine de Sindanarie lui apprit, pis de toute façon, il aurait parié son âme, au vu de sa lettre, que ça ne lui ferait pas spécialement plaisir. Patiente, ma p'tiote, patiente, le meilleur est sans doute à venir... Tu d'vrais tomber des nues, t'as eu un visiteur un peu inattendu. C'est pour ça qu'tu vas rire... Ou exploser, on verra bien. Et ce ne fut que dans l'entrée de la demeure que, ménageant son effet, il lâcha finalement :

Mais y'a aussi un autre type qui est arrivé. S'appelle Kaeronn, il s'est posé quelque part dans l'château cette nuit. J'sais pas où il est pour l'moment, mais tu devrais bien pouvoir l'trouver.

Se reculant un peu, un léger sourire amusé sur le visage, Elric attendait une réaction, les yeux fixés sur son visage. La fatigue avait tendance à exacerber celles de sa p'tiote. Alors, qu'est-ce que ça donnerait, cette fois ?

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MessageSujet: Re: Retour au bercail   Retour au bercail EmptyVen 23 Avr - 22:22

Retrouver Elric avait toujours été parfait, en toute simplicité. Il avait un don pour les retrouvailles. Pas de grands mots, pas de grands sentiments, non. Tout juste ce qu'il fallait. Le ton sincère. La pensée échappée par la bouche, sans fanfreluches ni ornements. Et toujours cette accolade, comme quand elle était petite. Se retrouver dans les bras d'Elrci, c'était retomber en enfance, revenir à un temps où les responsabilités n'existaient pas, retrouver la liberté absolue de ses jeunes années. C'était remonter le temps.

Mais venait un moment où il fallait ce sortir de ce paradis. Il la lâcha donc, et l'entraina vers l'entrée du château. Et hop, on met la Sinda au courant. L'arrivée des soeurs, forcément. Mouais, elle allait rire, dans un rêve, oui. C'était loin d'être ce qu'elle trouvait le plus amusant dans sa vie, l'épisode des légitimes. Au contraire, ça n'avait même rien de drôle. Mais alors, rien du tout. Le seul point positif de toute cette histoire, du début à la fin, c'était Elric. Lequel avait d'ailleurs gardé le silence jusqu'à ce qu'ils pénètrent enfin dans l'entrée, lui peinant à contenir son hilarité, elle maugréant entre ses dents. Et il fit l'annonce. Prends-toi ça dans les dents, Sindanarie. Et laisse affleurer dans ta mémoire les souvenirs réveillés par le nom que ton intendant vient de te lancer au visage.

Chinon. Tavernes désertes, ville dans l'attente, assoupie comme un dragon qui attendrait les intrus téméraires voulant déranger son sommeil et son trésor. Attente de combats qui n'étaient jamais venus, avant de reprendre la route vers l'Ouest puis vers le Limousin. La quête de sommeil éternel qui n'avait pas abouti. Le camp de la Licorne, la nuit peuplée de fantômes et de rêves cauchemardesques. L'aube passée à affûter sa lame. La bâtarde de l'Ordre laissée dans la tente, l'ancienne au côté. Le matin froid, le sol tassé, comme craquant sous le pas. L'arène naturelle. Presque pas de végétation, un arbre, quelques buissons. La cape noire et la cape azur, posées sur le sol comme deux oiseaux de la même famille. Le poignard courbe. La dague de la botte. Il n'y avait pas de second poignard, à cette époque. Comme quoi, il y avait eu plus rudes leçons après encore. Et la goutte de sang. La simple goutte, quand une lame avait finalement percé le tissu. A charge de revanche... En attendant, promesse avait été faite (et globalement tenue) d'écrire et de répondre aux lettres. Et les chemins s'étaient séparés.

Non. Même si elle lui avait indiqué qu'il pouvait passer à Viam, il lui paraissait plus qu'étonnant qu'il fasse un détour, même s'il passait par Guéret. Ils avaient tous les deux des chemins étranges, tracés par on ne sait quelles mains fantasques. Enfin, si, on savait par elsquelles elles étaient tracées... Par les leurs. Et, de son impression première, Sindanarie avait gardé cette impression de fantaisie dans le voyage. A tort ou à raison, qui pouvait le savoir... Peu importait, à la limite. Bref, conclut-elle mentalement en s'arrachant à la fois aux souvenirs et aux réflexions, il était plus qu'improbable que ce soit Kaeronn qui ait débarqué au domaine. Et il fallait à tout prix reprendre le contrôle de son visage, avant qu'il ne laisse trop voir tout ce que ce simple nom lui évoquait. D'où quelques petites phrases, lancées sur un ton légèrement moqueur :


Tu as dû rêver. Ou alors, tu deviens sourd... C'est que tu commences à vieillir, mine de rien !

C'était entre eux un sujet de taquinerie habituel. Elle l'avait toujours accusé de vieillir, voire de vieillir trop vite, quand il était plus jeune. C'était surtout, en l'occurrence, un moyen comme un autre de dissimuler le tourbillon de souvenirs qui s'étaient soulevés comme autant de flocons de neige. Et la jeune femme continua, sur le même ton :

M'enfin, tu n'as sans doute pas rêvé au point d'inventer une présence... Je vais jeter un oeil avant de partir à la recherche de mes... soeurs. Va falloir que je m'habitue à ça aussi, tiens.

De toute façon, elle croiserait bien quelqu'un. Ce serait bien le diable si, dans la journée qu'elle comptait passer à Viam, elle ne tombait pas sur ses demi-soeurs ou sur le visiteur. Ecartant le sujet de son esprit, pour l'instant du moins, Sindanarie reprit, plus sérieusement :

Rien de particulier à signaler, autrement ? Ton voyage en Provence ? Ca s'est passé comment ?

Elle masqua de son mieux la pointe d'appréhension qui perçait dans sa voix. Peut-être n'était-ce pas tout à fait convaincant, mais c'était un sujet qui permettrait de s'éloigner des légitimes, du visiteur et des souvenirs. Quelques pages s'étaient tournées depuis. Et il était temps qu'ils discutent de ce fameux voyage pour qu'elle puisse achever de la tourner, une bonne fois pour toutes.

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MessageSujet: Re: Retour au bercail   Retour au bercail EmptySam 8 Mai - 9:38

Et hop, vas-y que j't'envoie une moquerie pour te dire qu'tu racontes n'importe quoi... Ah, les mécanismes de défense de la p'tiote étaient parfois un peu curieux. Mais c'était toujours assez intéressant et plutôt amusant de la voir essayer de donner le change à la personne qui la connaissait le mieux dans ce monde. La voir plonger dans des souvenirs, même si ça ne durait que quelques secondes, lui donnait une expression particulière. Ca voilait ses yeux. Et là, elle avait piqué une bonne tête dans une campagne inutile... 'Fin, quoi qu'il en soit, c'était pas la peine de la détromper (ou, plus vraisemblablement, d'essayer de la détromper), elle n'en démordrait sans doute pas, et tomber sur Kaeronn l'aiderait à se rendre compte que son intendant était à peu près tout sauf gâteux. Et puis, comme ça, la surprise voulue par le voyageur serait probablement intacte. Cet hôte surprise avait répondu aux questions d'Elric de manière suffisamment convaincante pour qu'il soit sûr de ne pas avoir à faire à quelqu'un d'autre. Y'avait pas de place pour le doute dans l'esprit du vieillissant, du moins à ce sujet-là.

Et comme les questions devaient avoir une réponse, le récit de l'excursion en Provence commença donc :


Ca aurait pu être pire. On a voyagé cinq ou six jours. On a pu approcher du camp, par contre on n'a rencontré personne de ceux qu'tu m'avais signalés. J'ai laissé les tonneaux aux gardes de l'entrée, et ils ont dû tout amener au gars dont tu m'avais parlé. Y'avait eu une bataille dans la nuit, ils étaient sur les rotules, et si on avait insisté pour entrer ou pour quoi qu'ce soit, d'ailleurs, j'crois qu'ils nous auraient volontiers taillés en pièces pour s'défouler. Et à quatre contre une armée, j'ai pas voulu prendre le risque. Donc, j'pense que tu t'en doutes, j'ai pas demandé de nouvelles de Bruenor.

Globalement, c'était vrai. C'était juste très résumé. Mais, à la limite, elle n'avait pas besoin d'en savoir plus. C'était fait, c'était du passé, et maintenant fallait avancer. D'ailleurs, Elric en revint à la question précédente de la p'tiote. Quelque chose à signaler ? A part l'inconnu qui avait été vu, l'espace de deux jours, plusieurs mois auparavant ne méritait sans doute aucune attention. Personne ne l'avait revu, donc il n'avait a priori pas repointé le bout de son nez, donc c'était juste un passant un peu égaré. D'où une nouvelle phrase, signifiant bien qu'il n'y avait plus rien à dire sur le sujet précédent (la Provence, hein) :

A part ça, y'a rien à dire. T'es revenue sans rien ? T'as tout laissé là-bas ?

Tout, c'était un grand mot. Elle n'avait jamais voyagé lourd, fidèle aux enseignements des Lames Brisées. Mobilité avant tout. Être prêt à partir au moindre signe, sans s'encombrer de superflu. Quelques habits, quelques armes, une couverture, éventuellement une tente, et c'était tout. Pas besoin de plus quand on est fait pour la guerre. En fait, il n'avait même pas besoin d'une réponse. Ca, il le savait, qu'elle n'avait rien ramené, et ça ne l'étonnait même pas. Alors, puisque la vengeance est un plat qui se mange froid mais pas trop, Elric poursuivit, presque sans s'arrêter :

Tu devrais aller t'changer, t'es vraiment pas présentable. Profite quand même un peu d'être ici pour te remettre à l'aise... Et tu pourrais aussi en profiter pour essayer d'ressembler à une vraie femme pour tes hôtes.

Oui, c'était bas, mais c'était un sujet aussi récurrent que l'âge d'Elric dans leurs taquineries mutuelles. Il savait bien que sa p'tiote, hormis l'époque où elle s'était donnée à la politique et où elle avait essayé, au prix de bien des inconforts parfois, de se glisser dans le moule du milieu politiciens, avait toujours préféré s'habiller comme un homme. Les robes et autres fanfreluches n'avaient jamais été vraiment à son goût. Oh, parfois, elle s'habillait bien, pour des cérémonies officielles, mais sinon, elle s'en contrefichait. Et, fallait être honnête, la manoeuvre avait un autre but. Kaeronn avait vu une femme prête à crever d'un jour à l'autre, sans regrets, avec joie même. Et il avait fait un crochet pour la revoir. et puis y'avait les légitimes qui venaient d'faire leur apparition concrète devant l'intendant. Alors il pouvait toujours essayer de faire en sorte qu'elle en impose, non ? C'était un peu bête de lui suggérer, parce qu'elle ne le ferait probablement pas, mais pourquoi ne pas essayer, hein ? Parce que, mine de rien, Elric trouvait qu'elle avait encore beaucoup plus d'allure, dans un tout autre genre, quand elle était habillée autrement qu'une soldate. M'enfin, l'était pas forcément objectif non plus...

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MessageSujet: Re: Retour au bercail   Retour au bercail EmptyDim 9 Mai - 10:10

Le récit de l'excursion en Provence était clair, concis. Il y avait probablement bon nombre d'épisodes qu'Elric avait omis, mais il avait toujours eu dans l'idée de faire très court pour ses rapports, pour qu'on en saisisse directement les grandes lignes. Sindanarie hocha légèrement la tête quand il mentionna Bruenor, pas inquiète pour deux sous. Elle savait qu'il avait quitté la Provence probablement aux alentours de la virée d'Elric, qu'il avait échappé à la plupart des combats et, surtout, à l'enlisement de la situation. Juste le temps de grommeler "Fallait pas t'en faire, il m'a écrit de Toulouse", et Elric passait à autre chose, après avoir confirmé qu'il n'y avait rien eu de spécial pendant son absence.

Pour le coup, il continuait en faisant les questions et les réponses. Il devait bien se douter que si elle n'avait aucun paquetage jeté sur l'épaule, hormis son habituelle besace, c'était qu'elle était revenue sans rien. Ou, plus exactement, avec sa bâtarde et ses poignards, et ce qu'elle avait sur le dos. C'était comme ça qu'elle avait appris à voyager, elle avait constaté l'efficacité de la méthode, et appliquait désormais à la lettre. Nombre des Licorneux lui avaient dit que c'était imprudent. Elle s'en moquait éperdument. Et, jusque là, elle avait eu raison, puisque personne n'avait jamais essayé de lui barrer le passage. D'un autre côté, elle n'était probablement pas une proie intéressante à première vue : pas de signe de richesse, armée, poussiéreuse. Pas vraiment le genre de gens qu'on attend à voir se trimballer avec une fortune... D'ailleurs, elle ne voyageait qu'avec quelques pièces, histoire d'être sûre de ne pas se retrouver en prison pour avoir dormi dans les rues d'une quelconque capitale... Bref, oui, Elric avait posé la question, mais elle se doutait que c'était seulement pour la forme.

Et Elric continuait, impossible à arrêter sur sa lancée. Et quelle lancée ! Ce qui était venu ensuite, c'était un coup bas, aussi bas que son allusion à l'âge de son mentor. Un sujet habituel, mais qui faisait toujours mouche. Comme l'âge, d'ailleurs. Chacun sa tare, sans doute, tare qui n'avait jamais échappé à l'autre. C'était trop drôle de s'en servir... Et de se retrouver avec la sienne dans les dents. Un éclat de rire échappa à la jeune femme.


Tu exagères !

Pas tant que ça, en fait... Il avait plutôt raison. Retrouvant tant bien que mal son sérieux, elle continua :

Je n'ai pas l'intention de me grimer. Et puis, à tout prendre... A quoi ça servirait que je donne à mes soeurs une image de moi faussée ? A leur faire croire que ce que leur frère a pu leur dire sur moi est faux ? S'il leur a dit quelque chose, il a dû être à peu près exact. Donc ce n'est pas la peine que je fasse semblant. En fait, je m'en moque un peu, tu sais...

Enfin, se grimer, le mot était un peu fort... Mais la jeune femme avait toujours eu du mal à s'habiller comme une dame, c'était vrai. Ce n'était pas dans son éducation, ni dans ses habitudes. Parfois, oui, elle l'avait fait, et elle l'avait même fait, plus rarement encore, avec plaisir. Par contre, c'était en d'autres temps. Avant qu'il ne meure. Son Lieutenant. Et par la suite, comme elle avait cherché désespérément quelqu'un qui voudrait la trucider un bon coup, elle avait repris, par automatisme, par réflexe, les tenues de cavalier, les tenues d'homme, tellement plus pratiques et, en général, tellement plus confortables que ces longues robes qui vous encombraient les jambes... Machinalement, pour chasser le sujet vers un recoin de son esprit, Sindanarie avait épousseté une de ses manches pour ponctuer la tirade. Et, devant le petit nuage de poussière qui s'en éleva, elle secoua la tête, avec un sourire, et reprit :

Bon, par contre, tu as raison, il faut que je me change. Ce n'est pas une tenue pour accueillir ou rencontrer qui que ce soit...

Même pour accueillir mes soeur... Insidieuse, la pensée l'avait effleurée avant de s'en retourner vers d'autres horizons. Elle se savait encline à la rancune, et elle n'oubliait pratiquement rien, mais elle savait bien que ses soeurs n'étaient pour rien dans l'abandon de leur père. Elles ne pouvaient pas le savoir... Il avait probablement totalement changé de vie quand il les avait eues. Il avait dû se ranger pour pouvoir épouser la de Rumet. Il n'aurait pas pu la conserver elle en restant avec sa bâtarde et les Lames Brisées. Elric lui avait expliqué tout ça, quand elle avait été en mesure de comprendre. C'était un raisonnement logique... Mais, dans une certaine mesure, Sindanarie n'avait jamais totalement compris. Elle l'avait vu comme une fuite. Et, contre toute raison, elle avait eu tendance à reporter une certaine rancoeur vers les fruits de cet abandon. Enfin, il n'était pas impossible que ses soeurs soient aussi agréables que son frère... Pas impossible, non. Elle secoua la tête, et continua :

Bon, je grimpe me changer. Préviens-moi si tu as besoin de moi.

Sur une accolade à son plus vieil ami, à son "presque père", la jeune femme le laissa retourner vaquer à ses occupation et tourna les talons pour monter prestement l'escalier en vis (défensive, forcément), commençant déjà à se défaire de la bâtarde qui claquait contre sa jambe gauche. Il faudrait qu'elle se désarme complètement pour rencontrer ses soeurs, à tous les coups. Ce n'était pas la peine de les effrayer. Il n'y aurait de poignard nulle part, pas d'épée. Juste Sindanarie. Rien de plus. Ou du moins, sans rien qui pourrait les effrayer.

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