Domaines de la famille Carsenac et de Rumet-Carsenac en Limousin et Marche
 
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 Promenons-nous dans les bois... En admettant que nous ne croiserons pas de loup

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Sindanarie
Famille Carsenac
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MessageSujet: Promenons-nous dans les bois... En admettant que nous ne croiserons pas de loup   Dim 6 Juin - 23:45

Elle avait entrainé Kaeronn à travers l'esplanade d'herbe qui séparait la demeure de la forêt toute proche. Ils avaient dépassé la tonnelle, dont les vignes reprenaient de la vigueur avec l'arrivée du printemps, pour finalement plonger dans les bois. Au passage, elle avait jeté un oeil au ciel. Il s'était couvert. Rien qui présage d'une grande pluie, en tout cas. De toute façon, ils n'allaient pas loin, non, mais il leur faudrait faire une léger détour pour arriver là où elle voulait l'emmener. Il fallait contourner la partie impossible à escalader simplement. Aussi, quand ils s'engouffrèrent dans la forêt, commencèrent-ils par s'éloigner du domaine. Peu de temps, certes. juste le temps de trouver le pied de la colline, l'endroit où le sol commençait à s'élever en une pente d'abord douce, puis plus prononcée. Se tournant vers son hôte, réfrénant l'envie (et le réflexe) de se transformer en fantôme pour mieux se fondre dans les bois qu'elle connaissait si bien, Sindanarie souffla :

C'est la partie pénible du chemin, ça ira tout seul ensuite.

Ne pas perdre de vue le chemin. C'était le plus délicat. L'escarpement était de nouveau minime, mais dans les amoncellements caillouteux et entre les arbres et autres buissons, la piste la plus commode s'estompait parfois. Il suffisait d'avoir quelques points de repère ici et là. Un arbre caractéristique, par exemple. Comme l'arbre qui marcotait en trois points, formant comme les piles d'un pont au-dessus des pierres dans lesquelles son tronc principal était enraciné. Ah. Il était là. Sur la droite, donc, il devait y avoir le sentier qui les mènerait au point de vue. Oui, le sentier était toujours là. Le temps ne l'avait pas effacé. Après quelques minutes de montée, ledit sentier prit une courbe légère et se mit à redescendre, jusqu'à déboucher sur une petite esplanade naturelle qui s'arrêtait sur un aplomb caillouteux.

Voilà. C'est d'ici que vous le découvrirez le mieux.

De fait, de cet aplomb s'offrait au regard la demeure, parfaitement dégagée, en contrebas. Le corps de logis, rectangulaire, s'ornait dans l'un de ses angles d'une tourelle à partir du premier étage et jusqu'au milieu de la toiture. Comme deux bras protecteurs, les murailles basses qui partaient de la demeure à proprement parler se refermaient autour de la cour. On devinait, adossées pour des raisons inconnues à l'extérieur de ces murailles, les écuries, principalement. Deux bâtiments semi-circulaires se dressaient à l'intérieur. Les réserves et le pigeonnier. Une bâtisse indépendante, où vivait Elric. Et, à l'arrière, si proches qu'ils semblaient presque à portée de main, le jardin qu'ils venaient de traverser, avec le puits, la tonnelle, le petit kiosque qui menaçait ruine. Un peu plus loin, en contrebas, sur la gauche, on percevait le village, et la route qui le reliait au domaine.

Quelques secondes, Sindanarie s'abandonna à la contemplation du lieu. Son paradis sur terre. Avant de se tourner de nouveau vers Kaeronn. Nul doute qu'il avait suivi à merveille dans les bois. C'était aussi une des raisons pour lesquelles elle l'avait mené jusque là. Elle croyait qu'il ne s'en plaindrait pas, contrairement à bien d'autres. Et cela permettait de faire d'une pierre un certain nombre de coups, en lui permettant de voir presque toutes les parties du lieu, les intérieurs exclus.

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MessageSujet: Re: Promenons-nous dans les bois... En admettant que nous ne croiserons pas de loup   Sam 12 Juin - 21:51

Et les voila sortis. Le tonnerrois suivait la maitresse des lieux avec enthousiaste, content comme toujours de prendre l'air. L'aube était toujours l'un des moments de la journée où il se sentait le plus en forme. Ou le besoin d'aller courir, d'aller se dépenser le prenait. Les voyages à travers le royaume valaient le coup, rien que pour cela. Il regardait en même temps comment était constituée la demeure. Ils avaient ensuite passé les murailles, pour se diriger vers ce qui semblait être une colline surplombant Viam. Et puis des arbres, comme il en avait croisé de nombreux en cherchant son chemin la journée précédente. Un bois, sans nul doute. Kaeronn appréciait la pénombre sous les arbres, les longues marches solitaires (ou non, mais cela dépendait fortement de la compagnie, sa préféré étant dans ces cas la celle de ses amis Jabor, Mathler ou Khroulyr). Et il n'était pas le seul au vu du naturel avec lequel Sindanarie se mouvait. Elle devait connaitre par cœur chaque coin de son domaine.

La phrase de la jeune femme le fit cependant sourire, plus qu'il ne l'aurait voulu. La partie pénible du chemin... Comme s'il pouvait trouver une partie d'un chemin pénible. Devoir traverser une ville avec des habitants mielleux, ce que certains appelaient "bisounours", ça c'était la partie pénible d'un chemin. Certainement pas les difficultés d'une route quelconque. Surement parce que le tonnerrois voyait chaque partie d'un voyage, ou même la vie si on y réfléchissait un peu, comme un défi. Tout était source de défi, et relever ces défis étaient une façon de se prouver qu'il existait, et qu'il fallait compter sur lui. Il s'était ainsi construit un capital confiance indestructible. Et il avait su l'utiliser pleinement. A la soule par exemple, il était tellement sur de lui que ses adversaires y voyaient souvent de la vantardise. Assurance qui s'accompagnait de moquerie tout au long des matchs, qu'il gagnait. Les Foudres étaient à présent en quart de finale, et début avril, ils joueraient la victoire pour passer en demi. Et ensuite la finale. Car pour Kaeronn, c'était assuré, il était le meilleur. C'était comme cela, et personne n'y pouvait rien. La finale, il irait, et il la gagnerait.

Il s'arracha à ses pensées en suivant habilement les traces de Sindanarie. On sentait dans l'assurance que le tonnerrois dégageait que le terrain lui était familier, même si l'endroit inconnu. L'opposé de la dame de Viam qui ne marquait aucune pause. Sans doute avait elle ses propres repères. Repères que prenait instinctivement le tonnerrois. Et puis, sans prévenir, le petit sentier sur lequel ils avançaient laissa place à une sorte de promontoire. De quoi apercevoir de haut tout le paysage aux alentours. Il prend son temps pour observer chacun des lieux s'offrant à son regard. Il plisse légèrement les yeux en apercevant beaucoup plus loin le village de Viam. En même temps, il prend compte du silence dans lequel ils se tiennent. Seul la brise légère du vent vient fouetter ses oreilles. Lui aussi remarque que le temps se couvre.


Aujourd'hui, il pleuvra.

Il semble assuré, comme toujours. Le ton est celui d'un voyageur qui a vu des milliers de fois ces nuages se former ainsi. La météo étant loin d'être une science exact, Kaeronn sait qu'il peut tout à fait se tromper. Mais il pleuvra, il en est convaincu. Elle s'était retournée vers lui. Toujours souriante. De quoi sourire à nouveau pour le tonnerrois. A ce moment la, il était loin de regretter d'être venu au domaine de Viam, bien au contraire.

Et tout cela vous appartient donc? J'ai cru comprendre que vous n'y étiez pas beaucoup cependant. Vous n'avez pas eu de problèmes à cause de cela?

Il interroge en même temps des yeux Sindanarie, prêt à s'assoir pour discuter devant la vue, ou continuer de découvrir son domaine en marchant. Il pouvait déjà en tout cas se faire une excellente idée du domaine de Sindanarie. Assez grand, isolé, protégé. Une retraite qui faisait du bien. Lui n'avait jamais su vraiment se poser, à part à Tonnerre, à une époque. A une époque seulement, époque qui semblait bien lointaine maintenant. Seul les Foudres et les souvenirs enfouis dans sa tête le faisait revenir quelques fois dans la ville bourguignonne. Où il n'y restait d'ailleurs rarement plus d'une semaine. Voir la ville tomber en décadence ne l'enchantait pas particulièrement, et ne cesser de le faire grimacer. Et remarquer que dans la majeure partie du royaume c'était la même chose ne consolait pas forcément.

Vous avez de la chance ma foi de posséder telle demeure.
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Sindanarie
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MessageSujet: Re: Promenons-nous dans les bois... En admettant que nous ne croiserons pas de loup   Sam 12 Juin - 23:47

Pas de réaction quand il avait annoncé que la pluie viendrait, mais un nouveau coup d'oeil au ciel. C'était en effet très probable. Et l'air humide le confirmait. De toute façon, son aplomb aurait convaincu le plus sceptique. Restait juste à espérer, une nouvelle fois, que ce ne serait pas pour leur poire... Et les questions commencèrent. Juste deux questions, pertinentes, droit au but. Rien à voir avec les tirades de questions qu'elle avait infligées au malheureux Grand Maître de la Cosse de Genêt... Il faudrait d'ailleurs qu'elle lui envoie l'opus terminé traitant de son Ordre. Information consignée dans un recoin de sa mémoire. S'accordant une courte seconde pour organiser ses idées, Sindanarie finit par répondre :

Non, non, tout ça ne m'appartient pas... Pour ainsi dire, c'est el château qui m'appartient, pas l'ensemble du domaine. Enfin, je considère plutôt qu'on me l'a confié. Qu'on me les a confiés. Et si Elric n'avait pas été là pour m'aider, je les aurais rendus au Comté. C'est pour ça aussi que Viam n'est pas une réelle charge, il s'en occupe à merveille. Et ça n'a pas posé de problème aux différents Régnants que j'y passe si peu de temps... Sinon, la noblesse du Limousin cesserait d'exister, entre ceux qui ont déménagé et ceux qui passent le plus clair de leur temps sur les chemins.

Discours un brin décousu. Il aurait fallu beaucoup plus pour expliquer exactement la situation de la noblesse Limousine, et c'était une histoire à la fois longue et rébarbative, pleine de noms, de personnages, de chemins croisés et décroisés... Bref, une horreur à raconter, une horreur à écouter. Pas du tout ce qu'elle souhaitait pour son hôte.

Oui. C'est une immense chance.

C'était vrai. Si laconique qu'elle pouvait paraitre, Sindanarie en était parfaitement consciente. C'était une immense chance que de bénéficier d'une retraite pareille. Si par hasard elle survivait assez pour devenir une vieille femme, si un jour elle avait des enfants et, qui sait, des petits-enfants, ils pourraient s'établir là. Si son frère et ses soeurs en avaient, ils pourraient aussi y vivre. Ils pourraient donner de la vie à cette demeure, pour l'heure habitée seulement par un mercenaire vieillissant et quelques personnes qu'il avait embauchées pour l'aider à tenir le domaine debout. Mais tout cela, c'était un futur lointain... Si elle ne se faisait pas tuer avant qu'il ne se réalise. A cela s'ajoutait le fait qu'elle avait du mal, née comme elle l'était, élevée comme elle l'avait été, à vivre avec une telle richesse. Ce n'était pas naturel pour elle, et elle avait du mal à composer avec, surtout quand on lui rappelait cette chance incroyable pour quelqu'un qui avait commencé dans la vie comme elle. Et une phrase la traverse, sans lien avec ses réflexions précédentes. Tais-toi. Tais. Toi. Oublie ce que tu veux dire, lui intime la partie raisonnable de son esprit. Mais c'est trop tard, elle l'a dit... Et avec le sourire, en plus !

Vous y êtes chez vous.

Tais-toi, b*rdel du diable ! Mais c'est pas possible d'être aussi bête ! Boudiou, si ça continue, il va croire que tu... Explosion sous le crâne de la brune. Elle se tance elle-même, et pour un peu se traiterait de tous les noms. Pour un peu. Mais il y a quelque chose qui la retient de le faire. C'est qu'elle est sincère, ce que son hôte ne manquerait pas de voir s'il sondait quelque peu son regard. Curieusement, malgré le fait qu'il lui est presque inconnu, Kaeronn fait partie des rares personnes à qui elle ouvrirait volontiers Viam, à toute heure, en toute circonstance. Ca n'avait pas grand sens, mais peu importait à Sindanarie. La tête brûlée, une fois de plus, avait foncé dans le tas. Et il ne restait plus, encore une fois, qu'à se raccrocher aux branches, pour les tirer d'un éventuel moment d'embarras. Quittant l'homme des yeux pour les reporter sur le paysage en contrebas, Sindanarie parcourut du regard le pays qu'elle adorait.

Redescendre ou rester ? Telle était la question. Les deux convenaient autant à la jeune femme, alors autant donner le choix à son hôte... Se rangeant à ses côtés, passant le bras sous le sien et levant le visage vers lui, souriante de nouveau, Sindanarie enchaina, une inflexion de plaisanterie concluant sa question :


Préférez-vous que nous restions quelques instants ici ou que nous retournions à l'intérieur avant que le ciel nous tombe sur la tête?

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MessageSujet: Re: Promenons-nous dans les bois... En admettant que nous ne croiserons pas de loup   Dim 13 Juin - 12:53

Vous y êtes chez vous.

La surprise s'installe un court instant dans la tête de Kaeronn. Il a cependant (l'excellent) réflexe de ne pas broncher, de ne pas tourner la tête pour regarder Sindanarie. Comme si il n'y croyait pas? Plutôt comme si il prenait cette phrase à sa moindre valeur. Même si cela le touchait, le surprenait aussi, il n'en montrait rien. Ce n'était pas possible qu'elle le pense véritablement. Elle le connaissait à peine, depuis si peu de temps. Et pourtant, elle venait bien de lui dire qu'il était ici comme chez lui. Le domaine devait lui tenir à cœur, et devait lui servir de symbole. C'était son refuge. Quelque chose de très personnel. Alors si rapidement... oui, c'était bizarre. Mais le tonnerrois n'était pas du genre à se poser trente six mille questions, et en tournant la tête, il sourit de façon radieuse à Sindanarie. Il ne vit pas vraiment la sincérité qui brulait dans son regard, ne cherchant pas vraiment à sonder celui-ci. Il aurait pu également renchérir sur cette phrase, pour la taquiner. Il aurait pu, il savait qu'elle aurait répliqué sans en tenir rigueur, sachant qu'il plaisantait. mais quelque chose le retenait.

Pour une fois, essaye de ne pas te montrer moqueur tout le temps. Surtout après cette phrase qui, même si elle est sans doute sincère, est peut être un peu exagérée.

Il n'était en tout cas nullement embarrassé, seulement surpris, surprise qu'il s'évertua à ne pas montrer. Puis comme si elle avait lu ses pensées, elle lui posa la question concernant sa préférence. La, il n'avait pas à réfléchir, entre retourner à l'intérieur et rester dans ce petit coin de nature seul avec elle, le choix était fait. Et plus surprenant aussi, voila que le bras de la dame venait se glisser sous le sien. Plus que ses paroles, son geste le flatta au plus haut point. Et cette fois ci, il ne put cacher sa surprise, répondant à son sourire par l'un des siens, ravi. Il resserra légèrement l'étreinte de son bras sur le sien.

Vous m'avez amené ici, et j'aime cet endroit. Alors pourquoi ne pas en profiter encore? Bon, il est vrai qu'il pourrait pleuvoir dans un moment, mais peut être que cela ne sera pas le cas.

Il resta un court instant à contempler le visage souriant qui le regardait, puis plaisantant.

Et puis, si jamais il pleuvait, après tout ce que j'ai enduré pour venir ici, je saurais bien vous protéger des gouttes d'eau.

Le regard se fait pétillant de malice, avant qu'il ne continue de parler.

J'imagine que lorsque vous venez à Viam, vous venez souvent vous promener, non? Seule? Avec Elric? Cet endroit a surement son histoire. Ou vous même avez surement des anecdotes à me raconter sur cet endroit.

Son regard plonge dans le sien, l'invitant à lui en dire plus. Il aime les histoires, il aime les raconter, les écouter. Entendre Sindanarie parler d'elle et de ce domaine perdu dans le Limousin ne pouvait que l'intéresser.

D'une petite pression de la main sur son poignet tout en pliant légèrement ses propres genoux, il l'invite à s'assoir. Il garde son bras contre le sien, s'asseyant sur une grosse pierre, l'encourageant d'un nouveau sourire radieux et du regard à lui parler de cet endroit, d'elle.
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Sindanarie
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MessageSujet: Re: Promenons-nous dans les bois... En admettant que nous ne croiserons pas de loup   Ven 18 Juin - 17:38

La protéger de la pluie ? Depuis quand la pluie était-elle un souci ? Si elle s'était protégée de la pluie (et si elle avait pensé à s'en protéger, surtout), forcément, elle aurait évité un bon nombre de rhumes et autres choses charmantes, mais elle serait également passée à côté de bonnes tranches de rigolade... Aussi fut-ce simplement un léger éclat de rire qui répondit à la supposition. Pour une fois, elle se retint de justesse de rétorquer, comme elle le faisait d'habitude envers ceux qui parlaient de la protéger, qu'elle n'avait besoin de personne pour veiller sur elle et qu'elle était parfaitement capable de se débrouiller. Même si elle lançait en général ce genre de réponses sur un ton badin pour atténuer ce qui pouvait être ressenti comme de la sécheresse dans cette phrase, elle préférait ne pas tenter le diable. Pas en cet instant, pas en cet endroit.

Par contre, elle pouvait sans peine répondre aux questions suivantes sans craindre de devenir insupportable. Si l'on exceptait sa légère tendance au bavardage (doux euphémisme). Et, s'asseyant aux côtés de Kaeronn sur la grosse pierre, qui avait la bonne idée d'être assez large pour que tous deux y tiennent, elle prit quelques secondes pour commencer à lui répondre, un brin plus sérieuse.


C'est aussi un endroit que j'aime beaucoup... Donc oui, quand je viens ici, je passe beaucoup de temps dans ces bois. Seule ou avec Elric, ça dépend des jours, de son humeur, de la mienne...

Qu'avait-il ensuite demandé ? Des anecdotes... Une histoire ? L'histoire liée d'une jeune femme et d'un lieu. Retour un an et quelques mois en arrière. Passage rapide du temps écoulé, revue des souvenirs liés au village, à la demeure, aux habitants... Il y avait beaucoup à raconter, les fêtes du Nouvel An dans la taverne du village, les parties de fléchette tournées en jeu à boire, les arrivées successives à la demeure d'Elric puis de... Non. On oubliait le frère. Le regard de Sindanarie allait et venait entre le paysage en contrebas et le visage de son voisin. Et elle se lança finalement dans un discours qui devait durer, durer... Durer encore un peu. Place audit discours !

Donc, des anecdotes liées à Viam ? Voyons... C'est un peu décousu mais, par ordre chronologique, le village m'a vu saoule comme un Angevin, malade, recluse et... Euh, et partie, en fait. Ah, non. Au départ, ils ont dû bien rire... Le jour où je suis venue ici pour la première fois, j'avais passé une journée à cheval, en me perdant je ne sais combien de fois. Arrivée ici, je me suis enquise du chemin à prendre, on me l'a fort obligeamment indiqué, Vengeance est partie au galop une dernière fois pour la journée. Et une fois au bout du chemin, paf ! Je l'ai arrêtée un peu brusquement, elle a fait un écart pendant que je faisais un vol plané et que je m'écrasais aux pieds du garde... Ca a pris un bon bout de temps, ensuite, de lui expliquer que j'étais sensée m'installer là, pour quelque temps du moins. Mais après,ça s'est plutôt bien passé, et j'ai fini avec le garde et d'autres habitants dans la taverne, ronde comme une queue de pelle, à jouer aux fléchettes avec, pour gage pour celui qui ferait le moins de points en trois lancers, un verre de mirabelle à boire cul sec. Autant vous dire que mon manque d'expérience m'a perdu, ce soir-là ! Beaucoup n'avaient pas compris que j'étais sensée prendre la tête du lieu. Avec mes habits d'homme et, parait-il, mes manières, je ne collais pas avec leur image du nobliau de province...

L'amusement était perceptible dans la voix de la jeune femme quand elle racontait cette histoire, comme lorsqu'elle raconta les suivantes. Elle avait appris à se détacher des détails désagréables de la vie pour n'en retenir que les aspects positifs. C'était peut-être ce qui lui avait permis de traverser deux guerres... Qu'elle avait pu en rire, de cette arrivée en fanfare, avec Elric, et avec les habitants présents ce soir-là ! Bon, alors... Que pouvait-elle donc raconter de plus ? Un peu par hasard, elle enchaina sur l'histoire de l'incendie d'une partie de la toiture de la demeure, à la suite de la prétendue apparition d'un revenant. La frayeur avait été telle pour le malheureux qui passait sous les combles à la recherche de pauvres rongeurs qui n'avaient rien demandé à personne (mais qui avaient décidé que le lieu était fort à leur goût et qui rongeaient, par conséquent, tout ce qui passait à leur portée) avait laissé tomber sa torche et s'était à grand peine tiré du brasier qui avait rapidement pris. Cela avait providentiellement eu lieu avant son départ, et Sindanaire avait pu revenir à temps pour organiser les travaux et payer d'avance les artisans qui travailleraient à rebâtir le chantier.

Et, tant qu'elle y était, elle raconta également l'arrivée d'Elric en la place, avec un amusement non feint. Il avait un don incroyable pour se faire remarquer. Il n'était certes pas un colosse, mais il avait tendance à faire l'ours en présence d'inconnus. C'était un masque, il fallait bien le comprendre, un masque qui tombait dès qu'il était soit curieux, soit installé quelque part. Et il n'avait pas raté son coup en arrivant à Viam. D'après les rumeurs que Sindanarie avait entendues peu après, il avait été qualifié d'ogre et se serait pris de bec avec l'un des doyens du village. Son âge le lui permettait sans qu'il ait l'air insolent, et il ne s'en privait que rarement. Une fois installé comme intendant, il avait été tyrannique quant à la gestion du domaine pendant quelque chose comme une semaine, puis s'était soudainement adouci. C'était pour lui une façon de s'imposer, par la terreur d'abord, puis par la douceur. Se faire craindre, puis se faire apprécier.

Bavarde, Sindanarie ? Vous croyez ? Si peu... Bref, il arriva un moment où elle sut s'arrêter. Non qu'elle fût à court d'idées, mais parce qu'elle s'était rendu compte qu'elle avait parlé un temps non nul, pour ne pas dire un temps fou pour la silencieuse qu'elle était en général. Et elle s'était également rappelé qu'à force de parler, on risquait de perdre son interlocuteur... Ce qu'elle voulait à tout prix éviter. Alors donc, s'arrêtant un instant, elle fixa un instant le village qui se dessinait à quelque distance, et reprit, fixant de nouveau Kaeronn avec un sourire plein d'auto-dérision :


Cela suffira-t-il pour le chapitre Viam, ses aventures, son occupants ?

Par le diable. Qu'est-ce que c'était que ça ? Une goutte d'eau ? Boudiou, ça n'allait pas commencer non plus ! Un regard d'indignation outrée vers le ciel fut le seul message d'avertissement qu'elle lança aux cieux menaçants, toujours contrebalancé par un sourire plaisantin. Et les prunelles se fixèrent de nouveau sur le visiteur du domaine, attendant réponse à sa question. Et puis, ils n'allaient pas se faire déloger d'un endroit qu'il appréciait par quelques gouttes d'eau, non plus ?

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MessageSujet: Re: Promenons-nous dans les bois... En admettant que nous ne croiserons pas de loup   Sam 19 Juin - 11:58

Il l'écouta parler longuement, petit sourire aux lèvres, réagissant à chacune de ses petites histoires par un rire, un hochement de tête, ou encore une moue moqueuse, destinée à la faire rire et à la taquiner. Le vol plané aux pieds du garde eut un franc succès. Il garda le sourire pour l'épisode de la toiture, et enfin se vit confirmer ce qu'il pensait d'Elric. C'était réellement agréable que de se retrouver à discuter, la nature autour de soi, avec une personne que l'on appréciait. Non, cela n'arrivait que trop rarement malheureusement. Oui, il était heureux d'être la. Quel dommage que Sindanarie reparte si vite. Elle ne lui avait pas encore dit d'ailleurs qu'elle devrait repartir le lendemain. Sans doute profitait elle comme lui de l'instant, et qu'elle attendrait le lendemain pour lui annoncer son départ.

Que ferait il ensuite? Comme souvent, il n'avait pas encore la réponse. Il reprendrait la route, cela il en était sur. Dans quelle direction? Il avait bien une ou deux affaires à régler du côté du Dauphiné. Sans doute remonterait il ensuite sur Tonnerre, avant de repartir il ne savait où. Peut être ces quelques jours à Viam lui donneraient envie de voyager avec Sindanarie. Mais à vrai dire, entre ses occupations, et sa réticence à suivre un corps d'armée qu'était les licorneux, il n'avait encore jamais envisagé sérieusement cette idée. Il aimait avant tout sa liberté d'action. Pouvoir bouger où et bon lui semblait, sans autre obligation que celles qu'il se fixait. Qui disait armée, disait forcément devoir. Et il avait toujours eu du mal à obéir à d'autres personnes. S'il l'ordre ne lui convenait pas, qu'il était assuré d'une meilleure chose à faire, il rentrait en conflit avec son supérieur. A vrai dire, mener des hommes ne le gênait pas. Mais qu'on le mène, ça, il ne pouvait pas supporter. Paradoxalement, il n'avait jamais voulu du poste de capitaine à la soule, mais le tacticien, c'était lui. Et cette année, il comptait bien attraper et remporter la finale. Il était le meilleur du royaume, il le savait.

Ses yeux se font légèrement malicieux alors qu'il regarde à nouveau son interlocutrice, et d'un ton plaisantin répond à sa question.


Ma foi, ce chapitre semble bien entamé, même si je suis sur qu'il n'est pas complet. Vous pourriez peut être me montrer plus tard comment vous avez atterri aux pieds du garde? Je jouerai celui-ci si cela vous convient. Son sourire s'élargit, satisfait de sa plaisanterie, mais aussi curieux de la réponse qui lui sera apportée. Mais si je vous ai bien compris, vous avez beaucoup d'autres chapitres en réserve, qui n'attendent que d'être découverts. Il est bien évident que v...

Il lève la tête en même temps que la jeune femme, pour observer les quelques gouttes d'eau tombant autour d'eux. L'une d'elle s'écrasa sur le nez du tonnerrois, et il cligna légèrement de l'œil. Pas un geste cependant pour essuyer la goutte d'eau, bientôt suivi par quelques autres, de moins en moins espacées. Sindanarie ne fait pas mine de bouger, Kaeronn n'en fait pas plus. Elle est de la Licorne. Il est voyageur depuis de longues années. Les mauvaises conditions pour prendre la route, ils connaissent tous les deux. Lui aime la pluie. Il ne sait pas si c'est le cas de la guerrière, mais tant qu'elle ne retournait pas sur la demeure, il ne bougerait pas. Les nuages semblent s'amonceler au dessus du domaine. Il y avait des chances pour que la pluie, au lieu de passer rapidement, dure un petit moment, de plus en plus forte. Il revient sur le visage de la jeune femme, qu'il distingue toujours aussi bien malgré les gouttes déchirant l'espace entre eux. Son bras serre toujours doucement le sien. Juste pour renforcer le fait qu'ils sont à deux.

... que vous ne pouvez tout me raconter d'un coup. Mais peut être aurons nous ce temps durant mon séjour à Viam.

Aucune mention de ce qu'Elric lui avait dit. Il faisait semblant d'ignorer le fait de savoir que Sindanarie devait repartir le lendemain. Et il ne donnait pas plus d'explications concernant le sien. Ne pas donner de détails laissait supposer à la jeune femme qu'il avait tout son temps. Ce qui n'était pas faux. Kaeronn se trouva alors à observer le visage de la guerrière. Les quelques gouttes de pluie coulant sur son front, sur ses joues. Sa raison lui commander d'arrêter de la regarder ainsi, mais c'était pour une fois plus fort que lui. Et il ne put s'empêcher un court instant de penser qu'elle était jolie ainsi.

Comme si tu ne la trouvais pas jolie d'habitude, se moqua une voix dans sa tête.

Sindanarie ne pouvait cependant deviner les pensées de Kaeronn, et seul son sourire transparaissait sur son visage.


Les habitants semblent vous aimer en tout cas. Ce n'est pas si habituel que cela chez les nobles. Depuis quand l'êtes vous?
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Sindanarie
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MessageSujet: Re: Promenons-nous dans les bois... En admettant que nous ne croiserons pas de loup   Lun 21 Juin - 16:50

Ah, ça, les autres chapitres, ce n'était pas ce qui manquait. De loin pas. Mais c'était bien long, pas toujours intéressant, et il valait mieux en éviter certains. Bref. Lui aussi avait remarqué la pluie... Le regard vers le ciel n'aurait abusé personne. Et puis, plus ça allait, moins il était possible d'ignorer les gouttes qui fendaient l'air. Plus grosses, plus denses. Une jolie pluie de printemps, peut-être de celles qui durent et vous trempent jusqu'aux os. Une pluie comme elle les aimait, pas un crachin breton. Mais, au-delà de ces pluvieuses considérations, Kaeronn avait repris la parole, sur les chapitres à l'origine, mais aussi sur... Non ? Un franc éclat de rire échappa à Sindanarie à la plaisanterie de son voisin, et, tentant à grand peine de reprendre assez contenance pour achever sa réponse sans se retrouver interrompue par le rire, les yeux rivés sur les siens, elle rétorqua :

Vous voulez que je finisse à vos pieds ? Il fallait le dire tout de suite, voyons ! Enfin, vous vous rendez compte de ce que ça implique ? Une chute de cheval, avec l'élan d'un galop, le tout en essayant de ne pas vous écraser contre le mur ? J'aurais vraiment trop peur de vous faire mal...

Et toc. Elle ne savait pas d'où sortait cette dernière pirouette. Elle n'en avait absolument aucune idée. Ce qui était sûr, en revanche, c'était qu'elle aurait beaucoup plus de mal à chuter cette fois. D'une part, parce que Vengeance et elle s'étaient mutuellement apprivoisées. D'autre part, parce qu'elle était bien meilleure cavalière qu'alors, quelle que soit sa monture. Le temps qu'elle avait passé à errer ou à se presser aux quatre coins de la moitié Nord du Royaume avait laissé des traces... Et ce fut toujours souriante qu'elle enchaina, revenant aux chapitres, conservant le ton de la plaisanterie :

Et n'allez pas croire que vous saurez tout d'un coup, en un seul séjour ! Sinon, quel prétexte trouverai-je pour vous revoir ?

A son tour d'aller titiller son interlocuteur, et à son tour d'examiner comment il réagirait... Non que Sindanarie ait particulièrement eu l'impression d'être jaugée, non. C'était plutôt un moyen de rebondir, de les empêcher de trop s'attarder sur son cas. Officiellement. Elle avait tout de même eu un peu de mal à ne pas redevenir trop sérieuse. Un peu trop à son goût. Mais enfin, il lui restait une dernière réponse à apporter à son hôte avant de pouvoir glisser vers un autre sujet, aussi reprit-elle encore une fois, fixant Kaeronn avec, au fond des yeux, une lueur amusée :

Ca fait un an et quelques mois. Vous savez, si j'étais plus souvent présente ici, ils ne pourraient sûrement plus me voir en peinture... S'ils m'apprécient un tant soit peu, c'est peut-être à cause de mon arrivée.

Allez allez, on enchaine. On trouve un autre sujet, et on oublie la pluie qui tombe, plus dense, plus serrée. La pluie n'est rien quand on est en compagnie d'un homme que l'on estime et que l'on apprécie et quand on a le bras passé sous le sien. L'autre sujet, Sindanarie l'avait conçu depuis bien longtemps... Et, même s'il était classique, il n'était pas sans intérêt. Du moins, il n'était pas sans intérêt dans ce cas.

Et vous ? Quels chapitres auriez-vous à conter ?

[Désolée, un brin débordée ce week-end, d'où réponse tardive...]

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MessageSujet: Re: Promenons-nous dans les bois... En admettant que nous ne croiserons pas de loup   Mar 22 Juin - 12:12

[Pas de soucis voyons Wink ]

Il avait adoré la réplique de Sindanarie, avait ris avec elle. Elle l'avait bien eu sur ce coup la, mais alors qu'il allait lui répliquer que sans le cheval, cela serait tout aussi bien, elle enchaina. Et de bien belle façon également. Nouveau rire du tonnerrois, qui hoche la tête d'un air de penser:

Oui évidemment, suis je bête de ne pas avoir pensé à cela!

De toute façon, il trouverait bien lui d'autres anecdotes à raconter à la jeune femme, quitte à les inventer. Tout ce qui pouvait lui donner des excuses pour la revoir était bon à prendre. Il ne manqua pas de noter que sous le ton plaisantin, elle était surement sincère. Du moins l'espérait il. Puis un peu plus sérieusement, sa question prêtant moins à rire.

Peut être oui... effectivement. C'est un point de vue intéressant. Mais peut être est ce également aussi parce que vous allez naturellement vers eux, et ce pour autre chose que distribuer des ordres. Mais surement aussi que cela ne me regarde pas, ajouta-t-il en hochant la tête. Et puis à sa façon de sourire, et d'enchainer aussitôt, il était évident que ce n'était pas son sujet préféré, même si Kaeronn le trouvait intéressant pour sa part. Quel curieux quand même. Certains diraient que c'était un gros défaut. Lui appréciait cette façon d'être, à condition d'être raisonnable. Bon il ne l'était pas vraiment, mais il avait appris depuis longtemps maintenant à ne pas franchir la limite.

Moi? Mais comment pourrais je conter un chapitre sur Viam autre que celui-ci d'hier soir, et que vous devez déjà connaitre, hormis les détails?

Grand sourire qui se fait moqueur, exagérément. Et sans lui laisser une possibilité de réponse, il reprend la parole.

Mais il est vrai que des chapitres autres que celui-ci de Viam, j'en ai... Froncement du nez comme pour choisir un chiffre approximatif. ... une quantité non négligeable. Il faut dire que voyager dans tout le royaume, vous avez forcément une foule d'anecdotes à raconter.

En même temps qu'il lui parlait, il choisissait les histoires qu'il pourrait raconter. Les histoires? Sa vie plutôt.

Et bien voila trente années que je voyage. Seul la plupart du temps, rarement accompagné. Voyagé seul implique moins de responsabilités, moins d'ennuis à mes yeux. Remarquez que par ennuis, je désigne les problèmes survenus en route, et non pas l'embêtement, le marasme. Oui, car lorsque l'on voyage seul, au moins on peut décider sans avoir à attendre une quelconque réponse de l'autre de la marche à suivre. L'endroit où partir. L'endroit où s'arrêter. Que faire en cas d'attaque. Sur ce point la, je dois avouer que c'est très pratique. J'ai été forcément pris pour cible de nombreuses fois sur les chemins, par des brigands la plupart du temps. Et je dois avouer que je préfère de loin être seul quand cela se passe. Au moins, impossible de perdre quelqu'un. Si le combat est trop inégal, on peut s'enfuir sans arrière pensée. Et enfin si l'on se bat, on n'est handicapé que par soi-même. Le plus catastrophique des voyages fut d'ailleurs celui où je voyageais avec le plus grand nombre de personnes durant un long moment. Nous étions six. Au début, ajouta-t-il, légèrement ironique.

Il marque une petite pause, alors que l'eau ruisselle le long de ses cheveux, puis sur ses épaules et le long de sa cape et de son mantel.


C'est peut être pourquoi je suis toujours vivant. Il faut croire que j'ai eu de la chance, car je n'ai jamais encore été détroussé. Je ne sais pourquoi les brigands osent espérer que je cache une grosse bourse sous ma cape, mais ils en ont pour leurs frais. Tenez, un jour que je dormais dans la campagne orléanaise. Je m'étais allongé tranquillement sous un arbre, après une longue journée de galop. Et alors que mes yeux commençaient à se fermer, je sentais une lame sur ma gorge. Je rouvrais les yeux lentement, sans mouvement brusque, pour regarder l'importun. Visage crasseux, vêtements décousues, lame rouillée, je ne sais même pas si on peut lui donner le nom de brigand. Cette imbécile me demande où se trouve ma bourse, ce à quoi je lui réponds que je peux lui montrer s'il me laisse m'assoir au moins. Et au lieu de chercher lui-même, ce crétin acquiesce et prudemment se recule d'un bon pas. Je n'ai eu qu'à saisir une grosse branche rapidement pour qu'il ait un mouvement de frayeur. Il a reculé de deux trois pas cette fois ci, pour trébucher contre une racine. Juste le temps pour moi de lui lancer l'écusson de l'Ost. Il est devenu livide, c'était assez drôle à voir.

Il laisse la jeune femme savourer ses paroles un instant, pour rajouter d'un ton amusé.

Ce qu'il ne savait pas, c'est qu'il n'était pas à moi l'écusson. Oh certes, cela ne changeait pas grand chose, le bougre avait plus l'air de quelqu'un dans le besoin impératif de manger qu'un voleur de bourses. Je dirais même presque que l'écusson lui a sauvé la vie. Mais bon, on en voit des drôles quand même parfois...

Pourquoi avoir raconté cela? Il n'en savait fichtre rien. Une fois qu'il était parti sur un sujet, il parlait, parlait et parlait jusqu'à ne plus s'arrêter. Aussi bavard que Sindanarie? Si peu allons... Sans compter que ladite petite histoire ne le montrait pas forcément sous son meilleur jour. Il aurait très bien pu déformer légèrement la fin en hochant la tête et disant à Sindanarie qu'il avait eu pitié de l'homme et qu'il lui avait donné de quoi manger. Mais il n'aimait pas la pitié, et il n'avait aucune envie de mentir à Sindanarie. Ridicule...

Vous avez déjà vu souvent la mer? Je suis né avec elle moi. Et puis ayant voyagé dans tout le royaume, j'ai eu la chance de la voir plusieurs fois. Enfin la chance... tout dépend le point de vue. Pour ma part, je ne l'aime pas plus que cela. Je trouve qu'elle a quelque chose de... sournois. Oui, c'est le mot. Comme si de sa couleur bleu profond, elle pouvait nous attirer dans ses filets, pour mieux nous engloutir aussi. Des poissons. Nous sommes des poissons pour elle. Alors que la forêt, les bois, les collines, les montagnes... c'est un régal de se promener. Et en cas de pépin, on peut facilement s'y cacher.

Le ton se fait amusé, les yeux rieurs. La pluie semble se stabiliser, décidée à les mouiller, sans pour autant cracher un torrent de larmes. D'un revers de sa main libre, il rabat une mèche de cheveux tombant sur son front. Juste pour ne pas qu'elle empêche son œil de contempler la jeune femme.

Tenez, je vous parie que j'ai les anecdotes les plus incroyables. Sourire taquin, le regard malicieux qui ne quitte pas le sien. Provocateur? Oui, je parie que je possède les anecdotes les plus insolites.
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MessageSujet: Re: Promenons-nous dans les bois... En admettant que nous ne croiserons pas de loup   Mer 23 Juin - 10:22

Hochement de tête pour ponctuer la remarque de Kaeronn, sourire amusé aux lèvres. Ca lui apprendrait à être imprécise... Elle était bien recadrée. Et il avait bien senti qu'Elric était du genre à lui raconter, plus ou moins sommairement, à peu près tout ce qui se passait à Viam. Et, enchainant, il commença à raconter un chapitre... Enfin, une belle série de chapitres. Le déroulé d'une vie... Trente ans sur les chemins. Proportionnellement, se dit-elle avec un sourire, elle n'était pas loin d'avoir voyagé aussi longtemps... Elle acquiesça aux considérations sur le voyage, consciente de leur réalité quand on voyageait avec des dilettantes et autres distraits. Et quand l'anecdote du détrousseur affamé vint, elle ne put s'empêcher de sourire à l'écoute de la manière dont Kaeronn s'en était débarrassé. Effectivement, ce ne pouvait pas être un brigand de métier... Mais cet écusson, d'où sortait-il ? Et cette allusion au fait que son recul lui avait sauvé la vie ? Cela dit... Non, cela se comprenait très bien. C'était un réflexe que de se défendre, surtout après avoir passé longtemps sur les routes. Et quand on se défendait, on finissait en général par attaquer l'adversaire, ce qui était aussi logique. Et quand on avait un peu l'habitude du combat, ledit adversaire pouvait avoir des soucis à se faire. Puis elle secoua la tête quand il fut question de la mer. Non, elle ne l'avait jamais vue, malgré les années qu'elle avait passées sur les chemins. On lui en avait juste parlé comme d'un élément d'une beauté et d'une puissance incroyables mais dangereuses. C'était tout ce qu'elle en savait. Même quand elle séjournait à Ryes, elle n'avait jamais poussé jusqu'à la mer.

Et Kaeronn eut une phrase impossible à laisser passer. Une provocation en bonne et due forme : un pari ! Le sourire de la jeune femme s'élargit, et elle lui répondit du tac au tac, provocatrice à son tour, le fixant d'un regard amusé :


Vous voulez jouer à ça ? Très bien... Eh bien, je parie que j'en ai quelques unes au moins aussi curieuses que les vôtres !

Parfaitement. De toute façon, elle n'avait jamais laissé passer un pari sans le relever, quitte à perdre magistralement. C'était malin, de relever les paris, mais la dernière fois, contre ce même "adversaire", ça n'avait pas fini à l'avantage de la jeune femme, de loin pas... Après tout, peut-être était-ce une occasion de commencer à se rattraper. Egaliser le score du duel... C'était par trop tentant. D'ailleurs, elle s'était laissé tenter. Aussi commença-t-elle, choisissant un peu au hasard une histoire, sans plus faire attendre l'auditoire et sans le lâcher des yeux, un bien long discours :

Tenez, par exemple. Un jour, il y a pas loin d'un an, je rencontre deux personnes, un homme et une femme, en taverne. Ils racontent une histoire abracadabrante. Eux forment un couple tout ce qu'il y a de plus uni, mais ils doivent prendre en charge une petite fille. Six, sept ans, quelque chose comme ça. La petite fille, elle, avait été confiée à une mère adoptive quand ses parents étaient morts, quelques années auparavant, sa mère adoptive l'avait maltraitée, et elle s'était réfugiée auprès de la femme, qui était sa marraine. Bon, tout ça, ils ne me l'ont pas expliqué d'une traite. Au départ, j'écrivais une lettre dans un coin de la taverne où ils étaient, et j'attrapais des bribes de leur histoire à mesure qu'ils évoquaient les possibilités pour échapper à la mère adoptive en emmenant la gamine. Au bout d'un moment, les voyant dans l'impasse, je leur propose d'emmener la petite par un chemin, eux devant en prendre un autre et me rejoindre deux jours plus tard en un lieu donné. Ils examinent ma proposition, vérifient que je suis quelqu'un d'à peu près recommandable, et finissent par tomber d'accord, en partant du principe que ça leur donne une journée d'avance au moins sur la mère adoptive. Comme prévu, le lendemain, j'emmène la petite à cheval. Jusque là, aucun souci, c'est après que ça s'est un peu corsé.

Haussement d'épaules. Ca lui avait, en tout cas, appris que nul ne devait avoir accès librement à la bride de Vengeance sans qu'elle n'y voie d'inconvénient.

A peu près à mi-chemin, en ayant pourtant pris un chemin détourné, nous tombons littéralement sur un bivouac. Quatre, cinq personnes. Trois hommes, deux femmes. Armés jusqu'aux dents. Pas franchement le genre recommandable, vous voyez. J'ai très peu de souvenirs de ce qui s'est passé ensuite. Je me suis retrouvée empêtrée et, à terme, détroussée. Résultat de l'équipée : brigandée à trois jours de marche de chez moi, dans mon propre Comté, pour le compte de gens que je ne connaissais pratiquement pas. Bon, la chance et moi, on n'allait pas vraiment ensemble, à l'époque. Bref. Dans cette troupe détrousseuse, il y avait une sorte de géant blond, déjà blessé, une vilaine plaie à la main. Figurez-vous que cet homme, je l'ai entraperçu environ huit mois plus tard, dans un tout autre contexte, en compagnie d'une dame que j'avais rencontrée en Bourgogne trois mois plus tôt et d'un enfant qui était manifestement le leur. Il avait tout à fait l'air de quelqu'un de rangé, un brin bougon, un brin rasoir, vous savez, comme ces braves gars qui passent toute leur vie dans la ville où ils sont nés, apprennent le métier de leur père, attendent patiemment leur mort pour reprendre leur affaire, et font une farandole d'enfants à leur femme pour être sûrs que leur fils prendra leur suite... C'était assez curieux, et pas franchement à son avantage.

Bien. Etait-ce cela qu'il appelait une anecdote insolite ? Il n'y avait qu'un moyen de le savoir : conclure et lui passer la parole. Ce qu'elle commença à faire, soudain moins sûre d'avoir été dans les clous du pari :

Hum... Bon, c'est une anecdote un peu étalée dans le temps, mais elle a le mérite de montrer que le monde est décidément bien petit.

Indifférente à la pluie qui continuait de s'écraser sur eux, Sindanarie dégagea son bras, le temps de renvoyer l'ensemble de ses cheveux trempés derrière ses épaules, puis le cala de nouveau sous celui de son voisin, avec un sourire. En espérant que cela ne le gênerait pas. Sur quoi, relevant les yeux vers lui, elle lui lança, le regard pétillant:

A vous !

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MessageSujet: Re: Promenons-nous dans les bois... En admettant que nous ne croiserons pas de loup   Mer 23 Juin - 22:47

Marrant. Et pour Kaeronn, nul doute que c'était insolite. Revoir plusieurs mois après un brigand vous ayant détroussé en père de famille honnête... Ce n'était pas tous les jours que cela arrivait. Les suppositions pouvaient d'ailleurs aller bon train à ce sujet. Peut être le géant décrit par Sindanarie avait il passé un mauvais quart d'heure en prison? Ou encore avait il perdu un proche, ce qui l'avait ramené à la réalité. Aller savoir... Petit sourire sur les lèvres, il observait le visage de la jeune femme. L'histoire semblait s'arrêter la, et pourtant, il aurait aimé savoir pourquoi la guerrière n'avait rien fait. Si un brigand le dépouiller, et qu'il le retrouvait plus tard, femme et enfant ou pas, il réglait son compte avec lui.

Et puis... à lui! Il hésitait encore entre deux anecdotes qui devraient, et satisfaire la curiosité ainsi que l'écoute de Sindanarie, et lui faire remporter ce petit défi. Quitte à raconter les deux anecdotes à la suite si elle n'était pas convaincue. Il se décida à choisir celle concernant son plus exécrable voyage. D'une, parce qu'il en avait touché deux mots juste avant. De deux, parce que comme fait insolite, y'avait pas beaucoup mieux. Et de trois, parce que l'autre histoire était à ses yeux la meilleure, et qu'il préférait la garder dans sa manche pour l''instant. On ne savait jamais, Sindanarie pouvait se révéler surprenante dans ses répliques.

Kaeronn s'humecta les lèvres inutilement de sa langue (dans un pur geste d'habitude que l'on ne perd pas du jour au lendemain). Il raffermit légèrement son bras contre celui de la jeune femme qui venait à nouveau de s'y glisser. Pour lui montrer qu'il était ravi qu'elle y retourne. Un regard à terre sur leurs bottes, qui doucement, s'enfonçaient dans une fine couche de boue. Bah, pas de quoi s'alarmait pour l'instant. Enfin, il commença sa petite histoire.


Je vous avais parlé juste avant d'un voyage catastrophique. Et ma foi, quand le sort s'acharne sur vous, impossible d'en réchapper parait il. Petite pause, avant de se lancer. J'étais en ce temps la dans le sud, en Guyenne. Je possédais une petite maison à Marmande, ville tranquille et sans grande histoire autre que les rumeurs entre villageois. Rapidement cependant, je m'ennuyais, les ragots ne constituant pas pour moi une source d'inspiration miraculeuse.

Pause comique durant laquelle le tonnerrois prend l'expression d'une femme en bombant son torse, et posant ses mains sur ses hanches.

Ah mais tu sais, je suis sur que c'était le boulanger! Ouiiiii (cri aigu), ils se sont embrassés que j'te dis! Il parait même que c'était avec la langue!

Il parait?

Oui, je n'y étais pas, mais je suis sur que c''est vrai! C'est Annabelle qui me l'a dit! Et blablabla, et blablabla...


Il agite son bras libre de façon incohérente pour finir par balancer sa main par dessus son épaule.

De quoi donc me saouler rapidement. Je décidais donc de voyager, dans le nord. Deux de mes amis, en couple, devaient partir en Champagne, aussi décidais je de les accompagner. Se joignirent à nous un autre couple d'amis, et enfin une dernière femme, avec qui j'eus une brève aventure. Tout semblait donc parfait pour un voyage sans encombre, et sans autre désagrément que le temps. Oui sauf que...

Deux jours après être partis, je pris un peu d'avance avec trois de mes amis. Oh pas grand chose, juste de quoi laisser les deux autres un peu seul. Erreur fatale, puisqu'ils ont trouvés le moyen de se tromper de chemin... et chacun prenant un différent. Résultat, notre ami saltimbanque s'était fait racketter. Devant ce petit fiasco pour un début de route, de mauvaise humeur, notre ami décide de revenir sur Marmande.
Kaeronn tend le pouce devant le visage de la jeune femme. Et de un. La fin d'un couple, et la fin du saltimbanque. Deux semaines plus tard, on le retrouvait mort dans un fossé, prés de Carcassonne. Mais nous ne sûmes cela que plus tard, par courrier.

A cinq, nous continuâmes le voyage, en direction du Poitou. Pas d'incidents, jusqu'à ce qu'à nouveau, notre groupe éclata. Je me retrouvais encore devant avec une amie, Lelierich. Adelmine se retrouvait dans un autre village avec Ercé. Et enfin Laura se retrouva en pleine campagne. On réussit à la trouver, folle de rage, et dépouillée de toutes ses affaires, sans exception. Elle me supplia de retourner à Marmande, mais devant mon refus et mon désir de continuer mon voyage, décida de retourner seule la bas. Nous apprîmes plus tard...


Il laisse un petit suspens, yeux rivés dans ceux de la jeune femme.

Non, elle ne fut pas retrouvée morte dans un fossé. Mais elle fut brigandée une deuxième fois sur le chemin du retour, laissé pour morte. Elle eût la vie sauve cependant, car je la revis bien plus tard.

Il relève l'index avec le pouce.

Et de deux. Nous n'étions plus que quatre. A nouveau, quelques jours de voyage sans embuche. Mais alors que nous approchions du Maine, Adelmine tombe malade. Oh, pas grand chose au début. De simples toussotements, et quelques fois un état de blancheur extrême. Tenant à continuer, nous ne nous arrêtâmes qu'une fois à Montmirail, première étape du voyage. Adelmine devait nous présenter des amis à elle. Malheureusement, cela ne fut pas la joie, son état s'aggravant. Et puis alors que nous devions prendre la route de l'Orléannais, afin de remonter ensuite en Champagne, Adelmine disparut. Trois jours plus tard, une lettre d'adieux nous parvenait, nous expliquant qu'il ne fallait pas être triste pour elle, qu'elle avait décidé de mourir sur les berges de la Loire.

Le majeur se rajoute aux deux autres doigts déjà levés.

Et de trois. En descendant à Tours, nous trouvâmes effectivement la tombe d'Adelmine, où elle doit toujours reposer. Entre temps, Vendôme. La ville était en guerre, et je n'étais pas sans savoir qu'à l'époque, les Lucioles contrôlaient la ville. La RUSE, Ronde Unie vers la Solidarité Éclairée, s'était mis en tête de bouter Cuculus hors de la ville afin de remettre la mairie aux mains d'une personne plus avisée pour son peuple. J'aimais ce combat, et je décidais d'intégrer les Rusés. Trois jours et deux nuits de combats. Sur les remparts, le sang avait rougis cette nuit. Pas le mien. Ce que les armées du roy n'avaient su faire, les Rusés l'avaient effectué. Nous mîmes l'armée Luciole en déroute, et nous récupérions Vendôme. Montmayeur, aidé dans sa tache par le clan du Nord, représenté par Bitterly et Aliénor, devait remettre la ville à flot.

Lelierich et Ercé m'avaient en attendant devancés, et voyageant avec la RUSE vers leur ville d'origine, Tonnerre, je ne pus rattraper Lelie et son compagnon. Au final donc, je me retrouvais seul. Ou plutôt j'aurai pu, si je n'étais rentré sur Tonnerre pour attendre mes amis de retour de Champagne. Ne revint que Lelie, Ercé se retrouvant blessé, et contraint d'attendre dans un monastère une mort qui viendrait sans doute trop lentement.

Et de quatre... Qui de Lelie ou moi allait survivre?


Il sourit légèrement, sa question ne devant pas poser beaucoup de difficultés à Sindanarie.

Moi oui, bien joué! Ce ne fut pas au cours de ce voyage que Lelie fut tuée, mais quelques mois plus tard. De tristesse, de vieillesse aussi je crois. Voila comment un banal voyage peut se transformer en... malédiction? Il rit légèrement, prouvant qu'il ne croyait pas un seul instant à cette forme de terreur. Je suis en tout cas le seul survivant avec Laura. Et encore, peut être est elle morte depuis le temps... Le sort s'était il acharné sur nous? Ou n'était ce qu'une cascade de coïncidences toutes plus malheureuses les unes que les autres? Non seulement je suis l'unique survivant du voyage, mais en plus, il m'a été bénéfique, malgré la mort d'amis. Je rencontrais les Rusés, je voyageais à nouveau, je ne m'embêtais plus. Le malheur des uns fait le bonheur des autres. De l'autre ici en l'occurrence.

Le tonnerrois appuya doucement de sa main sur le poignet de Sindanarie, où il pouvait atteindre sa peau, afin de la remercier de l'avoir écouté.

Voyage insolite, hum?
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Sindanarie
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MessageSujet: Re: Promenons-nous dans les bois... En admettant que nous ne croiserons pas de loup   Ven 25 Juin - 23:08

Le déroulement du voyage avait laissé la jeune femme bouche bée. Enfin, pas la bouche grande ouverte non plus... Mettons qu'il l'avait sérieusement estomaquée. Elle était pour ainsi dire captivée par l'avalanche de contretemps, calamités et catastrophes en tous genre qui s'était abattue sur l'expédition. Incroyable. C'était tout simplement incroyable de jouer de malchance à ce point. Elle était à ce point stupéfaite que ce fut tout à fait inconsciemment que la jeune femme balbutia l'évidente réponse à la question (probablement rhétorique) de Kaeronn. Et quand il conclut son récit, elle ne put qu'acquiescer, d'un signe de tête vigoureux auquel elle ajouta :

Insolite ? Le mot est faible !

Mais de là à s'avouer immédiatement vaincue pour autant... Une deuxième fois ? Hors de question. C'était qu'elle avait l'orgueil chatouilleux, comme elle l'avait mentionné quelque temps avant... Et qu'elle adorait essayer, quitte à s'incliner temporairement, de remporter les défis. Concours de descente de chopes de bière emporté assez correctement, fléchettes, joutes de ce genre, combats. Tout y passait. Et voilà qu'une main s'était posée sur son poignet. Si naturellement qu'elle n'y avait pas fait attention de prime abord. Pas plus qu'elle n'avait prêté attention à sa réaction instinctive : refermer les doigts dessus. Résultat de l'affaire : un potentiellement malheureux Kaeronn, le bras coincé sous celui de son hôtesse, et la main emprisonnée par ses doigts. Le relâchant avec un sourire d'excuse, Sindanarie tenta tant bien que mal de se justifier :

Désolée, vous avez la main froide... C'était juste pour la réchauffer un peu.

Hop, on glisse de nouveau. Avait-il seulement la main froide ? Aucune idée. Mais le réflexe avait été ce qu'il avait été, et tant pis. Reprends le fil, Sinda, reprends le fil. Pas la peine d'en faire une montagne. Ce n'est pas comme si... Bref. Elle pensait donc à... Ah, oui. A essayer malgré tout de l'emporter. Ce qui ne serait pas une mince affaire après le récit qu'il venait de faire, mais après tout, d'une part qui ne tente rien n'a rien, et d'autre part à coeur vaillant rien d'impossible. Donc elle ne perdrait rien à essayer, si bien qu'elle reprit, plus naturellement, de nouveau sur le ton plus plaisantin :

Vous permettez que je hasarde une autre histoire ? Elle est un peu du même goût que la vôtre, mais se déroule sur une plus longue période.

C'était risqué. C'était une histoire qu'elle n'avait jamais racontée de la sorte. Pas comme elle s'apprêtait à le faire. Elle allait devoir y mettre de la distance, du détachement. Résumer et surtout, surtout, éviter de donner des noms et des lieux. Rien qui puisse permettre de remonter jusqu'à la source. Ces quelques consignes à l'esprit, elle se lança, refoulant toute émotion liée au récit pour ne conserver que le ton du bavardage et la gaieté que lui inspirait la visite de Kaeronn, et commença :

Pour faire très court, une fille a été fiancée trois fois. Les trois fiancés sont morts, le premier des suites d'une longue maladie, le deuxième sur les chemins dans des circonstances mal définies et le troisième d'une chute de cheval qui lui a été fatale. Jusque là, rien que d'assez courant. Mais en plus de ses fiancés, on lui a prêté un certain nombre d'amants, en l'accusant même de les...Collectionner, oui, je crois que c'est ce mot que j'ai entendu. Il y avait aussi eu des rumeurs, naturellement, bien moins fondées que la réalité. Bref, ces amants sont en grande, pour ne pas dire en majeure partie, pour ne pas dire tous faute de renseignements, passés de vie à trépas. Les chemins, les maladies, l'épuisement, des décès dans des monastères plus ou moins bien famés. Bref, sur son parcours, j'ai compté trois compagnons officiels et au moins autant d'officieux morts. Ce qui rend sa compagnie au moins aussi périlleuse que la vôtre, non ?

En fait, elle s'en était plutôt pas mal tiré, lui sembla-t-il, oubliant au passage l'ombre de gêne qu'elle avait ressentie en se rendant compte qu'elle avait saisi la main de son interlocuteur. Ni noms, ni lieux, ni dates. Le ton du récit. Cela aurait pu être l'histoire d'une fille de sa ville, d'une fille rencontrée lors d'un voyage, d'une connaissance, d'une amie, ou d'une soeur. Cela aurait pu être l'histoire de n'importe qui... Et elle avait enfin la preuve qu'elle était capable de se détacher de tout ça. Un haussement d'épaules amusé vint ponctuer le tout alors que Sindanarie continuait :

Je ne suis pas sûre, tous comptes faits, que cela batte votre voyage. A part en ce qui concerne le nombre de morts, mais comme il ne s'agit pas d'un seul voyage dans ce cas, ça fausse un peu la comparaison...

Un petit éclat de rire vint appuyer sa remarque alors qu'un constat lui traversait l'esprit. La dernière fois, c'était la promesse de répondre aux lettres contre l'affûtage de lames. Et cette fois-ci...

Heureusement que nous n'avions pas convenu d'un gage... J'ai l'impression que vous allez encore l'emporter !

Sourire rieur, regard chevillé à celui de Kaeronn. Eh oui. Il aurait été étonnant qu'il ne renchérisse pas par une nouvelle anecdote. Lui aussi, d'après ses souvenirs, aimait trop la compétition et aimait trop remporter la victoire pour laisser passer une occasion. Fût-elle sans enjeu.

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MessageSujet: Re: Promenons-nous dans les bois... En admettant que nous ne croiserons pas de loup   Sam 26 Juin - 1:27

Il fut un peu surpris de se retrouver sa main emprisonnée dans la sienne. Oh, très peu de temps. Mais assez tout de même pour remarquer qu'elle avait la peau douce, mais légèrement... fatiguée. Comme si malgré son age relativement jeune, elle avait déjà sur elle le poids des années passées à combattre, à fouler les sentier de ses bottes, ou sur son cheval. Elle maniait bien l'épée, et cela se sentait, oui. La main se retira tout aussi vite, mais aussi doucement de la sienne qu'elle y était arrivée, et c'est un sourire qu'il interpréta comme embarrassé qui le fixa.

Elle eut alors l'idée, ou plutôt le réflexe, de lui sortir l'une des plus mauvaises excuses qu'il avait entendu de toute sa vie. Froide, sa main? Certes la pluie ne la rendait pas chaude, mais réchauffer une main en la serrant une fraction de temps, il n'avait entendu parler. D'ailleurs, il n'avait pas particulièrement l'impression d'avoir la main plus chaude qu'avant. Peut être un peu son corps, mais sa main en particulier... Il essaya de ne pas sourire à son excuse, ne voulant pas la mettre dans l'embarras. Il se contenta de répondre d'une voix basse et légèrement amusé.


Pourtant, vous avez enlevé la votre comme si elle était brulante.

Elle semblait légèrement déstabilisée, aussi n'insista-t-il pas. Et après un très bref moment de silence (si l'on pouvait appeler silence le bruit sans interruption de l'eau coulant sur les vêtements et tombant du ciel), elle semblait se reprendre. Kaeronn n'eut même pas à hocher la tête ou acquiescer, son petit sourire ne donnait que trop bien son accord à la jeune femme. Bien sur qu'il était ravi de pouvoir entendre une nouvelle anecdote, ou histoire de Sindanarie. Elle n'avait pas envie de perdre. Elle était comme lui, elle adorait jouer, et quand l'on joue, c'est pour la gagne. Le tonnerrois avait développé cette formidable volonté en lui pour devenir presque imbattable à la soule. Bientôt, il serait le champion, le numéro un, et plus personne ne pourrait l'en déloger.

Il l'écoutait en même temps que son esprit divaguait. Et... ah tiens, le récit était déjà terminé? Étonnamment court par rapport à l'autre. Et même si c'était certes un deuxième récit, même si le premier n'avait pas été un florilège de détails, la il n'y en avait peu, très peu. Pourquoi? Il n'aurait su le dire, Sindanarie conservant ce sourire qu'il aimait voir sur son visage. Mais il était à peu prés certain de deux choses. Ce manque de détail cachait quelque chose. Sans aucun doute, la réticence d'aller plus loin dans le récit. Pourquoi? Cette fille dont elle parlait lui était proche? Il doutait que cela soit elle, puisqu'elle venait de lui dire qu'elle n'était noble que depuis peu de temps. Et on ne fiançait pas plusieurs fois une gueuse, du moins lui semblait il. Quelqu'un de proche sans doute... La deuxième chose dont il était sur, c'était d'avoir déjà entendu parler de cette histoire. Bizarre vraiment cette sensation. Il était absolument incapable de se souvenir où, quand, avec qui, comment, mais le court récit avait réveillé une petite partie de la mémoire de Kaeronn. Il l'avait déjà entendu... Il savait que réfléchir sur ce récit ne lui serait d'aucun secours. Mais qu'un jour, quand il ne s'y attendrait pas (et peut être avec un deuxième élément déclencheur), il saurait remettre un nom sur ce récit. D'ailleurs, aucun nom donné par Sindanarie. Bizarre aussi...


Tu es trop logique mon pauvre.

Oui, mais c'était la logique qui l'avait maintenu en vie dans certaines circonstances. Cette logique qu'il avait, qu'il s'était forgé tout au long de son enfance et de ses voyages, lui avait rarement fait défaut. Il haussa légèrement les épaules avec un petit sourire en coin, envoyant quelques gouttes autour de lui.

Une toute aussi triste histoire que la mienne. Il faut croire que certaines personnes sont malchanceuses jusqu'au bout. Mais... pardonnez ma curiosité peut être mal placée, je ne peux m'empêcher de vous demander ce qu'il est advenu de cette fille que vous semblez connaitre. Pour la première histoire, je sais ce qu'il est advenu de vous, puisque vous êtes devant moi. De même pour la deuxième, je suis devant vous. La malchance a-t-elle parcouru cette fille jusqu'au bout, laissant la mort triomphait d'elle comme de ces amants et fiancées? Ou bien est elle encore vivante, quelque part dans ce monde?

Ah, curiosité quand tu nous tiens. Il espérait ardemment ne pas avoir franchi la limite à ne pas dépasser. Blesser ou gêner Sindanarie aurait vraiment été la dernière chose qu'il souhaitait. Peut être la jeune femme réfléchissait, ou bien ne voulait elle pas vraiment lui répondre. Aussi enchaina-t-il rapidement, laissant réflexion à la jeune femme sur la suite à donner à son histoire, ou son choix de la laisser telle quelle.

Je ne sais pas si elle bat ma première histoire, mais je suis sur qu'elle ne vaut pas ma seconde. Tout comme la première, c'est une histoire qui m'est vraiment arrivé. Et...

Il s'interrompt un instant, son regard se faisant à nouveau malicieux pour répondre au sien, rieur. Il n'avait pas pensé à cela, mais maintenant que Sindanarie en faisait la remarque...

Il est encore temps pour en convenir d'un. Vos deux histoires rassemblées battent la mienne. Si mon dernier récit se trouve être moins insolite que les votre, vous gagner. Sinon, je gagne.

Le regard joueur et malicieux, Kaeronn sourit à Sindanarie, assuré qu'elle ne se dérobera pas. Elle lui donnera un gage, ou au moins juste le sien, s'il s'avérait que sa dernière petite histoire n'ait pas l'effet attendu. La pluie battait toujours son plein. Mais jamais elle n'avait paru aussi inintéressante pour le tonnerrois.
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MessageSujet: Re: Promenons-nous dans les bois... En admettant que nous ne croiserons pas de loup   Sam 26 Juin - 23:20

Bon. Il considérait juste qu'elle connaissait celle dont elle venait de résumer les amours. Parfait. Restait à espérer que le tout s'en arrêterait là. Une fois qu'elle aurait répondu, s'entend. Une fois qu'elle aurait un peu éclairci la question, elle pourrait glisser. Après la fin des mots de Kaeronn, elle répondit sans se démonter le moins du monde, avec un sourire destiné à montrer que le sujet ne la gênait pas particulièrement :

La fille dont je vous parlais est en pleine santé, pour ne pas dire increvable, et voyage actuellement, pour le compte de l'Ordre dans lequel elle s'est engagée. Elle a aussi fait carrière dans l'armée et dans des milieux académiques. Il n'y a en fait que ses amours qui ont été assez désastreuses.

En soi, c'était parfaitement vrai... Elle avait eu des amours tourmentées, chaotiques, mais le restant de sa vie avait été marqué par des carrières aussi diverses que plutôt réussies. L'espace d'un instant, Sindanarie ne sut plus trop si elle devait bénir ou maudire ceux qui l'avaient élevée. L'art de transformer légèrement la réalité avait été un de leurs enseignements prioritaires, quand ils lui apprenaient à extorquer des informations. Quand elle était gamine et qu'elle pouvait se faire accepter aussi bien comme un petit garçon que comme une fille... L'art du déguisement et du semi-mensonge (c'est-à-dire une réalité arrangée de telle sorte qu'elle ne soit pas tout à fait exacte mais pas tout à fait un mensonge) avait bercé sa jeunesse et laissé des réflexes indélébiles. Transformer légèrement certains protagonistes, changer de point de vue, distordre une représentation permettaient de brouiller efficacement les pistes qui pourraient permettre de remonter à la source avec certitude. Et du moment où un doute subsistait, le semi-mensonge était viable. En l'occurrence, il était viable : c'était somme toute une histoire assez passe-partout, et d'après ce qu'elle avait entendu au sujet de la noblesse du Lyonnais-Dauphiné, pareilles aventures étaient choses assez courantes.

Et ce semi-mensonge, par esprit de compétition, elle venait de l'appliquer à son visiteur. Par réflexe, par habitude. Cela lui avait permis de récolter des informations en Maine de la part de maillons peu fiables de la hiérarchie militaire, et cela lui avait permis de camoufler en partie son histoire. Et elle avait déroulé une partie de sa propre vie en la dissimulant. Pourquoi la dissimuler, après tout ? Parce qu'il n'était pas convenable de promettre sa main à un homme après un temps de deuil raisonnable ? Parce que jusque là personne n'avait connu l'histoire en entier parce qu'elle avait compartimenté sa vie ? Parce que, tout simplement, elle ne voulait pas se présenter comme une trainée (par tous les diables des enfers, pourvu qu'il ne la considère pas comme telle) aux yeux de celui qui était assis à ses côtés ? Mais était-ce un crime que d'accepter d'épouser, par amour qui plus est, un homme après avoir porté le deuil du malheureux qui l'avait précédé ? Etait-ce un crime que de se lier à des hommes qui trouvaient le moyen de se tuer ou de se faire tuer ? Et, après avoir perdu trois compagnons, après avoir essayé de reconstruire une vie réduite en lambeaux, était-ce un crime que de se contenter d'aventures plus ou moins courtes ? Non, elle n'était pas une trainée. Elle avait juste appris à se contenter de la vie prise au jour le jour, en matière de relations en tout cas. Et depuis ce mot lapidaire lancé par Amellia, six mois plus tôt, les aventures s'étaient raréfiées jusqu'à disparaitre. Même les badinages avaient cédé le terrain à un silence et à une recherche de solitude jusqu'alors inconnus de Sindanarie. Elle pourrait toujours se faire nonne, si cela continuait.. La pensée la fit sourire.

Non, elle n'avait pas à avoir honte, après tout. Et si, par un miracle qu'elle ne s'expliquerait pas, il parvenait à établir avec certitude que la fille de l'histoire n'était autre que sa narratrice et s'il la questionnait de nouveau à ce sujet (en admettant qu'il ne la fuie pas comme la peste), elle était sûre qu'il comprendrait ce point de vue. Si elle reprenait l'intégralité de l'histoire en y apportant les détails manquants. C'étaient eux, et eux seuls, qui permettaient de saisir la non-immoralité de ses actions. Libérée de ces pensées par leur conclusion, elle en revint précipitamment au présent. De quoi était-il aussi question ? Ah, oui. Forcément. Quelque chose qui était essentiel à ce qui allait suivre : les conditions de victoire de l'un ou de l'autre. Telles que Kaeronn les décrivait, elles n'étaient pas à son avantage à lui. Mais s'il les fixait ainsi, c'était qu'il devait se sentir sûr de son coup. Donc il devait avoir gardé une histoire pas piquée des hannetons en réserve... En ce cas, à quoi bon discuter ? S'il était déjà si sûr de lui, après lui avoir laissé deux chances, c'était qu'elle allait se trouver coiffée au poteau, et dans les grandes largeurs. Selon toute probabilité, du moins. D'un signe de tête, elle acquiesça, avant de poursuivre, non moins rieuse que son interlocuteur :


Entendu pour les conditions de victoire. Un gage, donc... Si je devais gagner, que diriez-vous de la revanche de notre duel ? Oh, pas forcément aujourd'hui, mais un jour tout de même. Et si vous l'emportez, je vous laisse choisir.

C'était ainsi qu'ils avaient procédé, la dernière fois... La seule fois, en fait, qu'ils avaient fait un pari, en proposant chacun un gage pour l'autre. La seule fois, pour le moment, qu'elle avait essuyé une défaite contre lui. Et cette fois-ci, elle avait comme l'impression que le sort allait se répéter. Kaeronn avait l'air si plein d'assurance que Sindanarie ne pouvait s'empêcher de se demander quel atout il avait gardé dans sa manche. L'esprit de jeu avait totalement repris le dessus, elle le sentait. Oublieuse de la pluie qui transformait peu à peu l'esplanade en marécage boueux

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MessageSujet: Re: Promenons-nous dans les bois... En admettant que nous ne croiserons pas de loup   Dim 27 Juin - 12:48

On ne peut pas tout avoir, fut la réponse de Kaeronn à celle que venait de lui faire Sindanarie. Sans doute l'une de ses confrères à l'Ordre de la Licorne, voir amie vu comment elle en parlait. Et si il avait eu la vague impression que le sujet aurait pu la gêner, il fut rassuré vu son sourire. Le tonnerrois était cependant quelqu'un de naturellement soupçonneux, et certains réflexes ne se perdaient pas ainsi. Et il pensait assurément que la femme dont elle parlait, était quelqu'un d'important et de connu. Sans doute pour cela qu'il avait déjà entendu vaguement cette histoire. Peut être valait il mieux que cela ne se sache pas, et c'est pour cela qu'elle avait ôté tout détail visant à reconnaitre ladite femme. A moins que cela soit elle, mais dans ce cas la, elle bluffait étonnamment bien. Et puis pourquoi ne pas lui dire tout simplement? Par peur qu'il la juge? C'était plausible, mais il ne croyait pas vraiment que Sindanarie soit comme cela. Non, elle lui aurait dit si c'était elle.

Voila que l'on revenait donc au sujet principal, détenteur de la suite des évènements. Un nouveau pari, qui déboucherait peut être sur un troisième, s'il perdait celui-ci. Allons bon, la revanche de leur duel. Il serait ravi dans tous les cas, qu'il perde ou qu'il gagne, de croiser à nouveau le fer avec elle. Combat qui sans aucun doute, serait encore plus indécis que le premier. Ils avaient tous deux l'expérience, et nul doute que la guerrière avait retenu sa façon de combattre. Peut être même trouvé ses points faibles. Lui aussi en revanche avait retenu sa façon de croiser le fer, et il essaierait forcément d'en tirer avantage. Les points faibles... il verrait bien le moment venu. En attendant, il hocha doucement la tête de bas en haut en souriant pour indiquer qu'il était d'accord.


Avec plaisir.

Bon, à lui de trouver un gage maintenant. La, il fallait avouer que les idées ne se bousculaient pas dans sa tête. Il pensa un instant à prendre ses dernières paroles au mot. Qu'elle lui montre comment elle avait basculé tête la première aux pieds du garde. Cela pouvait être drôle (sans le cheval évidemment, il n'allait pas lui demander de risquer sa vie). Mais Sindanarie pouvait également mal interpréter le sens de la plaisanterie de Kaeronn. Ce dernier savait pertinemment que son humour était quelques fois noir, très noir, et beaucoup de monde s'en trouvait offusqué, choqué, voir blessé. Et la jeune femme risquait de ne pas apprécier le fait de devoir tenir un rôle ingrat. Ce que le tonnerrois tenait pour un fait très drôle, elle pouvait croire que ce qu'il recherchait, c'était véritablement de l'avoir à ses pieds. Non, mauvaise idée de gage. Autre chose, il fallait trouver autre chose.

Ah oui, voila qu'il avait une autre idée. Bien meilleure. La non plus, il n'était pas sur qu'elle puisse accepter le gage. Mais pas pour les mêmes raisons. Non, il était presque certain qu'elle adorerait ce gage. Mais quand à sa possibilité... Kaeronn choisit bien ses mots alors qu'il l'observait en souriant, la pluie battante ne s'arrêtant nullement, décidée à les tremper jusqu'aux os et à rendre leur descente beaucoup plus difficile. Qu'à cela ne tienne, ils étaient parfaitement bien la haut pour l'instant.


Et bien... ma foi... si jamais je gagne, je vous donne le gage suivant. Vous ne devrez partir de Viam que lorsque je m'en irai. Liée à moi durant mon séjour. Qu'en dites vous?

Ses yeux pétillent légèrement alors qu'il serre à nouveau doucement son bras comme pour lui faire penser que c'était déjà chose faite. Qu'elle allait devoir rester un peu plus longtemps que les deux jours qu'elle avait apparemment prévu. Pourvu qu'elle accepte ce gage. Ah oui vraiment, excellente idée. Il espérait également l'avoir surprise par cette proposition. C'était dans sa nature, il adorait surprendre les gens. Que cela soit ceux qu'il affectionnait, ou ceux qu'il méprisait. Pas de la même façon évidemment. Et alors que Sindanarie cherchait peut être quoi lui répondre, le tonnerrois décida d'enchainer sur son histoire. Histoire qui devait le faire gagner. Oui, il n'y avait pas meilleure. Certes, il était toujours, et ce dans n'importe quel domaine de sa vie, plein d'assurance. Mais souvent, cela lui réussissait. La encore, cela ne dérogeait pas à la règle. Il ne voyait pas comment Sindanarie ne pourrait pas le déclarer vainqueur. Si à sa place, il s'agissait d'une vieille peau noble et aristotélicienne jusqu'aux tréfonds du cœur et du sang, il ne l'aurait pas sorti cette histoire. Mais nul doute que la jeune femme apprécierait, et il espérait bien, rigolerait à n'en plus s'arrêter.

Après quelques histoires... tristounettes dirais je, je vais un peu changer de registre. Comme je vous l'ai dit, cette histoire m'est arrivée alors que je redescendais dans le sud, pour régler une affaire à Marmande, en Guyenne.

Je ne m'attardais que peu de temps sur les chemins, pressé d'arriver, car ce n'était pas vraiment une affaire qui me faisait plaisir. Il s'agissait de terminer les préparatifs pour quitter définitivement Marmande
, ajouta-t-il pour préciser, sachant Sindanarie aussi curieuse que lui. La pluie battait son plein, comme en ce moment même, à ceci prés que nous étions en automne. J'étais éreinté après une journée complète à galoper sur Tiroll, mon cheval. Ou plutôt le cheval d'un ami, mais que j'ai la chance de pouvoir utiliser quand j'en éprouve le besoin. Je descendis donc de selle à la première auberge que je vis sur la route. Et avec l'idée d'une courte mais reposante nuit à dormir, je m'attablais à l'une des tables. Je commandais de quoi me restaurer, et bien entendu de quoi boire. Quelques bières, sans plus.

Je n'aime cependant pas tellement manger seul dans une salle où nombre de villageois et autres gens se retrouvent. Je repérais donc rapidement un autre homme, seul à table, en train de faire bombance. Il mangeait également ce que sur le coup, j'assimilais à une volaille. Lui faisant signe de la main, je l'invitais à ma table, et l'homme ne se fit pas prier, sourire jovial aux lèvres et enthousiasme débordant. C'était ce qu'on appelait, un bon vivant. Un peu comme moi
, ajouta-t-il avec un petit sourire amusé. Il passa une main sur son front pour essuyer les gouttes s'attardant sur ses yeux.

Le messire était vêtu d'un petit mantel, d'une longue robe et de braies seyantes. Nul doute qu'il faisait attention à son apparence. De même, il devait avoir une bourse assez conséquente, car il n'arrêtait pas de commander à boire, dés que sa chope, ou la mienne était vide. Quoi de mieux qu'un homme bavard, et aussi avare de chopes que moi? J'en profitais en plus pour faire bonne chair comme cela ne m'était pas arrivé depuis longtemps. Agréable soirée qui commençait!

Petite pause du tonnerrois. Il aime prendre son temps pour dévoiler l'histoire. Avoir son auditrice pendue à ses lèvres l'enchante particulièrement, et il espère bien que c'est le cas.

Nous continuions à faire honneur à la bière de la région. Autant moi, je tenais bien l'alcool, autant je voyais rapidement les joues et le nez du bougre rougir. Il était déjà jovial en s'asseyant à ma table, mais la, le mot commençait à être faible. Sa voix montait en puissance, et les regards des autres clients s'attardaient de plus en plus sur lui. Pour ma part, je n'étais nullement gêné, trouvant tout ceci plutôt amusant. Un bourré en taverne ou à l'auberge, il n'y a rien de tel pour rigoler et faire de la pub à l'établissement. Il commençait en tout cas à être sérieusement saoul.

Une serveuse continuait de nous apporter à manger. La journée avait été harassante, le temps mauvais. J'avais bien besoin de ce petit remontant. Et quand l'homme, qui s'appelait Fernand, n'eut plus l'heureuse idée de piocher dans sa bourse, je sortais mes écus pour continuer de nous alimenter en bière. Je remarquais en tout cas rapidement, les regards que mon compagnon de table lançait sur la serveuse. Mignonne ma foi, dans sa longue robe rouge qui cachait jusqu'à ses chevilles. Mais pour ma part j'étais bien trop fatigué pour avoir envie d'autre chose qu'une bonne nuit de sommeil.


Le tonnerrois se sembla nullement gêné par cette déclaration montrant qu'il était humain, et que tout homme normalement constitué avait quelques fois des besoins impérieux à remplir.

En revanche, le guignol en face de moi, semblait prêt à tout bientôt pour s'enticher de la serveuse. Bon la, je suis obligé, bien malgré moi, de reconnaitre que je suis un salaud, ironisa-t-il en laissant échapper un petit rire. Voir un homme bourré draguer, c'était toujours très drôle, et pensant que la fin de soirée allait être jouissif, je n'arrêtai nullement d'offrir des écus à l'aubergiste pour qu'il n'oublie pas d'abreuver notre table, et surtout notre compagnon d'un soir. Je n'étais plus le seul à regarder le spectacle, et tous les clients de l'auberge regardaient avec intérêt Fernand qui ne semblait rien remarquer en dehors des chopes et de la serveuse. Les rires fusaient et chacun prenait ses paris. Réussirait il à convaincre la serveuse de venir le retrouver cette nuit? Nul doute que peu de monde paria la victoire de Fernand vu son état. Moi-même, je pariais une tournée générale qu'il n'y réussissait pas.

Ledit Fernand essaya en tout cas alors tout au long de la soirée d'attirer la serveuse, par tous les moyens possibles. Il lui proposa même de la prendre pour serveuse durant son voyage. Autant dire qu'il était ridicule au possible. La serveuse semblait s'en amuser, habituée apparemment à ce genre de frasques concernant les clients. Mais il était évident qu'elle n'était nullement intéressée par notre compagnon d'un soir. Nous lui en étions reconnaissant, ainsi qu'à l'aubergiste, de ne pas virer Fernand de la salle. Tout le monde était hilare.


Kaeronn fit une nouvelle petite pause, replaçant une mèche de ses cheveux qui tombait légèrement sur son front. Comme à chaque fois qu'il racontait une histoire, il était à fond dedans, la revivant en même temps. De quoi souvent laisser un auditoire conquis et attentif.

Jouant le jeu jusqu'au bout, je glissais alors à l'oreille de notre ami Fernand que ce soir, c'était sans doute un coup à ne pas louper. Et c'est tout sourire qu'il se leva, titubant légèrement, pour aller prendre la serveuse à part, sous les rires tonitruants et les applaudissements de toute la salle, sans exception. C'est ainsi que je me levais, payer l'aubergiste pour le repas, et saluait la compagnie pour prendre une nuit de repos bien méritée.

Je me réveillais tôt le lendemain, et devant l'insistance de l'aubergiste, m'attablait à nouveau pour manger un morceau. Au moins, je ne partirai pas l'estomac vide. Un petit instant plus tard, ma cuisse de poulet bien entamée, Fernand me rejoignit. Amusé, comme vous l'imaginez, je le questionnais sur sa fin de soirée, assuré qu'il s'était pris un gros râteau. Et la, surprise! Tout sourire, il me dit qu'il a réussi à convaincre la serveuse de passer la soirée avec lui. Il me remercie même pour mon soutien! J'ai du faire une tête à ce moment la...


Il imite le visage de quelqu'un frappé de stupeur, la bouche grande ouverte, les yeux écarquillés, l'air niais.

Je me demandais en tout cas vraiment comment la serveuse avait pu changer d'avis à ce point. Ou alors, elle avait visiblement parfaitement caché son jeu. A moins que Fernand me mentait, et qu'il ne se souvienne de rien, étant bourré. Mais je n'étais pas au bout de mes surprises. Comme si il avait pu lire mes pensées, Fernand me donna alors un détail qu'on n'invente pas par hasard. Il me confia que la serveuse... possédait deux jambes de bois!

Une infime pause, juste de quoi laisser Sindanarie réagir.

Je me demandais si le lait qu'il buvait n'était pas agrémenté d'une petite dose de cognac, mais apparemment, il était parfaitement frais, et il avait bien récupéré. Il s'offusqua même quand je lui demandais s'il en était sur, assurant qu'il était parfaitement capable, même un poil pompette, de faire la différence entre du bois, et de la chair.

Je sifflotais alors d'admiration. Impossible de deviner que la serveuse possédait des jambes de bois sous sa robe, tellement elle se mouvait bien. Le bruit du bois contre le bois avait sans doute facilement été recouvert par le bruit de la salle. Et cela expliquait finalement que la serveuse ait succombé à Fernand. Elle ne devait pas avoir beaucoup d'occasion de passer la nuit avec des hommes, pensais-je.

Je prenais alors congé de Fernand et de l'aubergiste, pour aller chercher Tiroll. Il était temps pour moi de reprendre la route après cette agréable soirée. Je guidais celui-ci prés d'une rivière pour qu'il puisse se désaltérer avant de reprendre la route. J'étais frais et dispo, prés à abattre le plus de lieux possible. Je saluais poliment de la tête deux hommes qui discutaient gaiement et avec entrain. Sans vraiment faire exprès, j'entendais alors une infime partie de leur conversation.

Hey Gérard! T'sais pas la meilleure! Qui s'passait hier soir! L'type qui s'nomme Fernand! J'rentrais d'l'auberge et la grange juste à côté... il était rentré d'dans et s'tapait une brouette!


Kaeronn se tue alors, essayant de ne pas éclater de rire, et salua en inclinant largement la tête son auditoire, c'est à dire Sindanarie.
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Sindanarie
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MessageSujet: Re: Promenons-nous dans les bois... En admettant que nous ne croiserons pas de loup   Dim 27 Juin - 21:44

Gage donné, assentiment d'un signe de tête. Et Sindanarie n'eut pas le temps d'attendre le récit qui arrivait. Kaeronn le lança, et le mena de main de maître. La jeune femme se trouva suspendue aux phrases qui se succédaient. Et elle voyait l'endroit, même n'y ayant jamais mis les pieds. Elle imaginait une auberge comme L'Ours et la Mirabelle de Guéret, bondée comme aux heures de gloire de la ville, Kaeronn à une table, un bon vivant à une autre. Le second rejoignant le premier et se mettant, la bonne humeur et la joliesse de la serveuse puis l'alcool aidant, à faire du gringue à ladite serveuse. Le premier l'observant faire, l'y poussant encore, en oubliant quelques instants sa fatigue, la salle entière finissant avec les yeux rivés sur le malheureux bougre qui ne tenait pas assez la bière... La surprise du lendemain, quand Fernand avait annoncé être parvenu à ses fins avec la serveuse. Et le coup des jambes de bois l'avait laissée bouche bée, littéralement. La surprise fut bientôt balayée, quand la chute de l'histoire arrivé. Alors ça... Du diable si elle 'lavait vue venir. C'était incroyable. Juste incroyable. Sindanarie en resta comme deux ronds de flan l'espace d'une seconde. Comment pouvait-on être saoul au point de confondre une brouette avec une femme, et une belle femme qui plus est ? Et, immédiatement, l'image qui lui vint à l'esprit (voilà la conséquence d'avoir une imagination fertile) la fit éclater de rire. Une brouette... Rire qui redoubla quand elle pensa, par le plus grand des hasards, au malheureux, l'un de ces grands oubliés des meilleures histoires, qui avait retrouvé sa brouette le lendemain dans un état qu'elle osait à peine imaginer... Les deux scènes lui apparaissaient, plus ou moins exactement, et son hilarité redoublait. Un fou rire. Oh misère, c'était un fou rire qui lui tombait dessus...

Depuis quand n'avait-elle pas ri de la sorte ? Elle n'aurait su le dire. Depuis le concours de descente de chopes de bière en Lyonnais, peut-être. Depuis plus longtemps, probablement. Elle en avait presque oublié les délices du rire. Les muscles et les côtes douloureux. Les larmes aux yeux. Mais comment était-il parvenu à rester si stoïque en racontant cette histoire ? La question traversa furtivement l'esprit troublé par le rire de la jeune femme. Ce ne pouvait être qu'une façade... Il avait dû en rire autant qu'elle en riait. L'inverse était tout simplement inconcevable... Et puis, comment pouvait-on se retrouver bourré à ce point ? Quelle ambiance il devait y avoir dans l'auberge ce soir-là... Comme du temps de Shylon, et Antor, et Leanice, et Virgule, et Witchblade, et Kidineige, et... Et de tous les autres, et tous les partis, morts, cloitrés auprès de moines et nonnes aux quatre coins de la France. Du temps où la bière coulait à flot. Comme du temps de son enfance, dans le camp ambulant. Des temps enfuis, des souvenis vifs comme s'ils dataient de la veille. Et ces images de bonne humeur qui se superposaient au récit de Kaeronn, le rendant plus vivant encore, malgré l'énergie avec lequel il avait été conté.

Mais il fallait se reprendre, arrêter ce fou rire qui la secouait, ou du moins le réprimer. Et reconnaitre spontanément, une fois n'étant pas coutume, sa défaite, si dur que ce soit de l'admettre... Mais de fait, ce récit surpassait tous les précédents. Le nier n'aurait servi à rien, sinon à faire preuve de la plus évidente mauvaise foi (ce qui était déjà assez bien parti avec l'excuse de la main froide, relevée par Kaeronn...). Et puis, nier son caractère insolite aussi bien qu'hilarant était tout simplement impossible... Aussi, reprenant péniblement contenance, relevant les yeux vers son voisin, Sindanarie commença :


Je m'avoue... Grande inspiration, volontairement un peu théâtrale afin de souligner la concession qu'elle s'apprêtait à faire mais aussi, plus prosaïquement, afin d'essayer de retrouver son souffle. Je m'avoue vaincue... Vous avez gagné !

Une nouvelle inspiration. Ouh, ça a été dur de l'admettre ainsi... Question d'habitude, peut-être. Allez, reprends-toi... Reprends-toi, juste le temps de lui signifier que tu as accepté son gage, des fois qu'il n'ait pas noté ton approbation avant son histoire. Ce fut donc le bras de la jeune femme qui vint serrer légèrement celui de Kaeronn alors qu'elle continuait, relevant le regard vers lui, la voix encore altérée par le rire :

Ainsi donc, me voilà liée à vous, comme vous disiez, jusqu'à votre départ.

Le gage était parfaitement choisi. Cela convenait définitivement à merveille à la jeune femme. Elle pouvait ainsi à la fois avoir une chance d'échapper à ses soeurs, de rester quelque temps en très agréable compagnie à Viam et de retarder son retour en Maine. Tout pour plaire, vraiment. Un détail lui revint soudain. Il y avait eu des paris sur la parade de séduction du malheureux Fernand... Y compris de la part de Kaeronn. Oh, elle ne l'en blâmait pas, elle en aurait d'ailleurs probablement fait autant. Si elle n'avait pas fait pire... Mais la situation ne s'étant jamais présentée, elle aimait mieux ne pas se prononcer sur le sujet. Bref, détail intéressant pour quiconque appréciait les soirées bien arrosées, Kaeronn avait parié une tournée générale... Et avait oublié de préciser ce qu'il en était advenu. Avait-il rempiilé le lendemain avec un pot à l'échec de Fernand ? Oh, bien sûr, c'était une considération accessoire, et c'étaient la curiosité et l'occasion de rebondir sur le sujet qui menèrent Sindanarie à enchainer, le regard non moins rieur que précédemment, sourire plus serein revenu :

Finalement, vous êtes retourné payer la tournée que vous aviez parié ? Et les autres ?

Le goût du détail et la curiosité la perdraient peut-être un jour... Mais c'était au moins une preuve du fait que le récit n'était pas entré par une oreille et ressorti par l'autre, et n'était en rien matière à jugement de sa part.

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MessageSujet: Re: Promenons-nous dans les bois... En admettant que nous ne croiserons pas de loup   Lun 28 Juin - 22:26

Quel rire! Ce fut la première pensée de Kaeronn qui put alors donner libre cours au sien. Il l'avait espéré, et le voila qui sortait décuplé. C'était même un véritable fou rire qu'elle avait attrapé, et qu'elle communiquait au tonnerrois. Il n'en espérait pas tant, et quand il se calma, avant la jeune femme, un grand sourire recouvra son visage. Si elle avait le toupet de se déclarer vainqueur, il rirait à nouveau sans aucun doute. Oui, il était sur de lui, et il venait une nouvelle fois de prouver qu'il n'avait pas eu tord. Ah mais... Il tend l'oreille exagérément, l'air extrêmement amusé.

Vous vous avouez...?

Ah il en profite Kaeronn! Il remue faussement le couteau dans la plaie, si plaie il y avait véritablement. Il rit à nouveau doucement quand les mots suivants sortent de sa bouche.

Vaincue? Vraiment? Ah ah! Deux fois battue par moi, pauvre voyageur? La noble chevalière de la Licorne?

Il rit encore un peu, tournant un regard taquin sur la jeune femme, un peu plus provocateur aussi. Tout cela dans un esprit de plaisanterie, mais cela il n'a pas besoin de le préciser, Sindanarie en étant tout à fait consciente. Ou alors, il l'a vraiment mal cerné. Le bras serre le sien doucement, pour lui prouver que oui, elle accepte bien son gage. Elle confirme par des paroles saccadées de rire. Il pensait qu'elle ferait une petite difficulté sur ce point, déclarant que c'était malheureusement impossible, que son ordre avait absolument besoin d'elle, et que c'était avant tout la priorité. Mais aucune discussion. Au contraire, elle semble ravie (et ainsi ravit donc Kaeronn également). Autre fait étonnant, elle ne lui demande pas la durée de son séjour. Et s'il restait un mois, elle resterait un mois également? Il était sur qu'elle le ferait ce gage. Peut être avait elle deviné qu'il ne pourrait malheureusement pas rester très longtemps au domaine de Viam. Mais il avait quand même du temps devant lui, et l'idée de passer quelques jours avec pour seule compagnie Sindanarie (oui, il y avait Elric certes, mais apparemment, il ne le verrait pas beaucoup) l'enchantait.

Ah Sindanarie... Vous avez le don de toucher les points les plus affligeants du récit on dirait. Nouveau rire du tonnerrois, agrémenté cette fois d'un clin d'œil appuyé pour la jeune femme. Et bien rendons nous ridicule, car celui-ci ne tue pas. Le matin, une fois que Fernand m'eut assuré avoir passé la soirée avec la serveuse, je considérai mon pari perdu, et je donnais donc à l'aubergiste l'équivalent d'une tournée générale en écus. Bien évidemment, je ne perdais pas de temps à venir récupérer cet argent une fois parti.

Il sourit, amusé. Sur ce coup la, il s'était bien fait avoir, certes inconsciemment, mais il s'était bien fait avoir quand même. Si l'on admettait le fait de perdre quelques écus, car somme toute, offrir une tournée générale à de bons compagnons de table, ce n'était guère un sacrifice, mais plutôt un plaisir pour le tonnerrois.

Vous m'avez bien eu la.

Il sourit malicieusement, plongeant son regard dans le sien, s'y imprégnant, et se délectant de cette malice et de ce rire qui l'habitait. Et ce malgré la pluie. Que ce soit lui ou elle, ils s'en balançaient comme de leur première chemise. En revanche, ses bottes étaient à présent bien enfoncées dans la terre, une large croute de boue les recouvrant. Le tonnerrois leva légèrement un pied, et avec un gros bruit de succion, il leva brusquement la jambe. Ce qui eut pour malheureux effet une petit projection de gouttes de boue autour de sa jambe.

Oooh... quel crétin.

Sindanarie, collée à lui (par les bras s'entend évidemment), n'échappa pas à la petite giclée de boue qui en plus de tâcher légèrement les braies et les bas du tonnerrois, vomit sa couleur marron sur les braies également rouge et les bas de la jeune femme. Bon à priori, ce n'était que partie remise, car ce n'était pas en restant assis ainsi qu'ils retourneraient au chaud dans la demeure. Et le terrain en pente n'aurait pas manqué de les tremper un peu plus. Mais il était toujours désagréable sans bouger, d'avoir ses vêtement infestés de boue et d'eau se déversant dans les bottes. Le tonnerrois regarda Sindanarie, et sans vraiment faire exprès, un léger sourire lui vint.

Il est vrai que le marron sur le rouge ne fait pas si mal que cela... mais sur le blanc de vos bas... c'est vous qui remportez la victoire cette fois-ci.

Il espérait que Sindanarie en rirait tout autant que lui. Bon, ce n'était rien, et si elle s'était révélée chochotte à ce point, nul doute qu'elle ne serait plus assise depuis longtemps à ses côtés. Lui trouvait en tout cas cela amusant, et sans doute parce qu'il n'avait pas du tout fait exprès. Il n'osait plus bouger la seconde jambe, de peur d'une nouvelle explosion de boue. Si quelqu'un pouvait les voir à ce moment la, nul doute que la situation lui apparaitrait cocasse. Un homme et une femme, bras dessus bras dessous, sur un rocher en haut d'une petite colline, immobiles, trempés et le bas de leurs vêtements tâché de boue.

Vous disiez que ma compagnie était dangereuse tout à l'heure?
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MessageSujet: Re: Promenons-nous dans les bois... En admettant que nous ne croiserons pas de loup   Mar 29 Juin - 22:53

Oh le vilain bruit... Ce fut ce son plutôt que l'arrivée soudaine de boue sur sa jambe qui fit frémir Sindanarie. Forcément, quand on avait l'habitude de la pluie, on avait l'habitude de la boue, et voir l'une signifiait qu'il fallait s'attendre à l'autre. Par contre, ce bruit de succion était assez inhabituel. Pour ainsi dire, remarqua-t-elle en baissant le regard vers leurs pieds, ils étaient englués dans la boue... Déconcertant. Etaient-ils donc restés sans bouger si longtemps que leurs pieds avaient eu le temps de s'y plonger à ce point ? Manifestement oui, et pourtant, le temps ne lui avait pas semblé s'étirer démesurément. Bref, peu importait. La situation était ce qu'elle était, et, gardant le sourire qu'avait fait naître la réflexion de Kaeronn au sujet des couleurs diverses qui ornaient ses jambes, elle avait une réponse à apporter à une question. Question rhétorique, certes, mais ce n'était pas une raison pour la laisser de côté. Souriant donc toujours, elle commença :

Dangereuse, votre compagnie ? Certainement pas ! Enfin, si elle l'est, ce n'est que lorsque vous voyagez. Et pour le moment, vous me semblez assez immobile, donc il ne doit pas y avoir de péril.

Puisque c'était pendant l'un de ses nombreux voyages qu'il avait perdu autant de monde, la jeune femme ne courrait pas grand risque à rester assise près de lui. Et quand bien même elle aurait senti une compagnie dangereuse dans la présence de Kaeronn, autrement que parce qu'elle pouvait entrainer de nouvelles taches, elle n'aurait pas bougé d'un pouce. D'une part, parce qu'elle adorait le danger et parce qu'elle considérait qu'il était un très bon moyen de se surpasser. D'autre part, parce qu'elle appréciait véritablement cette compagnie, dangereuse ou non. Et il y avait une nette différence entre perdre des compagnons et tacher quelques vêtements... D'ailleurs, cette histoire de taches qui faisait naître les taquineries de son voisin lui permit de rebondir gaiement :

Et puis, pour quelques malheureuses taches de boues, il n'y a pas de quoi vous traiter de crétin... Nous allons bien devoir nous désengluer à un moment quelconque. D'ailleurs, imaginez ce que ça va donner quand nous devrons nous lever pour redescendre ! Ce sera bien pire, d'autant que le chemin le plus rapide pour rentrer est aussi le plus escarpé. Tout à l'heure, nous sommes passés par le plus facile.

Elle ne lui avait pas encore dit qu'il s'agissait d'un raidillon charmant, le genre d'éboulis caillouteux qui pouvait se transformer en torrent de boue en moins de temps qu'il n'en fallait pour jurer... Mais il le découvrirait bien assez vite. Et s'il préférait à ce moment-là passer par un autre chemin, sa décision serait probablement compréhensible. Elle connaissait ce raidillon par coeur, mais quelqu'un qui y était moins habitué y verrait peut-être un obstacle. Car à la boue et aux pierres se joignait un certain nombre de racines plus ou moins enterrées. Ces racines avaient d'ailleurs valu à la jeune femme, par un temps comparable, une dégringolade comparable à la chute de cheval qu'elle avait racontée à Kaeronn... Le sourire de Sindanarie s'élargit encore quand elle songea que, s'il n'avait pas pensé à évoquer ladite chute pour son gage, il risquait d'en avoir une démonstration spontanée s'ils redescendaient pas ce chemin-là. Le plus escarpé, mais le plus court. Et une idée en entrainant une autre (en un enchainement simple et assez logique : dégringoler par ce temps signifiait être couverte de boue, être couverte de boue signifiait se changer une fois de retour au bercail), Sindanarie continua, sur le ton de la plaisanterie :

J'espère que vous avez de quoi vous changer, sinon vous allez passer un séjour assez peu confortable, cantonné à des vêtements trempés et colorés de boue.

Bien sûr, sur les chemins, l'inconfort pouvait devenir une véritable habitude, pour ainsi dire un mode de vie. Mais ils n'étaient pas sur les chemins, ils étaient à deux pas d'une demeure, et dans ce cadre, il était possible de bénéficier d'un minimum de confort. Sur les chemins, il n'était pas toujours possible de se laver ; dans une demeure, c'était toujours plus facile. Tout allait de la sorte : ce qui était impossible ou plus difficile sur les routes était pratiquement toujours plus simple à proximité d'un village ou d'une habitation. Et, même en sachant qu'il était un voyageur invétéré, probablement rompu aux situations les plus désagréables qui soient, elle avait du mal à l'imaginer résistant à une possibilité de confort, si modique soit-elle. Allez, pousse un peu le bouchon et continue, marquant un peu plus encore la plaisanterie :

Question de principe, vous comprenez, je ne peux décemment pas vous laisser dans l'inconfort. Vous êtes conscient qu'il est de mon devoir d'hôtesse de veiller à ce que vous n'attrapiez pas la mort, n'est-ce pas ? N'allez pas tomber malade par fierté !

Faux air de recommandation guindée, mais aussi l'air de dire : "Ne vous risquez surtout pas à vous laisser soigner par moi"... Elle n'avait pas exercé ses capacités de barbière depuis bien longtemps, et craignait fort de s'être rouillée. Alors s'occuper d'une maladie, même d'un rhume, risquait d'être aventureux, surtout pour le patient.

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MessageSujet: Re: Promenons-nous dans les bois... En admettant que nous ne croiserons pas de loup   Ven 2 Juil - 9:21

Kaeronn rit doucement quand Sindanarie le défend. Il aurait plutôt pensé qu'elle en profiterait pour lui décrire toutes les raisons (fausses ou pas), pour lesquelles il était quelqu'un de dangereux. L'éjection de boue y compris, évidemment. Mais non, elle le défendait. Ou du moins à moitié, puisqu'elle reprenait sa première histoire pour appuyer ses dires.

Il ne va pas falloir que je bouge du tout alors? Ça risque d'être compliqué bon sang! Mais pour vous, j'essaierai de faire un effort.

Petit sourire malicieux du tonnerrois, qui porta à nouveau son regard sur les jambes de la dame de Viam. Il prit un air faussement navré.

Si, crétin que je suis, si! On ne badine pas avec l'aspect chez les nobles généralement. Nul doute que cela soit la même chose pour vous. La, il savait bien au contraire qu'elle s'en fichait, mais il était d'humeur taquine. S'il vous plait, ne me jetez pas au cachot! Mangez du pain sec avec les rats ne me gênerait pas plus que cela, mais je ne pourrais malheureusement plus profiter de votre compagnie. Et je vous avoue que cela serait embêtant, puisque ma visite en votre demeure n'a que ce seul but. Vous voir, crut il bon de préciser au cas où elle poserait une question.

Ah mince alors. Ce n'était pas bon du tout cela, pas bon du tout. Lui qui aimait par dessus tout sa liberté, et qui depuis la trentaine d'année qu'il parcourait les chemins, n'avait jamais fait fi d'une seule dame. Oh certes, il avait eu des compagnes.

- Menteur.

- Qu'est ce que tu dis? Menteur? Oui bon, le terme compagne n'est pas vraiment le bon terme. Disons plutôt compagne de quelques soirs.

- Pour assouvir tes besoins ouai.

- Sauf une.

- C'était différent, je te l'accorde.

La conscience du tonnerrois se tut un instant, le replongeant dans un court moment de méditation. Oui, il n'en avait aimé qu'une seule, depuis qu'il était sur les chemins. Il l'avait lui-même enlevé à sa vie ennuyeuse et monotone en orléanais. Puis ensuite, c'était elle qui l'avait suivi sur les chemins, partout où il allait. Oui, il l'aimait. Elle lui manquait. Elle était morte. Comme Izeliah. Il frissonna légèrement en pensant que la vie décrite par Sindanarie ressemblait étrangement à la sienne finalement. Mais non, elle ne le connaissait pas. Et puis elle avait parlé de trois maris, non de deux. Ce n'était pas une métaphore pour désignait sa vie. Tant mieux? Il n'en savait rien. Il ne parlait presque jamais de sa vie, et seul quelques uns de ses amis connaissaient l'histoire dans son entière vérité. Mais quelque chose au fond de son cœur lui disait que si à un moment quelconque, lui et la dame de Viam venaient à aborder le sujet, il raconterait. Pourquoi? Pourquoi??

Elle n'est pas comme les autres. Tu ne serais jamais venu ici sinon.

Ça, il ne pouvait le nier. Il était heureux d'entendre Sindanarie rire. Heureux de pouvoir serrer son bras en cet instant. Heureux de plaisanter, de la taquiner. Alors pourquoi se poser plus de questions qu'il n'était nécessaire, lui qui régulièrement, clamait tout haut qu'il ne fallait pas se prendre la tête dans la vie? Tout à ses réflexions, il du se répéter dans la tête la question de Sindanarie avant de pouvoir y répondre.

Euh hum... des vêtements de rechange?

Ah ça, il n'en avait jamais eu. Il changeait le vêtement déchiré, troué, ou rapiécé sur l'instant (pour un autre toujours de la même couleur). Mais à part une paire de chausses qu'il portait durant les matchs de soule, car plus pratique pour courir partout que les bottes, il n'avait strictement aucune affaire de rechange. Généralement, il trouvait une rivière, ou encore un bac d'eau pour nettoyer rapidement sa cape, son mantel, ou ses bottes. Etre mouillé ne le gênait pas plus que cela. Mais il était vrai que la, dans ces circonstances... Il regretta fortement de ne pas avoir pu penser à cela. Avait il cru inconsciemment que venir chez Sindanarie, c'était comme dans une maison de noble? Passer son temps dans une pièce à lire, rédiger parchemin et commander aux paysans? Non, mais il n'avait pas eu le réflexe d'acheter quoi que ce soit. Et il le regrettait maintenant. Ne serait ce parce qu'il voulait faire honneur à la dame de Viam, et que durant les quelques jours de son séjour, il souhaitait bien s'habiller.

Et bien euh... On ne peut pas dire que sur ce coup la, j'ai été très... prévoyant. Voila qu'il était un peu gêné. Non, je ne possède rien pour me changer, hormis une paire de chausses sales mais divines. La, il étira un sourire amusé. Il en avait gagné tellement de matchs avec cette paire, qu'il espérait bien qu'elles tiendraient encore un peu de temps. Au moins jusqu'à la fin de la coupe, pour qu'il puisse gagner la finale. Mais non, je ne tomberai pas malade rassurez vous. D'une, je ne tiens pas du tout à vous mettre dans l'embarras. Et de deux, j'ai envie certes de profiter de votre compagnie, mais pas dans un lit sans pouvoir bouger, vous à mon chevet. En admettant que vous y restiez, susurra-t-il d'un ton amusé.

Le tonnerrois accentua son sourire en voyant son regard. Elle semblait vouloir lui dire quelque chose, mais il ne devina pas quoi. On aurait dit qu'elle s'inquiétait pour lui. Il laissa échapper un petit rire. Puis se souvint qu'elle avait des notions de médecines dans l'ordre de la Licorne.

De toute façon, si je tombe malade, vous me soignerez rapidement, n'est ce pas? Si je me souviens bien, vous avez quelques notions concernant la guérison. Il battit légèrement des cils d'un air idiot, comme le ferait une enfant pour amadouer sa mère. N'est ce pas?

Il secoua un peu sa tête, envoyant balader quelques gouttes d'eau aux alentours. La pluie continuait de tomber aussi fortement sur eux et le domaine. Le tonnerrois appréciait cependant cette vue, de l'endroit où ils se trouvaient. Le plus dur maintenant, serait de redescendre. D'ailleurs, il était peut être temps. Et si la jeune femme avait encore envie de lui montrer son domaine, ils pourraient faire un tour dans le bois. Ils seraient un peu protégé au moins. Dégageant en douceur son bras de la dame, Kaeronn se releva, dégageant ses bottes de la boue.

La bonne gadoue, dit en grimaçant comiquement.

Puis sourire aux lèvres, il tendit une main, paume ouverte vers le ciel, à Sindanarie.


Et si nous continuions notre visite? Ou si vous préférez, nous pouvons rentrer?

Il avait insisté sur les premiers mots de sa deuxième phrase, pour bien montrer à Sindanarie que la pluie ne le gênait nullement, et qu'il continuerait la balade avec plaisir si elle le souhaitait. Qu'elle ne croit pas qu'il avait forcément envie de rentrer.
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MessageSujet: Re: Promenons-nous dans les bois... En admettant que nous ne croiserons pas de loup   Dim 4 Juil - 12:38

Elle s'était contentée de hausser les épaules, sourire amusé aux lèvres, à l'allusion aux habitudes vestimentaires des nobles. Il y avait noblesse et noblesse... La petite noblesse, qui, en général, se remuait encore un peu, et la haute noblesse qui avait tendance à s'encrouter, à quelques rares exceptions près. Pour le taquiner un peu, elle faillit lui demander s'il avait connu beaucoup de nobles pour avoir pareilles idées sur eux mais se trouva coupée net dans son élan. Alors ça, le coup du cachot, personne n'avait encore eu l'idée de lui sortir ! C'était si inattendu qu'elle ne put s'empêcher d'éclater de rire de nouveau. Par la peste, même si c'était une caricature, on pouvait les percevoir de la sorte ? On associait systématiquement à la noblesse, si petite qu'elle soit, la vie de château ? Evidemment, quelques grands nobles étaient spécialistes. Mais de là à faire rejaillir ce comportement sur les simples seigneurs...

Mais Kaeronn enchainait, et le choc vint. Il n'était venu que pour elle... Enfin, que pour la voir, mais dans ce coin un peu perdu, qui d'autre connaissait-il ? Qui pouvait-il connaître ? Elle préférait ne pas avoir de réponse à ces questions, et se contenter d'enfermer précieusement dans sa mémoire la malheureuse phrase qu'il venait de prononcer. Rien de sa part ne l'aurait plus touchée. Il fallait être honnête. Si elle lui avait indiqué comment se rendre à Viam, c'était bien qu'elle espérait l'y voir. Sans avoir aucune certitude quant à sa venue. Sans savoir s'il viendrait quand elle-même serait, par extraordinaire, de retour. Simplement parce qu'elle aurait aimé le revoir.

Arrête tout de suite. Ce n'est pas bon pour toi. La dernière fois que tu as pensé quelque chose de ce genre, ça s'est mal fini. Tu te souviens ? La chute de cheval. La forêt près de Tulle. La mare de sang. Donc tu arrêtes tout de suite, et tu te calmes. Tu te barricades. Maintenant.

C'était exactement ce genre de mécanismes que Baile avait appelé sa forteresse. Cette manière de s'interdire de penser à ce qu'elle aimait, pour se tenir en vie, pour se maintenir dans la ligne de trompe-la-mort qu'Elric avait toujours essayé d'étouffer. Mais ce jour-là, l'impérieuse petite voix qui lui soufflait de se protéger fut mise de côté. Elle ne sentait pas le besoin de se protéger. Elle se sentait plus libre et plus calme que lorsqu'elle était encore au Mans. Plus sereine. Apaisée par le rire. Par cette compagnie inespérée.

Et Kaeronn rebondit sur les vêtements de rechange. Pour la première fois, il sembla quelque peu gêné, embarrassé peut-être. Eh bien bravo, Sindanarie, tu t'es bien débrouillée... Non mais sérieusement, tout le monde ne fait pas comme toi pour voyager. Elle avait pris l'habitude d'avoir toujours, lorsqu'elle se déplaçait, une tenue de rechange, plus ou moins complète selon les circonstances, quand elle avait commencé à apparaitre en public. Face à un public qui attendait une femme policée, courtoise, correctement vêtue (avec des vêtements de femme et non d'homme, en l'occurrence). Ah, les joies de la politique... Forcément, une femme qui se ramène, soldate depuis des mois sinon des années, habillée comme une soldate ou une vagabonde, pour se présenter en deuxième place sur une liste, ça ne faisait pas sérieux. Alors elle avait dû révolutionner son mode de vie. Apprendre à abandonner une démarche utilitaire pour évoluer comme une dame du monde. Etre prête, par la suite, à passer presque sans transition de sa vie guerrière à sa vie d'Académicienne. Et elle avait pris l'habitude de toujours avoir dans son paquetage de quoi faire face à l'une ou l'autre des éventualités d'apparition. Toujours les vêtements de voyage, et autre chose au cas où. Mais tout le monde ne faisait pas comme elle, pour preuve... Et comme il était hors de question qu'elle laisse Kaeronn dans un relatif inconfort (car tout voyageur a un jour goûté à ce genre d'expérience et, s'il est coutumier des routes, s'y est habitué), l'esprit de la jeune femme se mit à tourner à toute allure quelques secondes, alors qu'elle écoutait d'une oreille les propos de son voisin, acquiesçant au passage quand il évoqua la possibilité qu'elle reste à son chevet et qu'elle essaie de le soigner, avant que la solution la plus simple ne s'impose.

Ce n'étaient pas les vêtements d'homme qui manquaient à Viam. Les siens seraient trop petits pour son hôte, et elle ne se voyait pas aller emprunter ceux des quelques gardes de la demeure. Régler ce léger détail serait néanmoins facile. Il suffirait de s'introduire chez Elric, de lui emprunter quelques affaires, et de ramener le trophée à la demeure. Facile comme tout. D'autant plus que l'intendant pouvait être à deux endroits seulement à cette heure : chez lui, ou à la taverne du village. Et, vu le temps, Sindanarie doutait fortement qu'il aille s'enterrer chez lui. La pluie avait toujours provoqué d'irrépressibles envies de boire chez le mercenaire, et comme il n'aimait pas spécialement s'enivrer seul, il se réfugiait dans la taverne la plus proche, même s'il devait y arriver trempé comme une soupe. Impeccable. Il ne se rendrait même pas compte de sa visite. Il lui avait prodigué d'efficaces enseignements, probablement sans se douter qu'elle s'en servirait (pour pas grand chose, reconnaissons-le tout de même) sur lui. Voilà. Bon, affaire réglée, elle pouvait se retourner vers le présent.

Et le présent, c'était tout simplement Kaeronn, le bras enfin libéré, qui se dégageait de la boue pour se remettre debout. Suivant son exemple, la jeune femme se releva et s'arracha à son tour à la gadoue qui avait commencé à engluer ses bottes. Nouvelles éclaboussures de boue. Pas de doute, elle était moins douée, puisque ses deux désengluages provoquèrent de petits jaillissements brunâtres. Tant pis... Ils n'étaient plus à ça près, si ? Avec un sourire, elle en fit la remarque dans un grommellement amusé, se retenant à grand peine de s'ébrouer comme elle le faisait souvent sous la pluie, avant de reprendre :


En fait, vous n'êtes pas si dangereux, même quand vous bougez !

Et pourquoi résister à deux invitations aussi tentantes l'une que l'autre, à savoir la suite de la balade et la main ainsi offerte, paume vers le ciel ? Sans attendre, et sans même se demander si c'était bien la signification du geste de Kaeronn, Sindanarie s'en saisit (de la main, s'entend) et poursuivit :

Nous pouvons continuer, si cela vous dit. La forêt est un assez bon abri.

A ces mots, elle désigna les arbres d'un geste de sa main encore libre et continua avec un sourire, de nouveau sur le ton de la plaisanterie :

Et vous n'avez même pas de souci à vous faire, sauf si vous craignez que je ne vous envoie de la boue dans les jambes : ça fait bien deux ans qu'on n'a plus aperçu de loups dans ces bois !

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MessageSujet: Re: Promenons-nous dans les bois... En admettant que nous ne croiserons pas de loup   Lun 5 Juil - 10:30

Kaeronn lui lança un sourire goguenard, amusé. Bien entendu qu'il n'était pas dangereux, même quand il bougeait. Sauf peut être lorsque des brigands l'attaquaient, ou qu'il était en plein duel. Ah ce duel... C'était ses longues discussions avec la dame de Viam en taverne qui l'avait poussé à la taquiner. Elle était joueuse, et ça se voyait. Et comme elle se rouillait autant que lui devant les remparts de Chinon, il l'avait provoqué. Un petit pari, qui devait lui permettre de lui soutirer la promesse de lui écrire. Bon certes, sans le duel perdu, elle aurait sans doute continuer à lui répondre, mais c'était encore mieux avec le duel. Et elle n'avait pas dérogé au pari, lui répondant chaque fois qu'il prenait de ses nouvelles. Et voila que cela les amenait finalement à se revoir dans son domaine. Une pause parmi les voyages de Kaeronn. Un autre monde même presque. Pendant quelques jours, il oublierait la dure vie des chemins. La perpétuelle méfiance envers les inconnues, les railleries de taverne, le mauvais temps (enfin quoique la, c'était raté!), la nuit à la belle étoile...

Et puis... la main de la jeune femme se glissa dans la sienne, après qu'elle se soit relevée! Alors que ce n'était qu'un geste d'aide pour relever Sindanarie, elle l'avait pris pour une invitation. Et ma foi, ce n'était pas pour lui déplaire. Loin de chercher à retirer sa main de la sienne, ou de lui avouer que son intention de départ était toute autre, le tonnerrois serra doucement ses doigts contre sa peau mouillée. De nouveau cette même sensation de douceur, et en même temps l'affirmation que Sindanarie était une guerrière. Mais maintenant qu'elle lui avait offert sa main à sa demande, il ne la lâcherait pour rien au monde. A moins que pour une coulée de boue... Il jeta un petit regard en coin à Sindanarie, et murmura, d'une voix plus basse qu'à l'ordinaire.


Je sentais ma main froide, et je vous remercie de la réchauffer.

Non décidément, impossible pour lui de ne pas la taquiner, tout en lui montrant que son geste lui faisait extrêmement plaisir. Ils avaient rebroussé chemin, et voici bientôt sur leur droite la descente vers les bois. Une coulée de boue, alimentée continuellement par la pluie tombant drue, dévalait lentement cette pente. Était-ce un autre chemin, plus court, pour revenir dans le bois? Ou valait il mieux continuer? Il jeta cette fois un regard interrogateur à Sindanarie. Que feraient ils? En même temps, il put répondre en rigolant légèrement.

Si ce n'est le grand méchant loup, ces animaux n'ont pas de quoi m'effrayer. Les rares rencontres que j'ai pu faire avec eux se sont toutes soldées par la fuite rapide de ces jolies bêtes. Il parait qu'elle n'attaquent qu'en meute, ou parce qu'elles sont affamées. J'ai du avoir de la chance les quelques fois où je les ai croisés, puisqu'aucune ne devait être affamée.

Lui qui voyageait la plupart du temps dans les bois quand ce n'était pas sur les routes, il avait eu le temps d'observer ce comportement chez les loups. Les premières fois certes, son cœur s'était mis à cogner dans sa poitrine, priant pour qu'un lapin ou un chevreuil attire l'attention de la bête autrement que sur lui. Il était beaucoup plus jeune aussi, et ne connaissait des loups que l'effroi que décrivait les paysans. Finalement, après quatre rencontres inopinées avec ces animaux, il en était venu à la conclusion qu'ils avaient plus peur des humains que le contraire ne devrait être.

Il regarde à nouveau la coulée de boue. Naturellement, il cherche déjà le meilleur passage pour descendre, au cas où. Mais il prend son temps, ne voulant nullement lâcher tout de suite la main de la jeune femme. Non, elle était trop bien dans la sienne.


M'envoyez de la boue dans les jambes? Vous feriez ça? Remarquez, au point où nous en sommes... Cela vous permettrait de vous venger un peu des paris que je gagne à chaque fois.

Toujours aussi malicieux, il rit doucement en la regardant avec des yeux pétillants. Par où allaient ils rejoindre le bois alors? Il secoua légèrement la tête pour envoyer valser quelques gouttes d'eau tombant de ses mèches sur son front et ses yeux.
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MessageSujet: Re: Promenons-nous dans les bois... En admettant que nous ne croiserons pas de loup   Lun 5 Juil - 22:09

Un sourire avait échappé à Sindanarie, mêlé à un grommellement. Oui, bon, elle s'était mal débrouillée pour expliquer son geste, et alors ? On ne peut pas être excellent à tous les coups... Bref, ce moment était vite passé et l'avait plus fait sourire que grommeler, soyons honnête. Et le sourire l'avait d'autant plus emporté que, même si les quelques mots de Kaeronn laissaient entendre que ce n'était pas exactement ce qu'il attendait en lui tendant la main, il n'avait rien fait pour se débarrasser de celle de la brune. Et toc. Suivit la tirade sur les loups. Elle-même n'en avait qu'aperçu, rarement. Surtout au cours de son enfance, en fait. Et la remarque sur la boue vint à son tour, n'attirant qu'une seule réponse. La voix de la Carsenac baissa légèrement quand elle lança :

La vengeance s'accomplit dans le sang, pas dans la boue...

Antlia. Le nom de l'Errante lui vrilla les tympans. Quand elle quitterait Viam, elle retournerait à bride abattue en Maine. Le temps d'être sûre. Le temps de préparer la chasse. Et avec l'aide de sa Soeur, elle trouverait la pourriture qui l'avait fait disparaitre. Ce n'était qu'une question de temps. Et cette affaire-là finirait dans le sang. Pas dans une goutte de sang, non. Dans une mare, dans un océan de sang. Dans un sang qui ne serait pas le leur. Un léger sourire déforma ses traits alors qu'inconsciemment sa main se crispa brièvement. Pas un sourire de joie ou de tristesse, non. C'était autre chose.

Autre chose qui ne devait pas interférer dans l'instant. Elric disait souvent, quand elle était petite, qu'elle avait un certain talent pour la comédie. Eh bien, il était temps de voir si elle avait conservé ou non ce talent, ou si elle se trouvait aux côtés d'un observateur meilleur que bien d'autres hommes. En général, il suffisait de noyer un bon coup le poisson pour éviter que l'attention d'un interlocuteur se focalise sur des détails potentiellement anormaux, comme une main crispée ou une hôte qui part soudain dans des pensées peu agréables alors qu'elle vit un moment pour le moins agréable. Et la manière la plus simple de noyer le poisson, en l'occurrence l'attention de l'interlocuteur (en l'occurrence, donc, de Kaeronn), c'était encore de laisser filer un flot de paroles plus impressionnant que la Vézère en crue. L'art et la manière, Sinda, l'art et la manière. Se tournant vers le ruisseau de boue, Sindanarie le désigna d'un geste théâtral de sa main libre, avant de reprendre sur un ton allègre :


Si vous voulez faire plus long pour retourner en bas, vous pouvez reprendre le chemin que nous avons emprunté pour arriver jusqu'ici. Ce que vous voyez ici est le chemin le plus rapide pour continuer notre visite et rejoindre la forêt. Par temps sec, c'est un charmant éboulis de terre et de caillasse, tout ce qu'il y a de plus inoffensif. Aujourd'hui, c'est plutôt un ruisseau de boue... Pour le traverser, vous avez deux solutions, et dans les deux cas, vous en aurez jusqu'à la cheville au moins. Cela dit, le grand avantage des bottes en pareilles circonstances, c'est qu'elles tiennent un peu à la jambe, donc vous n'en perdrez pas une malencontreusement. Coup d'oeil appuyé auxdites bottes, accompagné d'un sourire un brin goguenard quand elle ramena les yeux vers le visage de Kaeronn. Vous êtes parfaitement équipé, vos divines chausses n'auront en plus pas à en pâtir, je peux donc poursuivre.

Poursuivre, oui. Avec quoi, déjà ? Evidemment. Les deux manières. Tel était l'avantage des listes, on arrivait toujours à se raccrocher aux branches. Elle avait constaté leur vertu bien longtemps auparavant. Cela pouvait retenir sans peine l'attention d'un auditeur (là encore, pas toujours très observateur pour autant), puisqu'il n'avait en main aucun des éléments annoncés. Sans s'arrêter, se donnant le temps de retrouver le fil de sa diversion qui, en plus de sa fonction première, servait tout de même à annoncer la couleur de ce qui allait suivre (c'est-à-dire le chemin vers la forêt), elle avait continué :

Bon, donc, j'en étais où ?... Ah, oui. Aux deux façons de traverser et dévaler ce charmant passage. Soit vous appuyez tout votre pied au fond et vous prenez le risque de vous engluer et de perdre l'équilibre. Soit vous n'appuyez que la pointe du pied, et vous prenez le risque de prendre appui sur une caillasse instable. Autrement dit, le temps de descendre, il y a des chances non nulles de faire au moins une jolie chute.

Elle n'a pas retiré sa main. Elle aurait même été incapable de dire laquelle des deux était la plus froide et laquelle réchauffait l'autre. D'ailleurs, elle s'en contrefiche. Elle sait juste qu'elle est très bien là où elle est.

Mais quand on se lance dans un boniment, on ne s'arrête pas en pareil chemin. Quand on a commencé, on va jusqu'au bout, par tous les diables ! Surtout quand cela aide à mettre de mauvais souvenirs et de non moins mauvais pressentiments de côté, et à retrouver une bonne humeur non feinte. La jeune femme reprit donc, taquinant sans vergogne Kaeronn, une véritable lueur de plaisanterie revenue au fond du regard :


Oh, je vous fais confiance, je suis sûre que vous saurez parfaitement y faire face. Mais ça ne m'empêchera pas de passer devant, au moins pour vous montrer comment faire.

Allez. Une vraie provocation, maintenant. Depuis qu'il était arrivé, depuis qu'il avait commencé à la taquiner plus exactement, c'était lui qui provoquait, lui qui menait la danse. Il était temps que cela change, non ? D'un ton suave, cachant à peine la provocation qu'elle allait lancer, Sindanarie continua, outrant volontairement gestes et intonations :

Je sais, je sais, ne m'en veuillez pas, très cher, ce n'est guère galant, mais face au péril dans lequel je vous précipite, il me faut être sûre que quelqu'un vous retiendra si vous essayez de vous étaler en bas du raidillon.

La jeune femme retint à grand peine un nouvel éclat de rire. Il ne restait plus qu'une chose à faire... Dépasser le stade de l'esbroufe et essayer de descendre en une seule fois et autrement que sur le ventre ou sur les fesses, au choix. Cela voulait aussi dire qu'elle allait lâcher la main de Kaeronn. Grommellement intérieur, sur les raisons duquel elle ne s'attarda pas. Et faisant contre mauvaise fortune bon coeur, elle se résolut à le lâcher et lança d'un ton guilleret :

Bien, à tout de suite donc !

L'avantage, quand on connait un terrain, c'est que même lorsqu'il change un peu d'état, on s'y retrouve encore. Ce raidillon, elle le connaissait par coeur. Les pierres plus grosses que les autres. Les trous dans le sol, nivelés ce jour-là par la boue. Les racines qui affleurent. Aussi fut-ce avec une certain assurance que Sindanarie s'engagea dans la descente, lentement d'abord, plus rapidement à mesure qu'elle reconnaissait le terrain sous ses pieds. Ca ne s'amorçait pas trop mal... Par contre, s'il venait par hasard à Kaeronn l'idée qu'elle pouvait effectivement reproduire son vol plané, elle aurait peut-être des soucis à se faire. Aussi, jetant un coup d'oeil en arrière, elle vérifia, sourire amusé aux lèvres, si elle risquait ou non quelque chose.

[Tu es libre de la faire dégringoler ou non, au choix^^]

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MessageSujet: Re: Promenons-nous dans les bois... En admettant que nous ne croiserons pas de loup   Mar 6 Juil - 11:00

Kaeronn tourna légèrement la tête pour observer le visage de Sindanarie. Sa réponse semblait venir d'autre part. D'une autre pensée, d'un autre moment. Alors qu'ils étaient sur le ton de la plaisanterie, de la taquinerie, voila que cette phrase on ne pouvait plus sérieuse débarquait. Le tonnerrois plissa légèrement les yeux. Certes, une vengeance s'accomplissait dans le sang, mais il doutait que pour avoir tâché ses bas, elle essaye de le transpercer de son épée. Alors pourquoi d'un seul coup cette réaction? Sans doute le mot vengeance avait il rallumé un mauvais souvenir dans son esprit. La perte d'un être cher? Il n'aurait peut être pas du plaisanter ainsi, mais il n'en avait pas honte non plus. Il aimait l'humour noir, et si on ne pouvait pas le supporter à cause de cela, c'était tant pis. Sindanarie pouvait bien entendu le supporter, et cet humour ne la dérangeait surement pas. Mais la, le mot vengeance... Oui, le mot vengeance. Elle avait sans doute une vengeance à accomplir.

Lui aussi. Mais jamais plus il ne pourrait l'assouvir entièrement. Des quatre soldats, il en avait tué deux. Le troisième, il ne l'avait jamais retrouvé, et nul doute qu'il était depuis le temps mort de vieillesse, ou d'une toute autre mort. Pas de ses mains en tout cas. Quand au quatrième soldat dont il n'avait pas vu le visage, il n'avait rien pu apprendre sur celui-ci. Torturer Jarius n'avait donné aucun résultat, le soldat préférant crever que de dénoncer ce qui était surement un ami à l'époque. Sans aucun doute, le quatrième soldat était il également mort de vieillesse maintenant. Ou alors il avait son âge, mais cela, il ne le saurait jamais. C'était terminé depuis longtemps. La vengeance s'était terminée dans un bain de sang, mais c'était comme si il s'était fait le devoir de remplir un bac du liquide rougeâtre, et que celui-ci ne remplissait qu'à moitié. Le goût de l'inachevé. Il s'était fait une raison depuis longtemps. Il avait eu le malheur et en même temps la chance de laisser passer quelques années après le drame qui avait changé sa vie. Si il avait gagné une formation de guerrier et sa place auprès de Jabor, il avait laissé filer entre ses doigts une vengeance pour laquelle il aurait presque donné sa vie.


Pour laquelle tu as donné ta vie, gronda-t-il intérieurement. Maintenant, c'est la fin, et le commencement à chaque fois.

Bon heureusement, il ne tergiversa pas plus longtemps. Il sentit que la main de la jeune femme s'était légèrement raidie dans la sienne. Il ne sait pas trop pourquoi, mais il la serre alors doucement, comme pour lui faire savoir qu'il la comprend. Comme s'il pouvait lire ses pensées et qu'il était avec elle. La conséquence du fait qu'en plus d'avoir réveillé ses souvenirs, c'était également les siens qui étaient ressortis maintenant. Le visage du tonnerrois en revanche n'exprimait rien. Il n'arrivait pas toujours à se maitriser (au contraire de son ami Jabor, qui était aussi expressif qu'une pierre dans n'importe quelle circonstance ou presque). Mais la, il ne souhaitait pas gâcher une ballade qui l'enchantait avec Sindanarie. Un sourire revint donc sur son visage quand elle lui parla du raccourci que l'on pouvait prendre par la coulée de boue.

Quand le regard de la jeune femme se plante sur ses bottes, il relève son pied droit tout en claquant et en frottant fortement le cuir contre sa sœur. Malgré le choc, le pied ne quitte pas une seule seconde la botte, montrant ainsi à Sindanarie qu'il ne risque pas de les perdre. Quand l'on voyage beaucoup, les bottes revêtent une importance toute particulière, et mieux vaut les avoir à sa taille. Grand sourire du tonnerrois.


Avec mes divines chausses, j'aurais glissé sur la boue pour atterrir debout en bas, et me gausser de votre lenteur. Mais je ne les ai point, ajouta-t-il avec un soupir de regret très exagéré et qui sonnait faux. Dommage. Qu'est la boue après mes victoires à la soule? Rien de plus qu'un élément que je connais et que je maitrise!

Cette fois-ci, pour une fois, ce n'était pas de l'assurance. Juste de la plaisanterie. Malgré ses explications sur la descente qu'il allait bien falloir entamer, la jeune femme n'avait guère lâcher sa main, ou même esquisser ne serait ce qu'un geste dans ce sens. Kaeronn non plus. Il se sentait bien. Le regard allant du visage de son interlocutrice à la coulée de boue en dessous.

Appuyer le pied au fond... ou la pointe du pied en évitant les caillasses roulantes... Très bien.

Il avait déjà fait son choix. Il n'était pas très grand de taille, mais robuste. Par conséquent, il planterait posément ses pieds dans la coulée pour lui résister, et descendre ainsi tranquillement, au rythme d'un roi allant chercher sa couronne s'il le fallait. Non, aucune raison qu'il tombe vraiment. Il avait vu bien pire. Son grand sourire persistait sur ses lèvres, et en se tordant légèrement, il le rendit goguenard aux provocations qu'elle lui lançait.

Je ne doute pas un instant que si je glisse, vous serez la pour m'attrapez et me remettre sur pieds. J'ai toute confiance en vous.

La, c'était vrai, même si toujours dit d'un ton plaisantin. Voila qu'elle lui lâchait sa main, que Kaeronn laissa filer à regret. Il regretta aussitôt sa pensée. Au départ, ce n'était que pour l'aider à se remettre debout bon sang. Oui mais elle l'avait compris autrement, et inutile d'essayer de se tromper soi-même. Il en était ravi.

En même temps, ses yeux ne quittent pas les bottes de la guerrière. Elle semblait connaitre le terrain comme le fond de la poche de sa chemise, et Kaeronn allait utiliser cela à bon escient. Une fois qu'elle eut terminé le quart du (petit) parcours, le tonnerrois s'engagea à son tour dans la coulée de boue, petite mais puissante. La pluie continuait de tomber autour d'eux, et cela n'arrangeait guère sa vision. Mais il avait repéré où elle avait posé ses pieds, et le tonnerrois suivit donc ses traces, plus lentement, plus prudemment, mais surement. Ah mais voila qu'elle prenait de l'assurance, qu'elle accélérait. Rendant la tâche de l'homme plus compliquée, puisqu'il devait se souvenir de chaque endroit où elle passait.

Elle avait dépassé le point médian de la coulée de boue alors que Kaeronn venait à peine d'en effectuer le quart. Il voyait plus loin le sol trempée mais ferme du bois. Proche, et en même temps plutôt lointain. Sindanarie se retournait, le regardant, un sourire amusé aux lèvres. Le tonnerrois ne put empêcher son regard de croiser le sien, et il répondit d'un sourire qui se voulait charmant et assuré. Tout allait bien pour lui. La jeune femme semblait hésiter, mais reprit bientôt son chemin. Et alors que Kaeronn plantait ses bottes dans le courant, il manqua de peu d'enfoncer son pied dans un trou. Il rétablit son équilibre, toujours souriant, puis regarda devant lui.


Mince, fit il en se grattant légèrement la tête. La, il ne se souvenait plus des endroits précis où Sindanarie avait enfoncé ses bottes. Et pour cause, il n'avait pas pu quitter le visage de la jeune femme à temps pour la voir. Et bien, j'ai plus qu'à me fier à mon instinct.

Les quelques arbres présents autour de lui lui indiquait la présence de racine, mais aussi à priori de terre. En même temps s'il tombait, il aurait du mal à s'y accrocher. Il risquait plutôt de se le prendre de plein fouet, et cette pensée n'était guère réjouissante. Espérant poser les pieds dans les traces de Sindanarie, il s'engagea donc dans la route la plus directe vers le sol. Son pied droit se tordit légèrement alors que sa botte chevauchait une racine. Encore quelques pas, il avait dépassé la moitié de la coulée de boue. Sindanarie en avait quasiment terminé, et ne manquerait pas de se moquer de lui en voyant sa lenteur. Son orgueil lui soufflait d'accélérer, mais sa raison commandait la prudence. Lentement, il se rapprochait du but. Il ne se souvenait pas à vrai dire d'avoir déjà marché dans une telle coulée de boue.

Et puis, son pied gauche buta contre une petite pierre. Réflexe, naturel, il pesa de la pointe de ses orteils sur la roche, pour se pencher légèrement en arrière et retrouver l'équilibre qui lui permettrait d'avancer la jambe droite. Sauf qu'il sentit la petit pierre céder sous la pression de son corps, et perdant l'équilibre, le tonnerrois bascula en arrière dans un grand éclat de boue. La pente naturelle ajoutée au courant le fit glisser vers l'avant, et le cul par terre, ses pieds tentant de freiner sa chute, Kaeronn fonça vers le bas de la pente, dans une gerbe de boue qu'il aurait pu trouver jolie s'il n'avait été que simple spectateur. Il serrait les dents pour garder la bouche fermée, et ses yeux se plissaient naturellement, pour se protéger des éclaboussures de boue. Apparemment, Sindanarie n'avait encore rien remarqué devant lui, mais voila qu'il ne lui restait plus que quelques pas à faire et qu'elle se retournait pour voir où il était.

Même si sa chute était freinée, il ne put éviter la dame de Viam. La coulée de boue empêchait celle-ci de s'écarter brusquement, sous peine de tomber. Quoiqu'après tout, le résultat risquait d'être le même. Ses jambes fauchèrent celles de la jeune femme qui tomba tête la première dans ses bras. Il les avait relevés (il était un minimum prévoyant tout de même) pour la réceptionner, et il évita ainsi un bain de boue total à Sindanarie. Quelques mètres en contrebas, ils roulèrent dans la mare d'eau et de boue avec grand bruit. Puis les deux corps s'arrêtèrent, les vêtements maculés. Kaeronn respirait bruyamment et lentement, laissant s'échapper la petite poussée d'adrénaline qui n'avait pas manqué de le submerger lors de sa chute. Il tourna légèrement la tête vers Sindanarie pour la regarder et croiser ses yeux. Non, aucune trace de souffrance, elle n'avait probablement rien.


Je ne voulais pas arriver le deuxième.

Kaeronn haletait toujours un peu, et sa main frotta l'ensemble de son visage couvert de particules de boue. Geste qui étala plus qu'il ne dégagea la saleté. Le tonnerrois ne put alors s'en empêcher en contemplant le visage de Sindanarie. Il éclata de rire.
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MessageSujet: Re: Promenons-nous dans les bois... En admettant que nous ne croiserons pas de loup   Mar 6 Juil - 22:48

Elle n'avait pas particulièrement surveillé le bruit que faisait Kaeronn derrière elle. Quand elle avait regardé en arrière pour la dernière fois, il s'en sortait bien pour quelqu'un qui n'avait jamais mis les pieds dans le coin. Aussi avait-elle continué tranquillement son chemin, elle était presque arrivée en bas et commençait à jeter un coup d'oeil par dessus son épaule quand... Surprise ! Jambes fauchées, atterrissage sur un Kaeronn au milieu d'une gerbe d'éclaboussures brunes et plongeon dans la petite mare de boue qui recueillait la boue (sans originalité) du ruisseau qu'ils venaient de descendre, un peu rapidement sur la dernière section. Elle n'eut pas le temps de réagir, se raccrochant juste à son sauveteur (à défaut de se raccrocher aux branches) pour les quelques mètres qui les séparaient du pied de l'aplomb sur lequel ils se tenaient quelques instants plus tôt.

Elle n'avait rien, elle le savait. Il avait parfaitement amorti sa chute. D'ailleurs, si quelqu'un avait dû se faire mal, c'était lui... Relevant les yeux vers Kaeronn, elle évalua rapidement sa situation du regard. Ca avait l'air d'aller. Un brin secoué, comme on l'était normalement après être tombé, ainsi qu'en témoignait son souffle haché. Mais il trouva tout de même le moyen de proférer une énormité. S'il avait sorti ce genre d'excuse sérieusement, il aurait probablement perdu toute crédibilité aux yeux de la jeune femme. Mais, en l'occurrence, Sindanarie préféra y voir une plaisanterie (et n'envisagea d'ailleurs pas un seul instant qu'il puisse en être autrement), surtout au vu de l'éclat de rire qui suivit, quand il la dévisagea de nouveau. Par la peste, elle était donc dans un état pire que le sien encore ? Machinalement, elle passa également la main sur son visage. Boudiou. Oui, pour cette fois, elle ne s'était pas ratée. Ou il ne l'avait pas ratée. Enfin, quelque chose comme ça. La boue ne l'avait pas ratée, en tout cas. Elle en avait un peu partout. Les vêtements avaient trinqué, naturellement. Des gouttelettes plus ou moins épaisses décoraient sa peau. S'imaginer ainsi lui arracha un éclat de rire qui s'éleva de concert avec celui de son hôte. L'équipée chez Elric s'imposait, et elle-même serait condamnée à prendre l'un de ses rares habits laissés à Viam. Quelle blague...

Bref. Essuyant l'une de ses mains sur sa chemise tout en essayant de maîtriser son rire, Sindanarie avait entrepris d'enlever un peu la boue qui maculait ses joues, son nez et son front, avant de hausser les épaules et d'abdiquer, ouvrant sa paume vers le ciel pour laisser la pluie la rincer un peu. Ca ne servait pas à grand chose, pour ne pas dire à rien... Mais une constatation s'imposait.


Eh bien, votre orgueil est aussi chatouilleux que le mien !

Tiens, elle aussi avait quelques soucis de souffle, manifestement. Il avait fallu qu'elle parle pour s'en rendre compte... Quoi qu'il en soit, elle n'avait pas pu s'empêcher de renchérir, c'était plus fort qu'elle. Ca l'avait toujours été et ça le serait probablement toujours. Surtout dans des situations aussi étranges. Oh, ce n'est pas qu'elle avait moultes fois fini assise dans une mare de boue en charmante compagnie, non, mais d'autre situations étonnantes avaient jalonné son parcours. Et l'insolite autant que le danger la poussaient, curieusement, à plaisanter, à titiller, parfois à appuyer franchement là où le bât blessait. Cette fois, ce n'était qu'une plaisanterie, mais le pauvre Elric en avait subi des vertes et des pas mûres quand il avait été amené à compléter son éducation par quelques formations intéressantes pour une enfant mais angoissantes et risquées pour un mercenaire. A mieux dévisager Kaeronn, le visage désormais enduit d'une fine pellicule de boue, une idée qui n'avait rien à voir avec les précédentes naquit soudain dans l'esprit de la jeune femme, qui continua, sans cacher l'amusement que lui inspirait la situation :

On va probablement faire une deuxième entrée remarquable et remarquée à Viam, tout à l'heure... Vous imaginez ? Le pauvre garde va avoir face à lui deux vagabonds, couverts de boue jusqu'aux yeux, qui prétendront l'un être invité et l'autre être moi. Il se souviendra peut-être de vous parce qu'il vous a vu hier quand vous êtes arrivé. Mais quand on essaiera de lui faire avaler que nous souhaitons rentrer, franchement... Je sens bien une fin à la taverne à jouer aux fléchettes. Ou à boire, tout simplement.

L'idée était agréable, dans les deux cas. Mine de rien, entre la caserne, quand elle la fréquentait encore, et Viam, elle avait fini par domestiquer un peu les petits projectiles, contre toute attente au vu de ses premiers résultats. Dorénavant, elle était à peu près de taille à rivaliser avec les villageois. A peu près... Enfin, en e qui concernait la bibine, elle était au moins aussi bonne qu'eux, et elle ne doutait pas, d'après ses souvenirs de l'épisode Chinonnais, que Kaeronn puisse rivaliser avec n'importe lequel d'entre eux, quelque endurcis qu'ils puissent être en tant que buveurs.

Mais enfin, pour l'instant ils étaient établis dans la boue. Et comme la jeune femme ne comptait pas y rester ad vitam aeternam, elle ramena ses jambes sous elle pour se redresser et se remettre sur pied. S'époussetant machinalement, ce qui n'eut d'ailleurs pas un effet fou, Sindanarie ne put que noter que ses jambes flageolaient lamentablement. Le contre-coup de leur chute inattendue, sans doute. Ce fut néanmoins d'une voix nette, marquée par la plaisanterie et l'entrain, qu'elle reprit :


Allez, hop, debout !

Et, sans autre forme de procès, ce fut à elle de tendre la main à Kaeronn. Chacun son tour... Et puis, il avait bien dit qu'elle le remettrait sur pieds. Pour une fois qu'elle lui donnait raison sans essayer d'aller contre...

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MessageSujet: Re: Promenons-nous dans les bois... En admettant que nous ne croiserons pas de loup   Jeu 8 Juil - 0:02

Kaeronn continua de rire un peu, puis reprit son calme en continuant de souffler. Un nouveau petit rire le secoua en repensant à l'excuse bidon qu'il venait de donner. Pire que celle de Sindanarie tout à l'heure, sans aucun doute. La jeune femme riait aussi, confortant le tonnerrois dans son idée qu'elle n'avait rien eu en tombant. Il ne savait pas vraiment comment il aurait réagis si elle s'était foulée une cheville. Qu'elle ne puisse plus monter à cheval durant un petit moment, qu'il la retienne coincée dans son domaine. Même si sa promesse la retenait jusqu'à ce qu'il parte, ce n'était certes pas la même chose qu'une blessure. Et il n'aurait pas du tout voulu qu'elle lui en veuille. Déjà la, ça pouvait être limite...

Moui, je dois souvent l'entretenir, et la, vous voir devant, je n'ai pas aimé. Alors je me suis dit que sur les fesses, j'irai plus vite. Puis l'orgueil me prenant à nouveau, je me suis dit que je ne pouvais pas être le seul à terre, alors plutôt que de vous dépasser, je vous ai fauché.

Il sourit bêtement, puis rit doucement à nouveau en regardant la jeune femme.

Mais en fait, j'ai voulu utiliser une pierre pour retrouver mon équilibre, et elle a roulé, m'envoyant dans ce bain de boue. Je suis désolé, vraiment.

Oui, il l'était sincèrement, même si ce n'était pas grave. Cela aurait pu l'être. Mais elle ne semblait vraiment pas lui en tenir rigueur, et c'est rassuré qu'il sourit pour répondre à son ton taquin.

Ma foi, à moins de reconnaitre votre voix, vous avez surement raison Sinda. Cela risque d'être compliqué de berner notre sympathique garde. Je vous aurai bien émis l'idée d'une petite grimpette le long des murs, mais d'une, je ne suis pas sur que vous appréciez cette idée sur votre domaine. De deux, avec la pluie, je doute que cela soit très prudent, même si nous aimons tous deux le risque, j'en suis convaincu. Et de trois, votre idée de taverne, de boisson et de jouer aux fléchettes est bien meilleure!

Bon, il jouait rarement aux fléchettes. Seulement quand on le défiait en taverne, et la plupart du temps, il était trop plein pour pouvoir lancer correctement les piques d'acier. Mais les rares fois où il se souvenait avoir joué pour la gagne, il n'avait pas été trop mauvais. Son œil était rompu à ce genre d'exercice, Mathler et Khroulyr l'ayant entrainé longuement à l'arc. Sans compter Jabor, le meilleur guerrier qu'il est jamais rencontré. Meilleur tireur à l'arc également. Il se rappellerait toujours cette nuit étrange où il avait du avait du fuir quatre gardes armées. Deux d'entre eux étaient armé d'arc, les autres possédaient des lances. Les épées étaient encore au fourreau alors qu'ils le poursuivaient. Il avait roulé sur le chemin terreux pour empêcher les deux flèches de se planter dans sa chair. Puis en se relevant, avait continué sa course, en zigzag, pour ne point s'offrir trop facilement aux gardes. Nul doute cependant qu'il allait bientôt sentir la morsure de l'une ou l'autre des pointes d'acier. Aucun arbre, bosquet pour se servir de bouclier. Seul... Jabor devant lui. Et alors que le tonnerrois sortait l'épée du fourreau en se retournant d'un bond, assuré que l'inégalité du combat avait changé de camp, il vit un infime instant l'une des flèche foncer droit dans sa poitrine. Ce qui serait arrivé si une autre flèche n'avait au même instant dévié la course de la première.

Il avait paré de son épée la salve de tir suivante, alors que Jabor abattait le premier archer. Le deuxième ne faisait pas long feu et Kaeronn put maintenir à distance les lances qui essayaient de lui transpercer le corps. Le temps que Jabor rapplique. Les deux corps tues à jamais une fois au sol, ils avaient pu fuir. Il l'entendait encore dans sa tête, en même temps qu'il revoyait le tir de Jabor.


Ton arc, comme ton épée, c'est ta vie. Tu n'as rien de plus important aujourd'hui sur toi. Et perdre ton arc, c'est perdre un peu de toi. N'importe quel champion du royaume à l'épée ne pourra rien contre toi si tu sais tirer à l'arc. N'écoute point ceux qui te parlent de lâcheté et autre sentiment à deux deniers. Au final, ils mourront de tes flèches pendant que tu survivras à leurs épées. Fais usage de celle-ci seulement quand tu ne peux autrement, ou pour un duel. Sinon l'arc Kaeronn, l'arc. Je t'en fabriquerai un.

Et effectivement, Jabor n'avait pas menti. Il lui avait bien fabriqué un arc, et c'était bien ce qu'il possédait de plus précieux sur lui. Certes, il ne l'avait pas sur lui maintenant, mais pour une ballade avec Sindanarie, cela ne posait pas de problèmes. Et puis, personne ne lui volerait dans son domaine, c'était évident.

Il réalisa alors qu'elle lui tendait sa main, souriante. Le tonnerrois s'en saisit et se retrouva ainsi debout. Mais plutôt que de lâcher cette main qui venait de l'aider à se relever, il la serra dans la sienne. Il souhaitait garder ce contact, cette douceur. Cela lui plaisait de l'avoir à ses côtés ainsi. C'était certes moins académique que le bras, mais plus confortable ainsi. Il resta un court moment à l'observer, pour tenter de détecter le plus petit signe de négation pouvant le conduire à retirer sa main prestement. Mais après tout, elle avait accepté avant la descente (ou plutôt la chute), alors pourquoi plus maintenant?

Kaeronn regarda autour de lui, passa une langue sur ses lèvres quand une grosse goutte transperça le feuillage au dessus de leur tête. Un curieux mélange de salive et de terre lui resta en bouche, le faisant grimacer quelque peu. Bon, le village ou le domaine... Il fallait de toute façon repartir dans la même direction au départ. Ensuite, il ne savait pas si la jeune femme voulait tenter le garde, où si elle préférait prendre directement la direction de la taverne. Il la laisserait décider, lui s'en foutait. Peut être n'avait elle pas envie de rejoindre sa demeure tout de suite après tout. Peut être qu'elle avait envie simplement d'être avec lui.


Ah non, pas ce genre de pensées voyons! C'est ignoble de te monter la tête ainsi! Reste maitre de toi-même.

Voila qu'ils marchaient à nouveau. Main dans la main. Lui se délectant de cette sortie sous la pluie, de ce rapprochement, et de sa compagnie tout simplement.
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MessageSujet: Re: Promenons-nous dans les bois... En admettant que nous ne croiserons pas de loup   Sam 10 Juil - 16:05

Il ne faut pas croire que la seconde participante à cette escapade pluvieuse se délectait moins du moment que Kaeronn, au contraire. La Carsenac en profitait pleinement, pensées négatives résolument mises de côté, optimisme curieusement rejailli. Et elle avait même eu la confirmation qu'elle n'avait pas eu un geste si déplacé que ça quelques instants auparavant, puisque Kaeronn venait de le reproduire. Ce fut donc main dans la main (en rang par deux, comme qu'y dirait) qu'ils avancèrent sous les frondaisons qui leur avaient valu leur dégringolade. La pluie trouait plus difficilement les feuillages. Et Sindanarie examinait les deux solutions qui s'offraient à eux. Retour sans arrêt à la demeure, au risque de se faire jeter. Ou alors, étape à la taverne. Le tenancier avait toujours de l'eau et de la mirabelle. Les deux pouvaient être intéressantes dans la situation présente, à tout prendre... Aussi, au bout d'un moment, Sindanarie infléchit-elle sa route, déviant d'un sentier qui ramenait au bord du domaine à proprement parler pour continuer sous les arbres. Arbres qui avaient d'ailleurs la mauvaise idée de se clairsemer pour former une petite clairière. D'un geste, la jeune femme indiqua la nouvelle direction à prendre. Il y avait assez peu de trouées dans cette forêt et elle s'en réjouissait. Ca faisait moins d'endroits à éviter.

Elle détestait les clairières, rationnellement aussi bien qu'irrationnellement. D'une part, parce qu'elle n'avait jamais su se défaire de souvenirs peu agréables de clairière, de l'image de son Lieutenant étendu dans l'herbe au milieu d'une mare de sang en particulier. D'autre part, parce qu'elle savait comment Elric agissait en cas de péril : il mettait à l'abri. Bien sûr, à Viam, il n'y avait aucun souci. Et s'il y en avait eu un ou même l'ombre d'un, jamais Elric n'aurait laissé les habitants au village, il aurait calfeutré quelques femmes et les gosses dans la demeure et aurait collé les hommes et quelques femmes solides sur les remparts. Ou alors, il les aurait envoyés vers la ville la plus proche. Vers Tulle, probablement. Comme ce n'était pas le cas, il n'y avait aucun risque à se promener aux alentours. D'autre part aussi, parce qu'elle se souvenait des leçons d'Elric : on voit très bien ce qu'il y a dans une clairière, mais celui qui est dans la clairière ne voit pas ce qu'il y a autour de lui et est complètement à découvert. C'était l'endroit idéal pour se faire massacrer. Il l'avait prise plus d'une fois au dépourvu quand il l'entrainait, dans sa jeunesse, au maniement des armes et à toutes les disciplines connexes qu'il avait osé lui dévoiler. Et c'était dans des clairières qu'il lui avait donné les dérouillées les plus mémorables de sa vie, véritables crucifixions pour l'orgueil de la jeune Sindanarie.

Quoi de plus agaçant que de se faire prendre au dépourvu par quelqu'un qui a vingt ans de plus que ce soit, et en terrain découvert en plus ? Tel avait été, par trois fois, le résultat des entrainements d'Elric. A l'époque, il lui apprenait à suivre quelqu'un à la trace dans les environnements les plus divers, de la plaine aux contreforts des montagnes en passant par la forêt. Mais un jour, en forêt justement, il avait introduit un élément supplémentaire. Le traqué était devenu le traqueur. Et elle ne l'avait compris qu'avec beaucoup de retard, malgré quelques signes qu'il lui avait par la suite appris à décoder, quand elle avait senti la lame du poignard de son mentor sur sa gorge. En plein milieu d'une clairière. Et elle devait toujours se souvenir de ses mots : "Tu ne dois jamais t'exposer quand tu as un doute, même infime, sur ce qui est en train de se passer. Je t'ai observée sans que tu en sois consciente. Tu ne m'as même pas entendu quand je suis passé derrière toi. Et, pire que tout, tu n'as pas tiqué en t'avançant dans cette clairière, parfaitement dégagée. Si tu avais dû faire face à quelqu'un de mal intentionné, tu serais déjà morte." La leçon avait été apprise. Et, un peu moins de deux ans plus tard, les rôles avaient changé. Elle s'était améliorée, malgré quelques défaites cuisantes. Et quand l'occasion s'était présentée dans des conditions à peu près similaires, elle avait sciemment reproduit ses erreurs, et s'était aventurée dans une clairière dans sa pseudo-traque d'Elric. Elle savait qu'il était derrière elle et quand il allait l'attaquer. A peu près trois pas après qu'elle se soit engagée dans la clairière, plus rapidement que la fois précédente pour lui faire de nouveau sentir son erreur. Elle avait dans la main, soigneusement tenue le long de son avant-bras, une dague, laquelle s'était retrouvée posée sur le cou d'Elric après un coup bas assez judicieusement placé. "Chacun son tour", lui avait-elle glissé, avec un large sourire. Et ils en étaient resté là, retournant au camp retrouver leurs compagnons.

Bref, la leçon avait été assimilée. Pas de clairières tant que l'on pouvait les éviter. Et, en l'occurrence, ils pouvaient en éviter une. Et sur cette réflexion, il vint à l'esprit de la jeune femme qu'elle n'avait proféré que de vagues commentaires sur le terrain qu'ils parcouraient depuis qu'ils étaient entrés dans les bois. Elle s'était un peu calmée. Mais ce n'était pas pour autant qu'elle allait retomber définitivement dans le silence. Non, ce serait mal connaître la bête que le croire. Bien sûr, elle était capable de se contenir quelque temps, mais c'était en général de courte durée. D'ailleurs, elle ne tarda plus guère à reprendre la parole :


En fait, vous aviez raison, il vaut mieux prendre la direction de la taverne. On pourra y retrouver une figure plus... Sourire alors qu'elle cherche le mot approprié. Aucune idée. Tant pis... Euh, plus habituelle, disons.

Sourire qui s'accentue légèrement quand elle reprend, histoire de laisser quand même un choix à son hôte :

Cela dit, nous pouvons aussi tenter le diable, en l'occurrence le garde, et aller jeter un coup d'oeil à la porte de la demeure. Mais je suis sûre que même nos mères ne nous reconnaitraient pas !

Ses yeux se rivèrent au visage de Kaeronn, une étincelle moqueuse blottie en leur fond, puis elle reprit sur un ton badin, sans cesser d'avancer ni lâcher prise sur sa main :

Non, décidément, bien peu de monde nous reconnaitrait, le village est sans doute la meilleure solution. A moins que vous ne souhaitiez pas que nous tombions sur Elric ? Il y est probablement et ne se gênera pas une seconde pour se moquer, j'aime autant vous prévenir. Enfin, n'ayez crainte, je vous défendrais si ça devait être le cas.

Et Aristote (et tous les démons possibles et imaginables par la même occasion) savaient combien elle pouvait être mal embouchée ou avoir la dent dure, selon les circonstances...

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MessageSujet: Re: Promenons-nous dans les bois... En admettant que nous ne croiserons pas de loup   Lun 12 Juil - 12:48

Oh non, non non non. Si la taverne vous convient, allons y, nous tenterons le diable plus tard, quand nous aurons plus fière allure. Et puis, je crois que la bière vous fait autant envie qu'à moi.

Il lui sourit, louvoyant entre les arbres en sa compagnie. Belle petite forêt, comme il les aimait. Assez touffues, les arbres resserrés. Mais la place pour la traverser, voir même bivouaquer si il était nécessaire. Les forêts et les bois avaient toujours été les refuges qu'il préférait, avec les villes. L'un comme l'autre, il était facile de s'y cacher, d'y perdre quelqu'un. Facile également de trouver de la nourriture. Bon certes pour la bière et autres boissons alcoolisées, il valait mieux se trouver en ville. Pour le calme et la beauté de la nature en revanche, les forêts avaient de quoi faire comparées aux villes. Quel plaisir de courir les forêts en compagnie d'amis chers comme Mathler, Khroulyr ou Jabor. Mais quel plaisir tout aussi grand que de s'y retrouver avec pour seule compagnie celle de la dame de Viam. Combien de temps qu'il ne s'était pas promené dans les bois en compagnie d'une jeune femme autre que Khroulyr?

Hum... Longtemps, très longtemps...

En y réfléchissant plus amplement, il aurait pu arriver à la conclusion que cela faisait exactement un an et 5 mois qu'il n'avait pas eu cette chance. Autant dire qu'il serrait doucement la main de Sindanarie, sans aucune intention de la lâcher. Cela lui faisait du bien, mais il ne savait trop pourquoi. Pourquoi elle? Une guerrière de la Licorne qui plus est. Parfois, la vie est bizarre. Encore une fois, elle le lui prouvait aujourd'hui. Puis il sourit aux nouvelles paroles de la jeune femme.

Peur de voir Elric se moquer de moi? C'est vous qui vous moquer de moi la, non?

En même temps, il effectue une petite pression de sa main dans la sienne, comme pour la provoquer. Le regard brillant et malicieux.

Avec les moqueries que je distille aux quatre coins du royaume, si je ne suis même pas capable d'en entendre sur ma personne, je ferais un piètre homme. Elric pourra se moquer autant qu'il le souhaite de moi, je me ferais un plaisir de jouter avec lui. Verbalement, précisa-t-il amusé. Quand à me protéger... vous êtes bien trop aimable dame.

Le ton est toujours aussi amusé, et en même temps qu'il prononce ces derniers mots, il oblige Sindanarie à s'arrêter un très court instant, durant lequel il effectue comiquement une petite courbette, sans lâcher sa main.

Mais je pense que je pourrais me défendre seul. Inutile de préciser cependant qu'une aide de votre part n'en sera que plus appréciable.

Il rit doucement et lui offre un petit clin d'œil.

A moins que vous n'en profitiez pour vous moquer également! Je suis d'ailleurs étonné que vous n'ayez pas encore profiter de la situation. J'ai certes l'excuse de ne pas connaitre la descente par laquelle nous sommes passés, mais je suis quand même bien retombé sur mes fesses. Enfin, dit il en levant précipitamment sa main libre comme pour taire une parole qu'elle pourrait lancer. Je vous en prie, ne vous sentez pas obliger de commencer!

Nouveau sourire malicieux alors qu'ils débouchent enfin hors de la forêt. Plus loin, il reconnait le chemin qui même sur leur droite à la demeure. A gauche, un peu plus loin, le village. Il jette un nouveau coup d'œil à Sindanarie, et voyant qu'elle ne réagit pas quand il s'engage dans le sentier en direction du village, il se contente de sourire en continuant dans la même direction. Il trouverait bien la taverne ensuite, si la jeune femme ne l'y dirigeait pas directement. De ce qu'il avait vu en arrivant, il n'était guère très grand, et une taverne se trouvait plus que facilement dans ces cas la. Il suffisait d'écouter un peu, de localiser le bâtiment d'où partaient les chants d'ivrognes ou de musiciens venus amuser la galerie. Bon la, il doutait fortement trouver des musiciens, mais des ivrognes, sans doute. Après tout, pouvait on appeler taverne, un bâtiment servant de l'alcool, mais ne possédant aucun ivrogne? Ma foi, pas vraiment à son sens. La sainte Boulasse veillait à ce que cette règle d'or soit respectée généralement. Mais elle ne pouvait pas tout faire malheureusement.

Ah ben voila les premières maisons du village. Le voila à nouveau au point de départ, mais avec à la place de Tiroll, Sindanarie accrochée à sa main. Changement plus qu'appréciable. Bon maintenant, il fallait trouver la taverne.
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