Domaines de la famille Carsenac et de Rumet-Carsenac en Limousin et Marche
 
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 "Où sont-ils donc ?" "Dans les vapes !"

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Sindanarie
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MessageSujet: "Où sont-ils donc ?" "Dans les vapes !"   Mer 27 Oct - 22:45

[Préambule - Un sommeil agité]

Dans un état de demi-sommeil avancé, la jeune femme avait quitté la chambre de Kaeronn pour, presque titubante, descendre le couloir de ladite chambre, gravir l'escalier en colimaçon qui menait à l'étage et pénétrer dans sa chambre. Avant qu'elle l'ait vu venir, elle s'était écroulée sur le matelas rembourré de paille. Il n'avait jamais été question de matelas de plumes ou, plus luxueux encore, de duvet pour la chambre de la jeune femme. Hors de question de sombrer dans les archétypes de noblesse, dans les caricatures si répandues, dans un confort qui l'éloignerait de sa vraie nature. Et Sindanarie sombra dans le sommeil.

Vengeance galope sous elle. Elle sent à peine le vent. Elle file avec lui. Ils ne font plus qu'un. La jument, la femme, l'air. Seuls. Heureux. Libres. Où va-t-elle ? Ce n'est qu'une chevauchée comme tant d'autres. Comme celles pour le Limousin. Comme pour rejoindre la Bretagne, par deux fois. Comme pour courir aux quatre coins du Royaume sous l'étendard de son Ordre. Et pourtant, cette fois, elle est sereine dans son rêve. Pas de tourmente. Pas de guerre à l'horizon. Ni flammes, ni lueurs sanglantes. Amellia soudain apparait à ses côtés. Elle sourit. Elles ont quatre ans de différence. L'âge de deux soeurs. Alors Sindanarie sourit à son tour. Une présence amicale... La Bourguignonne lui a pardonné l'aventure de Sémur, ça se voit. D'avoir noué une relation avec celui qu'elle aimait sans oser se déclarer. Amellia tend la main et effleure la joue puis le front de la déracinée. Premier réveil.

Le Soleil était encore haut. Du moins, si elle en croyait ce que laissait passer la haute et étroite fenêtre de la pièce. Cette meurtrière aménagée ménageait une pénombre assez constante dans la chambre, au contraire de la véritable fenêtre qui s'ouvrait dans la paroi de la tourelle, séparée de la chambre en elle-même par une lourde tenture rouge sombre. La lumière vient la frapper, colorant la pièce d'une couleur sanguine. Et, alors qu'elle se dit qu'elle a encore le temps avant que son absence auprès de son invité devienne indécente, elle replonge dans le sommeil.

Elle cherche. Quoi ? Où ? Elle ne le sait pas. Elle cherche frénétiquement, mais quelque chose ne va pas. Quelque chose ne tourne pas rond. On la suit. On la cherche. On la traque. Elle cherche quelque chose dont elle ne se souvient pas. A la sortie d'une forêt aux arbres plus tordus que les oliviers provençaux, elle parcourt une ville aux fenêtres obstruées par des volets disjoints. Pas un bruit. Pas un souffle d'air. Un immense silence l'enserre et l'étouffe. Tous peuvent la voir. Elle le sait mais ne voit personne. Elle cherche malgré tout, sans relâche, quand soudain, sortie de nulle part, une lame froide glisse sur sa gorge. Elle n'a que le temps de se retourner pour apercevoir, alors que sa vue se brouille, le fantôme de son Breton qui lui sourit, une giclée de sang en travers du visage. Deuxième réveil.

Cette fois, la lumière du jour semble déclinante, la pénombre s'est intensifiée. L'après-midi doit être bien avancé à présent, mais Sindanarie n'en a pas fini avec le rattrapage de sa nuit sacrifiée. A peine a-t-elle réalisé que pas mal de temps s'est écoulé depuis son dernier réveil quand elle plonge une dernière fois dans le sommeil.

Cette fois, les rêves la laissent en paix. Et elle finit de se reposer. Elle récupère enfin vraiment. Finalement, elle se réveille. L'esprit clair, elle ouvre les yeux et se redresse d'un bloc, légèrement frissonnante. Avant d'avoir vraiment froid, elle tâtonne pour atteindre le mantel de la Licorne. Bien vite, le vêtement gris recouvre les épaules et une partie de la robe noire. Le ventre de la jeune femme se manifeste à elle et gronde. Sur le coup, elle ne parvient même pas à se souvenir du moment où elle a pris son dernier repas. Avant de partir du Maine ? Ou juste après, sur le dos de Vengeance ?


[Le réveil aurait pu être pénible]

Bien. La nuit était pratiquement tombée. Alors, où pouvait donc être Kaeronn ? Mine de rien, elle l'avait abandonné pratiquement tout l'après-midi... S'il avait également sauté le déjeuner, il devait être à peu près dans le même état qu'elle. Affamé. Et comme c'était quelqu'un de dégourdi, il avait sans doute humé une odeur qui l'avait mené droit aux cuisines. Ou alors, il avait dû trouver Elric et lui demander un peu d'aide face au lâche abandon de son hôtesse. Le mantel gris de son Ordre toujours passé, la jeune femme enfila sa paire de chausses sèches piochée dans le coffre du bout de son lit puis quitta les lieux, se frottant les yeux pour achever de se réveiller. Un détour par la chambre de Kaeronn : personne. Bon, elle n'avait plus que le reste du domaine à explorer... Sortant dans la cour, elle fit un nouveau crochet par la bâtisse qu'occupait Elric. Personne non plus. Vu l'heure qu'il devait être (heure qui fut bientôt confirmée par un clocher dans le lointain), ils devaient sans doute manger. Il n'y avait guère de bruit dans la demeure, donc ils étaient probablement à la cuisine.

Re-traversée de la cour pour arriver aux dépendances. Les cuisines étaient un petit bâtiment, adossé à la muraille. Toujours éclairées, toujours grouillantes de villageois ou des quelques gardes qui surveillaient le domaine. L'un d'eux, justement, sortait alors que Sindanarie arrivait à la porte. Après l'avoir salué, elle se glissa à l'intérieur et vit exactement ce qu'elle s'attendait à voir, à quelques nuances près. D'abord, pas trace de nourriture. Ensuite, des chopes. Enfin, un Elric tournant le dos à la porte pour faire face à Kaeronn. L'idée germa instantanément dans l'esprit facétieux de la jeune femme, réveillée par l'air vif du dehors. Plaçant un index sur ses lèvres étirées par un sourire allègre, le bruit de ses pas masqué par le babillage de la cuisinière et d'une fille du village, Sindanarie s'avança jusqu'à pouvoir glisser à l'oreille de celui qui l'avait élevée :


Toi, tu as commencé sans m'attendre...

Le sursaut de l'intendant ne fut qu'à peine outré et, levant sa chope presque vide, il rétorqua, se retournant à demi :

Commencé ? Roh, si peu...

La réponse de la jeune femme ne se fit pas attendre, alors qu'elle prenait place aurpès d'Elric sur son banc :

Pas la peine de faire semblant, vous avez déjà bien entamé la veillée, sauf si tu as en plus commencé sans attendre notre invité... Et puis, tu sais très bien que je devine toujours combien tu as bu... Allez, mettons... Quatre chopes. C'est ça ?

Regard presque catastrophé, quoiqu'avec une pointe de fierté et beaucoup d'amusement, de l'intendant à Kaeronn, bien vite remplacé par un éclat de rire. Puis il reporta ses prunelles sombres sur la jeune femme avant de lâcher :

Oui. Quatre chopes. Je t'ai toujours dit que tu as de la chance pour ces devinettes-là, ça se confirme encore une fois !

Se penchant vers son oreille, la jeune femme lui glissa, assez fort pour que le malheureux laissé pour compte (comprenez, en l'occurrence, Kaeronn) puisse tout de même attraper quelques mots :

Tu devrais le savoir que j'ai le nez assez fin... Depuis le temps que tu te laisses avoir comme ça !

Puis, reportant une bonne partie de son attention sur son invité, la jeune femme sourit et lui dit, lueur malicieuse au regard :

Désolée de vous avoir abandonné comme ça, mais ça va vraiment beaucoup mieux ! Il ne vous a pas martyrisé, c'est bon ? Vous avez passé un bon après-midi ?

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MessageSujet: Re: "Où sont-ils donc ?" "Dans les vapes !"   Ven 29 Oct - 14:13

Kaeronn était allé voir Tiroll. L'animal avait renâclé avant d'enfouir ses naseaux dans le creux de la main droite de l'homme. Il semblait apprécier le repos dont il jouissait. Quoi de plus normal après les heures de chevauchées qu'il avait enduré? Le tonnerrois resta un moment à caresser l'encolure de Tiroll, repensant aux longues années qu'avait déjà le cheval derrière lui. A vrai dire, de ce que Kaeronn savait, c'était le seul témoin du voyage de Jabor à l'Est. Loin, très loin. C'était une idée qui dépassait un peu les limites du cerveau de Kaeronn. Pourquoi partir dans des pays barbares, où l'on ne serait pas compris? A moins que Jabor ait appris la langue du pays? Il n'en avait aucune idée, ne lui avait jamais demandé. Si son ami restait muet à ce sujet, c'est qu'il y avait bien une raison. L'enfance de Jabor était encore plus mystérieuse. Kaeronn savait seulement que la Bretagne avait été l'un des paysages qui avait vu Jabor étant petit. De la à couper droit à la conclusion qu'il était né la bas... Le voyage à Brest, quand Leane était encore vivante, ne lui avait pas appris grand chose. Juste le nom d'une bretonne, Marvailh, que Jabor avait tenu à voir. Mais de nouveau, le guerrier était resté muet après son entrevu, et ni le tonnerrois, ni l'ancienne orléanaise n'avaient su lui tirer un quelconque mot. Depuis, Jabor n'était à priori pas retourné la bas. Kaeronn ne pouvait cependant assez régulièrement, s'empêcher de se demander quels évènements avait fait de Jabor un guerrier aussi froid.

Tout à ses réflexions, Kaeronn n'avait pas vu Elric s'approcher. Sans un mot, l'intendant vint à son tour flatter Tiroll, avant qu'il n'engage la conversation sur le cheval. Évidemment. En tant qu'amoureux des bêtes comme on pouvait le supposer, l'appartenance de l'animal et son histoire l'intéressait. Et Kaeronn ne put lui en dire grand chose, à son grand désarroi. Juste qu'il n'était pas à lui. Elric repartit, un peu déçu sans doute, mais en promettant à Kaeronn de boire un verre avec lui autour d'une table un peu plus tard. Ce à quoi le tonnerrois répondit positivement avec un plaisir non dissimulé.

Restait une après midi à combler. A moins que Sindanarie ne revienne plus tôt que prévu. Mais Kaeronn avait comme l'impression qu'après une telle chevauchée, et avec l'état dans lequel elle tombait quand elle l'avait laissé, que la Carsenac resterait plongée dans le sommeil durant un bon moment. Visiter la demeure? Il l'avait déjà fait, et même si certains recoins lui demeuraient encore inconnus, il pensait en avoir fait le principal. Ce n'était pas non plus un château immense, même si la bâtisse était plus qu'impressionnante. Mais la cour ne grouillait pas d'une vie intense, non plus que les couloirs. L'écuyère de la Licorne avait gardé sa demeure de Viam comme elle le souhaitait visiblement. Un havre de paix, où elle pouvait se retirer quand lui en prenait l'envie.

Visiter l'extérieur alors? La petite balade du matin ne lui avait montré qu'un tout petit bout de la campagne et du bois environnants. Et comme il aimait beaucoup la sécurité que lui offrait les arbres, l'option était tentante. Oui mais... il y avait un mais. Si Sindanarie se réveillait, Kaeronn tenait à être présent. Il ne savait pas encore combien de jours il resterait, mais il savait que le séjour paraitrait trop court dans tous les cas. Trois jours? Quatre jours? Cinq? Non pas cinq, c'était déjà trop. Quatre alors? Trois était mieux, mais il avait envie de passer du temps avec la Licorneuse. Le tonnerrois promit cependant de s'en tenir à ses trois ou quatre jours. Qui seraient bientôt réduit à deux ou trois, l'après midi étant bien entamée. Il ne voyait plus qu'un seul endroit où se réfugier. La bibliothèque. Les livres qu'il y avait vu avaient déjà piqué sa curiosité le matin. Et il avait envie de tourner quelques pages pour voir de quoi il en retournait. Aussi le tonnerrois se dirigea dans la salle où il avait revu Sindanarie pour la première fois depuis Chinon.


***

Si plusieurs ouvrages parlaient de plantes et de médecine qui auraient intéressé Jabor, quelques autres semblaient bien plus précieux aux yeux du tonnerrois. Il parcourut d'abord distraitement des yeux les enseignements militaires sur l'arc, les arbalètes, et les combats. Par simple curiosité. Il savait qu'il ne serait jamais un excellent combattant. Son style était beaucoup plus instinctif, que riche de véritables mouvements de guerre que les armées du roy apprenaient sans relâche depuis leur enfance. Pour preuve, Sindanarie se battait d'une façon bien plus académique que lui. Cela ne l'avait pas empêché de la battre en duel, mais dans une bataille rangée, nul doute qu'il serait mis beaucoup plus vite en difficulté que l'écuyère. Lui se battait souvent seul, ou avec des amis qu'il connaissait par cœur. Il savait parfaitement qu'en armée, il ne valait plus grand chose. Mais comme il ne participait qu'occasionnellement aux guerres du royaume, cela ne devenait guère très important. Quand au maniement de l'arc, avec un maitre comme Jabor, nul besoin de cours.

Le prochain livre à attirer son attention fut celui qu'il avait repéré le matin même. La lexicographie d'Armoria de Mortain. La couverture portait une mention qui attira cette fois le regard du tonnerrois. Académie royale. Pourquoi Sindanarie conservait elle chez elle, des livres de l'académie royale? Mut par un réflexe, Kaeronn inspecta les bordures des autres livres, au hasard. Plusieurs autres bouquins, pour ne pas dire la plupart, portaient cette mention. Le tonnerrois renifla légèrement, la question trottant quelques instants dans sa tête. Sans doute étaient ce des copies de livres. Peut être lui avait on demandé de les conserver à Viam, en cas d'incidents. Ici au moins, ils étaient en sécurité. Oui mais pourquoi alors à une simple écuyère de la Licorne? Bizarre. L'homme haussa les épaules avant d'ouvrir le livre pour lire quelques pages au hasard. Même si la vie de la princesse du royaume ne l'intéressait guère, il trouva ses informations utiles pour sa culture.

Reposant le livre à sa place sur l'étagère, il s'attaqua à l'arbre généalogique des Rumet-Carsenac. Quoi de mieux pour en apprendre un peu plus sur Sindanarie? L'arbre était court, et clair. Kaeronn resta un court instant bloqué sur les mots "union illégitime". Ainsi, Sindanarie était ce qu'on appelait une bâtarde. Cela pouvait peut être expliquer sa façon de se comporter en taverne, avec les paysans du coin, avec Elric. Il ne manqua pas également de remarquer que malgré son sang illégitime, Sindanarie était considérée comme la chef de famille. Elle ne risquait donc rien, à ce que quelqu'un de sa famille le découvre dans la demeure. On ne savait jamais. Et bien entendu, la date de naissance de la belle. 1435. Un rapide calcul plus tard, le tonnerrois en concluait que l'écuyère avait 23 ans. De quoi le laisser perplexe un court instant. Non pas qu'il la croyait plus vieille (ou plus jeune d'ailleurs), mais il prenait un peu plus conscience du fossé d'années qui le séparait de la Carsenac. Il avait plus de deux fois son age, et même s'il savait qu'il faisait facilement quarante printemps, il n'en demeurait pas moins vieux par rapport à Sindanarie. Il grimaça légèrement, avant de hausser les épaules. Le reste de l'arbre ne le passionnant pas plus que cela, Kaeronn referma le livre, et se dirigea vers la porte, avec l'intention de retrouver Elric, ou la jeune femme, si elle était réveillée.

Accrocha alors son regard un pupitre, sur lequel semblait posé un registre. Ni ce matin, ni en rentrant quelques instants auparavant, il n'avait fait attention à celui ci. Se rapprochant, il pencha la tête sur le grimoire pour y lire les quelques notes apposées la. Le titre lui sauta aux yeux. Ouvrages de l'académie royale de France. Ainsi, tous les livres entreposés ici en faisait bien parti. Mais alors, revenait cette question. Pourquoi Sindanarie les possédait elle? Pour une simple écuyère de la Licorne, c'était un peu gros. Alors? Elric faisait il parti de l'académie royale de France? Ou plus simplement, la jeune femme? C'était une facette qu'il avait été loin d'envisagé chez la Carsenac, mais les ouvrages présents dans la bibliothèque pouvaient aisément nourrir les soupçons. Kaeronn promit de lui poser la question, au moment adéquate.


***

Sortant définitivement de la bibliothèque, il entreprit alors de faire le tour de la demeure afin de trouver Elric. Nul trace de l'intendant. Aussi, Kaeronn pénétra seul dans la cuisine, se servant une chope de bière. La sirotant tranquillement, jambes étirées, bottes croisées sous la table, le tonnerrois rêvassa. Il ne sursauta pas quand Elric le rejoint, et le pria de continuer à boire avec lui. Et c'est quelques chopes et conversations sur tout et rien plus tard, que Sindanarie apparut à son tour. A part les chausses en plus, elle était habillée de la même façon qu'à son départ pour le pays des rêves. Kaeronn lui sourit avant de répliquer d'un ton plaisantin.

Le pire, c'est que ce n'est point Elric, mais moi qui est commencé avant. Certes, je n'ai eu le temps d'avaler qu'une seule chope de bière avant qu'il ne soit attiré par l'odeur, mais j'ai une chope de plus que lui.

La belle glissa quelques mots à l'oreille de son ami et mentor, de façon fort peu discrète, avant de se retourner vers lui.

Je vous en prie, mieux vaut se reposer, que tomber de fatigue devant son invité. Et puis il y a de quoi faire ici. J'ai été voir mon cheval, qui semble apprécier pleinement le traitement d'Elric. Petit clin d'œil complice à l'intendant. Et puis comme je me l'étais promis, je suis repassé dans votre cave à vin pour vider quelques tonneaux. Non non, je plaisante, ajouta-t-il précipitamment en riant, avant qu'elle n'ait le temps de donner la réplique. J'ai plutôt investi votre bibliothèque pour m'instruire quelque peu. Il y a là des ouvrages très intéressants. En bref, un bon après midi!

Il ne rajouta pas qu'il aurait été meilleur en sa compagnie, mais son sourire et son regard parlaient pour lui.

Vous vous asseyez avec nous?
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Sindanarie
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MessageSujet: Re: "Où sont-ils donc ?" "Dans les vapes !"   Lun 1 Nov - 23:50

Ainsi, ils s’étaient déjà croisés plus d’une fois. C’était parfait. Au moins, Kaeronn n’avait pas passé la moitié d’une journée au domaine sans rencontrer âme qui vive. Il était vrai que, tout bien considéré, la demeure de Viam était d’un calme incomparable. Calme qui ne devait rien au hasard, tant la Carsenac avait tenu à garder aussi discrète que possible l’existence de ce lieu. Enfin, Elric s’était occupé de la monture de leur hôte, montrant l’étendue de son savoir-faire avec les équins à en croire le clin d’œil que Kaeronn lui avait lancé. Parfait. Ah, et la bibliothèque... Oui, il avait effectivement eu l'air quelque peu attiré par les livres quand ils s'étaient retrouvés le matin même. Tant mieux si elle avait pu l'occuper un peu... Un après-midi, en somme. Avec un sourire, sans trop savoir quoi penser du regard et du sourire qui avaient ponctué les derniers mots du voyageur, la jeune femme hocha la tête et reprit, désignant le banc sur lequel elle avait pris place :

Comme vous pouvez le voir, je suis installée… Et maintenant que j’y suis en vous ayant trouvé (l’observateur ou auditeur attentif notera l’ambigüité de cette phrase, qui pouvait s’adresser soit aux deux hommes, soit à un seul d’entre eux), j’y reste ! Enfin, j’y resterai dès lors que j’aurai récupéré une chope et de quoi la remplir. Sauf si cela vous déplait, naturellement. Vous m’accordez un instant ? Je vous promets que cette fois, cela ne durera pas un après-midi entier !

Il fallait qu’elle se calme. Bon sang, mais c’était incroyable. Pas foutue de se tenir correctement, cette fille… Il fallait qu’elle se laisse redevenir vraiment exubérante justement le jour où un invité qu’elle n’osait guère espérer débarquait dans son domaine. Pas croyable, vraiment. Et pour remédier à ce malheureux état de fait, la jeune femme joignit le geste à la parole et se releva d’un bloc pour se diriger vers la cuisinière. La saluant d’un sourire cordial, elle échangea quelques mots avec elle (notamment une plaisanterie sur Elric, qui avait toujours eu un petit faible pour cette femme) avant de récupérer une chope et de la remplir au tonneau qui avait été mis en perce dans un angle de la pièce. Retour à la table, juste au moment où Elric, peut-être après avoir dit autre chose à leur hôte, grommelait pour la forme :

Je me demande bien pourquoi c’est sur moi qu’elle fait des estimations de chopes bues… Elle me connaît par cœur, alors que si elle avait essayé avec vous, elle se serait probablement trompée. D’ailleurs, comme vous avez l’air de bien tenir l’alcool, je suis pratiquement sûr qu’elle n’aurait jamais deviné combien vous aviez bu…

S’installant à côté de son intendant, Sindanarie ne put réfréner un sourire avant de lui répondre, le plus sérieusement du monde au début, avant de se laisser de nouveau aller à une certaine volubilité :

Tu as raison. Je n’aurais sans doute pas deviné. Sauf ton respect, Elric, je crois que nous avons face à nous l’un des plus grands buveurs du Royaume. Je l’ai vu, de mes yeux, avaler quelque chose comme une vingtaine de chopes en une soirée, et garder encore les idées assez claires pour commenter et ironiser sur la politique de la Touraine et, plus généralement, des provinces qui la menaçaient. Evidemment, c’était surtout l’Anjou. Mais enfin, de ce côté, il n’y a presque plus de surprise…

Brusque arrêt de la Carsenac. On se calme sur l’Anjou, Sindanarie. On se calme. Tu n’y es plus, tu n’es plus sur une frontière à te demander si le jour à venir sera ton dernier jour, tu ne monteras pas ce soir sur des remparts étrangers pour essayer de déceler dans les ténèbres les signes de l’approches d’armées ennemies. Tu n’es plus sur les remparts du Mans. Laisse-les en Maine, et profite de Viam et de cette compagnie.

Hum, pardonnez-moi. C’est que j’ai été trop longtemps sans parler, vous comprenez…

Masquant sa mine mi-contrite mi-amusée en levant sa chope pour avaler une lampée de bière limousine (enfin une vraie bière, pas comme celle du Maine… Elles n’avaient décidément rien à voir, et rien ne valait un produit de son pays), la jeune femme ne put que se demander ce qui la mettait de si bonne humeur ou, du moins, d’humeur si volubile. Une récupération complète était sans doute un facteur, mais elle n’avait pas autant parlé depuis bien longtemps. Ah, les miracles des retours à Viam… Sans doute ne fallait-il pas chercher plus loin. Cette terre avait toujours eu le don de l’éloigner des tracas, quels qu’ils soient. Evidemment, cette fois, un léger tracas avait causé son retour, mais les causes du tracas (comprenez ses demi-sœurs) s’avéraient invisibles, et le domaine restait donc son havre de paix coutumier.

Je suis ravie que cette bibliothèque, pour modeste qu’elle soit, vous ait apporté une occupation cet après-midi.

Un rot sonore, quoique rapidement étouffé, l'interrompit net. Tournant des prunelles goguenardes vers son mentor, la jeune femme ne put s'empêcher de lui lancer, sans cacher la moquerie quasi filiale de ses mots :

Bravo, vraiment, Elric ! Vraiment, il va falloir que je m'attaque à refaire ton éducation...

Lui seul, sans doute, pouvait saisir la portée exacte des mots de la jeune femme. Un éducateur éduqué, il n'aurait plus manqué que cela, hein ? Mais il était hors de question qu'il laisse passer l'occasion de marquer un point. On n'attaquait pas impunément Elric Lesang, naméo (comme elle le répétait assidument) ! Et il y avait un point sur lequel elle pouvait la titiller un peu. Quelque chose qu'elle n'avait jamais vraiment abordé, mais que son soudain et assez inhabituel enthousiasme, sans parler de son invitation, trahissait. De même que ses récits de son séjour à Chinon, à bien y penser. Il y avait un petit quelque chose qui se confirmait à présent qu'il voyait Sindanarie en compagnie de cet invité, sans doute le premier à passer les portes du domaine. Aussi prit-il le temps d'achever se chope (quelques gorgées, et encore !) avant de répliquer, avec une ironie non moins marquée quoique non appuyée par un clin d'oeil, lequel aurait pu mettre la jeune femme dans un embarras assez légitime :

Bon, eh bien, sur ce, je vous laisse. Bonne soirée les enfants, amusez-vous bien !

Se relevant assez pesamment, force était de le reconnaître, Elric salua d'un signe de tête l'invité de "sa p"tiote" et d'un sourire la jeune femme qui les avait rejoints, puis se dirigea vers la cuisinière, lui glissant au passage deux mots qui déclenchèrent un chapelet de jurons de la part de la dame, un rire étouffé de la jeune fille avec laquelle elle discutait peu avant et un grand éclat de rire de l'intendant. Bientot, la porte claquait dans le dos de Sindanarie, restée pantoise un instant. Elric, ça allait se payer, ça... C'était un coup bas, et d'autant plus bas qu'il était bien placé. Il n'y avait pas à en douter quand on le connaissait un peu, cette phrase n'avait rien d'anodin. Heureusement, sa chope fut là au bon moment pour la jeune femme. Après une grande gorgée, elle avait repris une maîtrise d'elle-même suffisante (modérant exubérance et amusement après la sortie de son mentor) pour risquer une amusé :

Désolée... Il peut être infernal quand il veut.

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MessageSujet: Re: "Où sont-ils donc ?" "Dans les vapes !"   Jeu 4 Nov - 23:25

Kaeronn cligna des yeux en regardant la jeune femme. Ah ben oui, assise elle l'était, et bien! Pourtant, il n'avait pas bu beaucoup plus de chopes qu'habituellement en taverne. Même moins que d'ordinaire pour l'instant. Il avait du avoir l'air singulièrement con durant un court instant, avec sa question rhétorique. Enfin, la dame de Viam ne semblait pas vraiment en prendre mauvaise note, et mis à part une petite plaisanterie, le tonnerrois sourit à l'écoute de l'autodérision que la jeune femme pratiquait.

Vous auriez du mal à ce que cela dure un après midi, puisque nous sommes à présent en début de soirée. Mais je vous en prie! Cela doit être un supplice que de rester assise à nous regarder finir nos chopes.

Kaeronn sourit malicieusement avant de se tourner vers Elric, quand la Licorneuse s'en allait du côté de la cuisine.

C'est justement pour cette raison que c'est sur vous qu'elle a tenté son estimation. Je dois avouer que je ne sais point comment elle fait! Même en admettant vous connaitre comme sa poche, indiquer le nombre exact de chopes bues... c'est fort! Enfin, cela ne m'étonne qu'à moitié d'elle. L'alcool, ce n'est guère un sujet méconnu pour elle, et rien qu'à votre haleine, elle doit pouvoir en déduire le nombre de chopes bues. Peut être qu'elle réussirait aussi sur moi d'ailleurs.

Sourire amusé du tonnerrois qui tourne entre ses doigts sa chope encore à moitié pleine. Sindanarie, tout en se rasseyant, préfère éviter tout soucis en répondant à la positive à l'affirmation de son intendant. Le tonnerrois en profite pour lui donner un sourire moqueur et taquin, destiné à la provoquer. Provocation qui prend son effet immédiatement. Mais plutôt que de protester, Kaeronn préfère assumer, sourire aux lèvres.

L'un des plus grands, c'est bien possible! On me l'a déjà dit en tout cas! Et toute la reconnaissance de la Sainte Boulasse à mon égard, constitue déjà une belle preuve je crois, de mes offrandes à cette belle meyre. Figurez vous qu'en dix jours, j'ai failli mourir, étouffer deux fois par le poids d'une barque m'enveloppant au matin, et une autre fois casser en deux par une grande échelle me tombant dessus. Mais j'ai eu de la chance, et je me suis donc fait une économie de 340 écus aux frais de la Sainte Boulasse. En dix jours, si si! Je n'ai encore jamais trouvé mieux! Et pourtant, qu'est ce que nous buvions!

Il rit légèrement, terminant sa chope cul sec, afin de joindre le geste à la parole. Puis hocha la tête dans une tentative de remerciement quand Sinda se déclara ravie de sa visite à la bibliothèque.

Les livres m'attiraient, et il faut bien le dire, elle est parfaitement entretenue. Parfaitement entretenue oui...

De nouveau cette question qui lui traversa l'esprit. L'académie royale. La question allait elle jaillir de ses lèvres, comme un boulet de la bouche d'un canon? Cela aurait peut être été le cas si un rot n'avait pas interrompu de façon opportun le petit silence qui s'installait. Kaeronn ne put retenir un petit rire, alors que la jeune femme faisait les gros yeux, comiquement. Et le tonnerrois d'en rajouter une couche, comme à son habitude.

Allons donc! Il ne vous a pas appris qu'un rot pouvait être extrêmement utile pour débloquer certaines situations dans les conversations? Ou tout simplement pour attirer l'attention? Je suis sur que oui Sindanarie. Je parierai ma prochaine chope de bière, que vous savez tout aussi bien roter que lui.

Clin d'œil pour la belle, alors que l'intendant se levait, sourire légèrement goguenard aux lèvres. Sourire destiné à sa p'tiote évidemment, puisque c'était elle qui venait de le brimer. Kaeronn assista à l'échange l'œil brillant de malice, avant de saluer d'un signe de tête l'homme. Il les laissait rapidement seuls, et le tonnerrois aurait pensé qu'il serait resté plus longtemps avec Sindanarie. Après tout, il ne l'avait pas vu depuis quelques mois apparemment. A savoir après si l'intendant était couche tôt (mais apparemment, d'après la soirée de la veille, non), ou fatigué, ou bien s'il avait fait exprès pour les laisser profiter de leur présence comme sa phrase le laissait supposer, il n'en avait aucune idée. Mais intérieurement, il remercia Elric doublement. Le matin, il avait aimé par dessus tout cette promenade en compagnie de la dame de Viam. Et ne pas être heureux de se retrouver à nouveau seul avec elle aurait été se mentir.

Nouveau petit silence, rapidement comblé par le bruit de la bière aspirée dans la gorge de la jeune femme. Puis par sa voix.


Je sais de qui vous tenez alors.

Kaeronn se mordit exagérément la langue, pour être certain que Sinda ne manqua pas sa drôle de tête. Comme s'il venait de dire une grosse bêtise. Enfin comme si... il venait une fois de plus de provoquer la dame de Viam, de l'embêter, de lui répondre du tac au tac, comme il aimait temps. Depuis qu'il parcourait les royaumes, depuis qu'il avait décidé de reprendre sa vie en main après la mort de sa fiancée, depuis qu'il avait décidé de se venger, depuis qu'il rentrait dans les tavernes pour parler, il n'avait jamais cessé de se moquer des personnes présentes. Quelles qu'elles soient. Et cela ne changerait jamais, c'était dans sa nature. Si la plupart du temps, il frôlait le procès, il savait que la dame de Viam ne se formaliserait pas de son attitude, bien au contraire. Elle semblait prendre plaisir à lui répondre, à... jouer. C'était un jeu, oui un simple jeu. Dont les issues pouvaient toutes être aussi improbables les unes que les autres. Et si différentes. Laquelle préférait il? Il avait idée précise sur la question, mais refusait de tenter quoi que ce soit (du moins pour l'instant), afin d'orienter le jeu.

Et bien, maintenant que nous voila seuls... vous voudrez peut être... reprendre une chope?

Accentuant son sourire malicieux, Kaeronn s'empara autoritairement de la chope de la jeune femme pour la remplir à nouveau, en même temps que la sienne.

Je dois dire que votre bière n'est pas mauvaise du tout. On ne s'en lasse pas, et on la boit malheureusement comme du petit lait.

Nouveau petit silence durant lequel, tout en dégustant sa bière, le tonnerrois contemple la dame de Viam. Avant de reprendre la conversation.

J'ai pu voir dans le livre généalogique de la famille, que vous étiez... Il hésita à prononcer le mot. ... bâtarde, mais chef de famille. Cela se fait? Vous avez connu vos parents? Enfin, je sais que je pose beaucoup de questions personnelles d'un coup. Pardonnez moi si ça l'est trop, ou que vous ne souhaitez pas en parler. Et puis... une autre chose qui me chiffonne. La plupart des livres, quasiment tous en fait, sont estampillés "académie royale de France". Et ce ne sont guère des copies vu le registre tenu. Comment cela se fait il qu'une "simple", excusez moi pour le mot, écuyère de la Licorne conserve tout ceci ici?
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Sindanarie
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MessageSujet: Re: "Où sont-ils donc ?" "Dans les vapes !"   Ven 12 Nov - 19:39

Comment ça, il savait de qui elle tenait ? Elle était si intenable que ça ? Un (très) bref instant éberluée, même si elle était consciente que son caractère pouvait ne pas être facile de temps à autre, Sindanarie étouffa un éclat de rire à la mimique exagérée de son vis-à-vis. Pas possible, ça... Et puis, il était probablement encore pire qu'elle. Enfin, c'était du domaine de l'envisageable, non ? Non ? Tant pis. Il avait peut-être raison, en plus. Elle tenait probablement plus d'Elric que de son véritable père. Elle le connaissait depuis plus longtemps, l'avait plus assidûment côtoyé. Elle le connaissait par coeur. Alors peut-être, comme deux tissus trop longtemps laissés au contact l'un de l'autre, avaient-ils fini par se déteindre mutuellement dessus. Laissant de côté cette image, la jeune femme reporta son attention vers les mots de Kaeronn, juste au moment où... Hein ? Quoi ? Maintenant qu'ils étaient seuls ? Et alors ? Ils avaient été seuls toute la matinée... Où voulait-il donc...

Bon sang. Mais qu'est-ce qu'elle avait manqué d'imaginer ? C'était ridicule, tout simplement ridicule. Les hésitations et les pauses, avec un homme pareil, ne pouvaient être que volontaires. C'était l'évidence même ! Heureusement, Kaeronn s'en était allé leur rechercher à boire, ce qui permit à la jeune femme de reprendre sainement le cours de ses pensées. On se calme, on reste tranquille, et on ne se fait pas d'illusions. C'était juste l'occasion d'un superbe effet d'attente trompée ménagé par la sortie pleine (à raison) de sous-entendus d'Elric. Point. Une occasion en or, même. Un sourire échappa à la jeune femme, quelque peu surprise de se voir réagir de la sorte. Un brin trop décontenancée. Il fallait qu'elle se reprenne. Mais enfin, si elle avait été à la place de son hôte, elle aurait probablement fini par dire quelque chose du même genre... Mais déjà il revenait. Un sourire l'accueillit, quelques gorgées de bières s'enfuirent dans la gorge de Sindanarie alors qu'il reprenait la parole. Ah, la famille, sujet complexe... Il lui semblait pourtant avoir brièvement évoqué le sujet avec lui, à Chinon. Mais enfin, il avait toutes les raisons du monde d'avoir oublié cela. Ce n'était guère palpitant, et bien d'autres personnes étaient ou avaient été dans le cas de la Carsenac. Laquelle, cependant, ne rechigna guère à répondre :


Ce sont des arbres que j'ai élaborés moi-même. Ils ne sont peut-être pas exacts, je les ferai valider par l'Hérauderie lors d'un prochain passage à Paris. Quant au chef de famille... Ne connaissant guère les règles qui s'y rapportent, je l'ai donné au plus vieux d'entre nous, c'est-à-dire moi. Cela s'avèrera peut-être erroné. Pour vous répondre, et ce n'est pas une indiscrétion puisqu'après tout, j'aurais pu enfermer cet arbre au plus profond d'un coffre, j'ai connu mon père mais pas ma mère, qui est morte quelques jours après ma naissance. Mon père, lui, est mort il y a cinq ans, mais je l'ai assez peu vu pendant les dix ans qui ont précédé. Il s'était marié, il avait une famille... Alors c'est Elric qui a pris soin de moi. Vous l'aviez sans doute deviné, cela dit, ce n'est bien longtemps un mystère pour personne.

On continue. Deuxième sujet ? Les livres, forcément. Oui, depuis le début, ces livres avaient l'air de lui poser un problème. Déjà, quand il les avait vus pour la première fois, il avait marqué un léger temps d'arrêt. S'il avait passé l'après-midi à lire, c'était qu'ils avaient retenu son attention. Et, peu avant, l'air qu'il avait eu avant la sortie retentissante d'Elric, alors qu'il évoquait justement les ouvrages, semblait indiquer qu'il avait une question à poser. Sans doute était-ce celle-là. Eh bien, à présent, elle était posée, et il ne restait plus qu'à y répondre, ce à quoi la jeune femme s'attela allègrement :

Quant à votre deuxième question... En fait, les livres qui sont ici sont tous des copies. Je vous l'ai dit, en général, quand je reviens à Viam, je profite du calme du lieu pour copier quelques ouvrages. En général, je les emprunte à l'Académie Royale, si surprenant que cela puisse paraitre. Au passage, d'ailleurs, l'Académie n'a rien à voir avec la Licorne. En fait, pour tout vous dire, j'ai rejoint l'Académie près d'un an avant d'intégrer la Licorne. Aujourd'hui, je suis à sa tête, et, si vous le voulez bien, j'éviterai de m'étendre sur les détails. A la tête de l'Académie, s'entend, pas de la Licorne... Sourire amusé. L'inverse se saurait. Et puis, elle n'était encore qu'Ecuyère. Avant d'être Chevalier et de pouvoir briguer la tête de l'Ordre, il allait encore se passer un certain temps. Bref, j'ai pris la liberté de ramener ici des oeuvres réalisées là-bas et d'en faire des copies. Si un jour l'Académie devait être détruite par le feu ou par la Seine, ses ouvrages ne seraient pas irrémédiablement perdus. Il en restera une copie ici. Et, par conséquent, une partie des collections seraient sauves. Evidemment, ce n'est pas la seule source de ces quelques ouvrages, mais je préfère taire la source des autres. Je ne suis peut-être même pas censée y avoir eu accès.

Que la gorge pouvait devenir sèche quand on parlait autant sans guère s'interrompre ! Il était évidemment fort simple d'y remédier : Sindanarie fit un sort à sa chope. En quelques instants, ce qui en restait fut avalé. Comme du petit lait, avait-il dit... Il avait bien raison. Puis, reposant la contenant sans guère de contenu pour colorer son fond, la jeune femme esquissa un sourire et reprit :

Ca fait un peu pompeux, tout ce que j'ai pu vous raconter, non ? Désolée...

Et la petite voix hurlait de nouveau dans un coin de la conscience de la jeune femme. Enchaine. Bon sang, trouve quelque chose, n'importe quoi, mais enchaine ! Il y a déjà trop de personnes qui savent. Il faut garder tes vies séparées. C'est plus simple, ça évite les amalgames. D'ailleurs, regarde, tu l'as laissé entrer dans ta bibliothèque et il te demande le lien entre la Licorne et l'Académie ! Alors elle enchaina :

Mais enfin, je ne peux que confirmer ce que vous disiez il y a un instant. Cette bière se boit toute seule. C'est bien dommage, car il va falloir vous resservir, vous n'en avez déjà plus... Moi non plus, d'ailleurs.

Se levant, chope à la main, et, à son tour, embarquant d'autorité la chope du voyageur, la Carsenac s'en alla les remplir une nouvelle fois. Il s'agissait de rondement mener ce ravitaillement, avant que Kaeronn n'ait le temps de trouver quelque boutade à lui lancer. Cela dit, en général, il n'avait guère besoin d'y réfléchir à deux fois, mais plus il avait de temps, plus cinglantes elles étaient. Pour le plus grand amusement des deux, semblait-il... Revenant à leur table, Sindanarie posa sa chope face à son hôte puis se rassit. Autant lui couper l'herbe sous le pied. Aussi reprit-elle rapidement, largement souriante :

A la vôtre, et merci de vous être déplacé jusqu'ici !

Et la chope, un instant levée, vint à point nommé masquer combien la jeune femme était sincère. La bière, quant à elle, en souffrit.

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MessageSujet: Re: "Où sont-ils donc ?" "Dans les vapes !"   Jeu 18 Nov - 22:13

Kaeronn se contenta de hocher la tête en écoutant la jeune femme parler de sa famille. Ne pas connaitre sa mère avait du être dur. Il avait eu la chance de son côté d'avoir une enfance heureuse. Des parents présents, et qui malgré leur difficulté à gagner leur vie, avaient tenu à ce qu'il s'entraine à lire et écrire. Kaeronn aurait pu partir sur la voie de la pêche, mais son père voyait plus loin. L'entrepôt s'agrandissant, il avait voulu que son fils sache un minimum faire les comptes et faire du commerce. Le responsable de l'entrepôt étant vieux en ce temps la, Kaeronn avait donc une bonne chance de prendre sa place s'il avait eu les qualités nécessaires.

La rencontre avec Izeliah, qui aurait pu changer la donne, avait au contraire accrut l'envie du jeune homme de gagner un peu mieux sa vie que ses parents. Trois années parfaites, où il avait pris son indépendance vis à vis de sa famille, pour construire la sienne. Et à l'âge de ses vingts ans, il apprenait qu'il allait devenir papa. Tout était parfait. Tout aurait été parfait. Sans cette maudite nuit. La vie est injuste, et ne se passe jamais comme prévu. C'était l'une des conclusions de Kaeronn après les nombreuses années passées sur les routes. Un changement radical de vie, avec un fils qui ne connaitrait jamais sa mère. Ni ses grand parents. Kaeronn n'avait plus revu ses parents vivants en quittant Marseille. La mère morte l'année suivante, d'une maladie mal soignée, le père disparu en mer. Mais son enfance avait été heureuse, il n'y avait pas à dire...

Il préféra ne pas parler. Pour ne pas couper la Carsenac, et parce qu'il hésitait toujours à donner des détails de sa vie. Même à Sindanarie en qui il avait confiance. Il se contenta donc de lui sourire pour la remercier de ses réponses, et s'intéressa grandement à l'histoire de l'académie royale. Ainsi, elle en faisait partie. Elle était même à leur tête. Petit rire quand à savoir si elle avait les accès ou non de ses ouvrages. Vu le peu de monde qui devait passer au domaine de Viam, bien peu de personne devaient avoir connaissance des livres renfermés dans la bibliothèque. Il avait donc eu de la chance. Cependant, ne souhaitant peut être pas continuer le sujet pour une raison inconnue du tonnerrois, Sindanarie s'excusait déjà. Ou du moins en apparence.


Pompeux? Bien sur que cela fait pompeux! En vérité, ne serait ce que m'inviter dans votre demeure que je pourrais facilement qualifier de petit château, cela fait pompeux. Vous n'êtes pas d'accord? Il rit doucement. Ce n'est point ce que l'on fait, ou ce que l'on a qui fait de pompeux cette personne. C'est plutôt la manière d'on elle fait les choses. Et rassurez vous Sindanarie (il employa volontairement le prénom de l'écuyère, ce qu'il avait très rarement fait jusqu'à maintenant), je ne vous trouve en aucun cas pompeuse, vous comme vos propos.

Kaeronn baissa machinalement ses yeux dans le fond de sa chope de bière. Effectivement elle était vide, et il n'avait même pas remarqué qu'il l'avait vidé. Ah la bière... une véritable histoire d'amour. La bière était sa compagne sereine, toujours présente. Elle ne lui ferait jamais faux bond, elle ne mourra pas. Elle le trompait certes avec tout le monde, mais le faisait jouir en telle quantité, que le tonnerrois ne pouvait s'en offusquer. Il accueillit avec un nouveau sourire la chope pleine qui se posa sous son nez. Le jour où il en refuserait une n'était pas encore arrivé.

C'est un plaisir. A la votre.

Il n'avait pas trouvé d'autres réponses plus appropriées. D'ailleurs, ne lui en avait il pas déjà fait part le matin même? Il ne niait pas que Sinda venait de lui faire plaisir en le remerciant une nouvelle fois, mais n'était elle pas plutôt à court de sujet? Kaeronn sourit malicieusement, avant de boire cul sec sa propre bière. Reposant la chope sur la table de bois, il s'assura que la jeune femme n'avait pas fait de même, et tendant brusquement le bras, tenta de s'emparer de la bière. Si celle ci ne s'y attendait pas, il avait de grandes chances d'avoir un peu de rab. Sauf que la jeune femme tenait parfaitement sa chope, en grande professionnelle. Et Kaeronn manqua seulement d'éclabousser un peu la jeune femme.

Oups, excusez moi! Il y avait une bestiole sur votre manche, juste à côté de votre poignet.

Il secoua sa main en l'air, ôtant une fourmi imaginaire.

Incroyable ce qu'elles peuvent se glisser partout!

Bon, c'était plus que pathétique, forçant grandement dans le burlesque même. La belle n'était pas dupe, et Kaeronn sourit niaisement, montrant qu'il s'avouait vaincu sur cette tentative. Il n'avait pu récupérer son amante.

Ou alors tu es en train de t'en faire une nouvelle.

La petite voix dans son cerveau l'interloqua. Qu'est ce que c'était que cette réflexion à deux deniers? Sindanarie, son amante? Non, il ne pouvait l'imaginer. Non pas qu'il ne pouvait s'imaginer dans la même couche que la licorneuse, bien au contraire, mais c'était le mot même qui le répugnait. Des amantes, il en avait eu des quantités dans sa vie, depuis sa fuite de Marseille, et son retour à la vie. Mais ces amantes, ce n'était que des pantins destinés à assouvir ses envies de vengeance. Et il était clair et net qu'il ne pouvait un seul instant envisager Sindanarie au même rang que ces femmes naïves et bien trop collantes.

En fait, il voyait plutôt en Sindanarie tout le contraire de ces femmes qu'il exécrait. La force mentale, la plénitude du corps alliée à la parfaite santé. La bonne compagnie, avec qui il se sentait bien. Et puis enfin, la douceur. Il n'avait aucune idée du pourquoi de cette dernière impression. Il n'avait vu Sinda qu'en taverne, sur un champ pour se battre avec elle, et il lui associait la douceur. Peut être ce moment fugace ce matin, qui lui avait permis de tenir la main de la Carsenac. Ou peut être le court moment durant lequel son visage s'était approché du sien, alors qu'elle tombait de sommeil, assise sur son lit. Kaeronn grimaça intérieurement. Il aimait de moins en moins ses pensées qu'il n'arrivait guère à contrôler. Ne pas se laisser aller. Quoiqu'une autre petite voix ne lui conseillait elle pas le contraire?

Il sentait le regard de Sindanarie. Avait elle dit quelque chose, lui avait elle posé une question? Tout à ses pensées, il ne l'avait pas entendu.


Excusez moi, vous pouvez répéter?
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